Rencontre avec Vinciane de Traux, directrice d’Artcurial Belgique

Après avoir travaillé une quinzaine d’années chez Sotheby’s où elle s’est surtout concentrée sur les arts décoratifs, Vinciane de Traux dirige Artcurial Belgique depuis 2012, date de la première implantation hors Hexagone de la jeune* (mais aujourd’hui première) maison française de ventes aux enchères. « Notre hôtel particulier de l’avenue Roosevelt est un peu le prolongement pour le Benelux de notre hôtel des Champs-Elysées », explique l’historienne de l’art qui a tout monté depuis les 5 ans qu’elle officie à Bruxelles pour la maison internationale et pluridisciplinaire.

Rien n’était planifié, même si l’idée d’une implantation d’Artcurial à Bruxelles trottait dans la tête de ses responsables depuis un certain temps. Et puis, il y a eu cette rencontre un peu par hasard avec Vinciane de Traux. Nous sommes alors en 2012 et, très vite, elle dit avoir « accroché au côté innovant, dynamique et spontané de Nicolas Orlowski et François Tajan. C’était un fameux choc des idées mais j’ai accepté le challenge », poursuit-elle en revenant sur le côté excitant du défi.

Il lui a fallu tout mettre en place, tout créer avec comme modèle le formidable lieu de vie parisien englobant restaurant, librairie, expositions et ventes aux enchères. « A Bruxelles, l’ambition n’est pas la même ; il n’est pas question pour l’instant d’y organiser des ventes. » L’idée a été, dès le début, d’accroître la notoriété d’Artcurial en organisant expertises, expositions et événements toute l’année, en agissant comme acteur commercial, certes, mais aussi culturel. Cette nouvelle adresse se profile comme un lieu de vie dynamique et novateur qui occupe une position particulière dans le paysage culturel bruxellois. « Dès l’ouverture, nous avons créé un événement en exposant des œuvres de César. Ce fut un joli succès et nous avons poursuivi avec une programmation régulière d’expositions. Il y a eu les 10 Basquiat – dont 2 dessins – au tout début 2014, African Spirit avec Jacques Majorelle en 2015, les 20 cartes neige de Hergé (1942-43) en novembre 2016 et toute une série de previews de nos ventes. Pour chacune, je tente de mettre en avant un côté ou un « goût » belge. A force de travailler depuis Bruxelles avec des collectionneurs et des acheteurs belges, je commence à sentir certaines tendances belges. Il est d’ailleurs amusant de voir des pièces provenant de notre pays le réintégrer après la vente sans qu’il y ait le moindre signe tangible pouvant l’expliquer. Ce peut être un Folon ou un Spilliaert mais aussi un Tinguely, un Zao Wou Ki ou un meuble XVIIIe (… français !). Il n’y a pas de règle. Car c’est cela aussi, les enchères ! Il ne s’agit pas d’une science exacte. (…) Cela se vérifie également dans la part de risque et de psychologie qui entre en ligne de compte lorsqu’il s’agit de placer une œuvre dans une vente pour un client. A ce moment-là, je me mets dans le bateau avec lui, reconnaît Vinciane de Traux. Et si la pièce n’est pas vendue, il sera déçu. Mais moi aussi ! »

Ce faisant, elle a fait exploser le carcan des arts anciens et décoratifs de sa précédente spécialisation pour s’ouvrir et apprécier d’autres disciplines : l’art contemporain français, la bande dessinée, l’art urbain, le design… Autant de domaines qui se retrouvent dans cette entreprise qui touche (presque) à tout ! Ainsi, avenue Roosevelt, les expositions succèdent aux signatures de livres et monographies (dont celle sur Pol Bury), conférences, dégustations de vins et autres rencontres avec des artistes de renom. Parfois, l’endroit est prêté pour qu’il vive en dehors du calendrier des ventes aux enchères (comme lorsqu’Hervé Perdriolle y a présenté de l’art tribal indien contemporain). L’engagement culturel de la maison se traduit également par un soutien à la scène artistique française contemporaine, notamment via le prix Marcel Duchamp, dont les retombées se font ressentir jusqu’à Bruxelles ! Quatre nominés de l’édition 2016 – Kader Attia, Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo – seront en effet exposés au Hangar H18 jusqu’en juillet. Un calendrier à suivre, aussi hors les murs !

(*) Artcurial a été fondée en 2002

 

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Vue d’exposition Tableaux Anciens dans les bureaux d’Artcurial à Bruxelles, Artcurial

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Hergé, Carte neige, 1942/1943, Herge/Moulinsart2016

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Niki de Saint Phalle, Nana Danseuse Noire, 1968, Artcurial

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Vinciane de Traux, directrice Artcurial Belgique

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