Trois expositions sont à voir ce printemps au S.M.A.K., le musée municipal d’art actuel de la cité gantoise : Anna Oppermann, Dirk Zoete et Kristof Van Gestel se partageront l’étage supérieur de l’imposant édifice jusqu’aux premiers jours de juin. Trois expositions sans véritable similitude, si ce n’est un caractère mouvant et difficilement saisissable. Le résultat : de l’art en mouvement, un work in progress formé de trois univers hétéroclites sans être antinomiques. Découvertes.

Le Citadelpark est le plus vieux et le plus grand parc gantois. Lorsque vous y accédez à pied depuis la gare, il constitue un intermède de choix entre le tumulte urbain désormais derrière vous et l’atmosphère convenue associée aux musées d’art. Les décibels s’amenuisent dans ses allées verdoyantes et quelques sculptures intéressantes accompagnent votre approche : là-bas, aux derniers souffles de la Den Duytsdreef, l’imposant écrin du S.M.A.K. se dessine, jouxtant de quelques pas seulement le Musée des Beaux-Arts. Pour ce printemps, le musée accueille un véritable work in progress en son premier étage. Entre les massifs Ensembles d’Anne Oppermann, l’univers plus rond et fantasmagorique de Dirk Zoete et la Machine idiosyncratique de Kristof Van Gestel, le melting pot est assez confus : il faut un certain temps et de l’attention pour s’approprier pleinement les différentes propositions artistiques.

Les Ensembles d’Anna Oppermann

Tête d’affiche de ce triptyque gantois, Anna Oppermann (1940-1993) est une figure clé de l’art conceptuel allemand. L’artiste a acquis une renommée internationale grâce à ses Ensembles, représentations caractéristiques de l’Arte Povera et de l’art de la performance des décennies 1960 et 1970. A partir de quelques objets trouvés, qui constituent la substance de ses œuvres, l’artiste multipliait les perspectives dans un kaléidoscope d’associations d’idées, de dessins et de réflexions propagés en miroir. Si dans ses premiers travaux l’artiste articule sa réflexion autour de sa vie personnelle, elle s’oriente à partir des années 1980 vers un questionnement plus politique, social et philosophique autour de l’art et de la société. Le S.M.A.K. réunit d’ailleurs ici trois de ses œuvres tardives, élaborées entre 1985 et 1992, dans une exposition organisée en collaboration avec la Fondation Anna Oppermann.

Soucieuse d’exprimer qu’il n’existe aucune réalité absolue, Oppermann multipliait les points de vue dans des œuvres variables et changeantes. Cette réflexion sur la complexité du réel poursuit désormais sa résonance à travers une nouvelle vision. En effet, l’artiste étant décédée en 1993, les ensembles ne sont pas reproduits exactement à l’identique, mais recomposés par la commissaire Ute Voorkoeper. Auteure, critique d’art et artiste, celle-ci a largement étudié l’œuvre d’Anna qu’elle a côtoyée dans les dernières années de sa vie. Elle utilise sa perception (Wahrnehmung) du travail de l’artiste et s’adapte à l’environnement du lieu d’expositon.

L’œuvre qu’Anna souhaitait vivante continue donc de subir quelques soubresauts. Textes, objets et dessins s’entrechoquent du sol au plafond, créant une créature polymorphe dans la lumineuse salle du S.M.A.K. Il faut le reconnaître, ces ensembles sont assez difficiles à appréhender : devant l’abondance d’informations visuelles, il vaut mieux fixer son attention sur un point et tenter de remonter progressivement le fil des idées. N’essayez pas de saisir l’œuvre dans sa totalité, il n’en résulterait que de la frustration.

La Machine idiosyncratique

Intercalée entre Zoete et Opperman, la Machine idiosyncratique de Kristof Van Gestel occupe elle aussi un espace confortable. Sous ce qualificatif énigmatique se cache en réalité une expérience créative : au départ de sa pratique de sculpteur, Kristof Van Gestel développe des modèles de création autour desquels il invite le public à interagir. Ces ateliers créatifs ont lieu au sein même de l’espace d’exposition et les résultats sont projetés et retravaillés par l’artiste, lui permettant de se réapproprier sa création initiale et invitant ensuite le public et d’autres artistes à faire de même. La Machine idiosyncratique se veut donc une expérience totale aux caractères multiples, où le processus artistique vaut tout autant que le produit créé.

Une œuvre vivante

A quelques pas de là, pour sa première exposition d’envergure dans un musée belge, Dirk Zoete nous propose une plongée dans son univers artistique, présenté sous la forme d’un atelier temporaire. Le dessin est à la base de l’exploration artistique du Gantois : au départ de ses ébauches, il met son imagination en scène pour concevoir maquettes, installations, sculptures, masques, photographies, films, etc. Un processus de création débridé et polymorphe, qui s’alimente de lui-même : en effet, si l’on cherche bien, on constate que certains éléments, certains personnages se répètent d’un dessin ou d’un projet à l’autre. Dans sa volonté de concevoir une œuvre vivante, Dirk Zoete passe régulièrement au musée pour changer les dispositions et l’état d’avancement de ses différents personnages. L’exposition se veut donc évolutive, l’ensemble formant un univers étrange et singulier, où l’imaginaire paysan occupe une place prépondérante.

Anna Oppermann
Neverending Paradox

Dirk Zoete
To be determinded. According to the situation.

Kristof Van Gestel
La Machine idiosyncratique

S.M.A.K.
1 Jan Hoetplein
9000 Gand
Jusqu’au 4 juin 
http://smak.be/

Oppermann

Anna Oppermann, On the one hand – on the other hand; both … and (M+M), 1988 – 1992, S.M.A.K. Gent, courtesy Estate Anna Oppermann, Galerie Barbara Thumm, photo Dirk Pauwels

Oppermann

Dirk Zoete, Ark finally, 2011, S.M.A.K. Gent, photo Dirk Pauwels

Oppermann

Dirk Zoete, Storage facility for studio movements, 2015-17, S.M.A.K. Gent, photo Dirk Pauwels

Oppermann

Kristof Van Gestel, La machine idiosyncratique, 2017, S.M.A.K. Gent, photo Kurt Stockman

Oppermann

Anna Oppermann, Paradoxical Intentions (To Lie the Blue Down from the Sky), 1988-1992, S.M.A.K. Gent, courtesy Estate Anna Oppermann, Galerie Barbara Thumm, photo Dirk Pauwels

Oppermann

Dirk Zoete, To be determined, According to the situation exhibition, 2017, S.M.A.K. Gent, photo Dirk Pauwels

Oppermann

Anna Oppermann, Myth and Enlightenment, 1985-1992, S.M.A.K. Gent, courtesy Estate Anna Oppermann, Galerie Barbara Thumm, photo Dirk Pauwels

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.