Les trois frères Le Nain, vraisemblablement nés à Laon et ayant fait carrière à Paris, sont présentés au Louvre-Lens. Ils figurent parmi les artistes les plus talentueux du XVIIe siècle. Plusieurs de leurs tableaux sont devenus de véritables icônes de l’histoire de l’art. Pourtant, leur attribution et leur signification restent souvent énigmatiques et constituent l’un des plus grands mystères de la peinture française.

Le père Le Nain était un petit fonctionnaire, donc pas un peintre du Nord comme on l’a cru longtemps. Les trois frères s’établissent à Paris à un moment où la mode change. La peinture de genre flamande et hollandaise s’impose et les Le Nain s’inscrivent dans cette tendance. Au XIXe siècle, leurs tableaux sont souvent vendus sous le terme Ecole hollandaise, sans nom d’auteur.

Le Louvre à Paris présente actuellement une exposition – qui fait un tabac – sur Vermeer et ses contemporains hollandais. Ses contemporains français, les Le Nain en premier lieu, sont exposés à Lens. Quel public y vise-t-on en réalité ? La redécouverte des Le Nain est le fait de spécialistes parisiens et américains. Mais qui les connaît en Belgique et aux Pays-Bas, l’aire de rayonnement du Louvre-Lens ?

L’exposition à Lens a peut-être été montée pour changer cet état de fait. Et les Le Nain y disposent d’espaces bien plus grands que Vermeer et ses contemporains à Paris. Il y a même assez d’espace entre les différentes parties de l’exposition ou chapitres du catalogue pour laisser des zones de réflexion au visiteur. Ce n’est vraiment peu courant. Dans l’un de ces espaces, une petite vitrine montre l’effet de la même peinture sur trois fonds, bois, toile et cuivre. Très intéressant.

Comme les frères Le Nain signaient sans prénom et sans initiales, ce sont les historiens d’art qui ont pu ou dû reconstruire leur œuvre, presque deux siècles plus tard. Les archives de la ville de Laon sont fragmentaires. Les spécialistes estiment que les neuf dixièmes de leur production a été détruite ou est inconnue. Si l’on suit ce raisonnement – et en oubliant que ces régions du nord de la France ont été parmi les plus détruites au cours des siècles derniers, y compris en 1914-1918 –, on pourrait  retrouver un Le Nain dans chaque grenier d’église ou de monastère !

L’œuvre Le Nain a été découpée ici autour de trois prénoms, Louis, Antoine et Mathieu, l’un plus religieux, l’autre plus paysan, etc. L’exposition « rouvre le dossier », comme le dit le commissaire Nicolas Milanovic. Elle montre aussi en quoi consiste la tâche des historiens d’art et responsables de musées dans leur recherche de la vérité historique et artistique. La fin de l’exposition, où l’on présente ou confronte des tableaux à problème d’attribution, est édifiante. On ne verra plus de sitôt une présentation des Le Nain dans une perspective européenne. Dommage.

Ne ratez pas, au Louvre-Lens, la petite mais magnifique exposition Miroirs prêtée par les musées des Hauts de France, nom de la grande région qui va jusqu’à Chantilly. Avec un magnifique Rubens, Paysage à l’arc-en-ciel.

Le Mystère Le Nain
Louvre-Lens
France
Jusqu’au 26 juin
www.louvrelens.fr

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Louis Le Nain, Vénus dans la forge de Vulcain, 1641, Reims, musée des Beaux-Arts, photo C. Devleeschauwer

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Louis Le Nain, Allégorie de la Victoire, vers 1635, Paris, musée du Louvre, (c) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

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Antoine Le Nain, Les Petits joueurs de cartes, vers 1640-1645, Williamstown, Sterling and Francine Clark Art Institute, courtesy the Kimbell Art Museum, photo Robert LaPrelle

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Mathieu Le Nain, Le Concert, vers 1655-1660, Laon, musée d’Art et d’Archéologie, (c) RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

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Mathieu Le Nain, L’Annonciation, vers 1630-1632, Paris, église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, (c) RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

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Louis et Mathieu Le Nain, Saint Michel dédiant ses armes à la Vierge, vers 1638, Nevers, église Saint-Pierre, (c) RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet / Jean Schormans

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Le Maître des cortèges, Le Cortège du bœuf gras, vers 1650, Paris, musée du Louvre, (c) RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Jean-Gilles Berizzi

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Antoine Le Nain, Le Bénédicité, vers 1645, Pittsburgh, The Frick Art and Historical Center, (c) The Frick Art and Historical Center, Pittsburgh

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