A Paris, le Musée d’ Orsay nous offre le ciel dans une magnifique exposition, Au delà des étoiles,  fruit d’une collaboration avec l’Art Gallery d’Ontario. Un accrochage remarquable par sa qualité et les questions qu’elle soulève : le mysticisme dans la peinture et le paysage comme antichambre de cette révolution esthétique que sera l’abstraction.

Il y a du bonheur à découvrir cette exposition, intéressante sur plusieurs fronts. Elle propose une nouvelle lecture de la peinture de paysage au tournant du XXè siècle, nous parle spiritualité, position de l’homme face à la nature, fusion de l’individu avec le cosmos,  autant de thèmes qui inspirent symbolistes de la fin du XXè, impressionnistes et nabis. Le musée parisien a choisi de rapprocher des géants, athées ou religieux,  qu’on ne présente plus (Klimt, Monet, Van Gogh, Gauguin, Denis, Munch, Odile Redon, Georgia O’Keeffee …), des représentants peu connus en Europe de l’école canadienne des années 1920-1930 (Lawren Steward Harris, Tom Thomson ou Emily Carr) ainsi que des peintres scandinaves (tels les Danois Mogens Ballin ou Jens Ferdinand Willumsen).  Ces alchimistes font du paysage leur allié dans une voie privilégiant la lumière pour exprimer quêtes personnelles ou reflet d’un ordre supérieur. Avec une belle intériorité qui relie des pinceaux d’horizons formels et géographiques si lointains et variés. On  découvre chez les plus connus un nouvel aspect de leur génie dans un parcours dense à la scénographie attrayante.

Dès les premiers moments, on oublie les considérations de l’histoire de l’art, happés par les émotions et  la communion avec des paysages dont les accents et les intonations vibrent des mêmes énergies. Le spectateur entre rapidement dans les œuvres, c’est ce qui frappe. Monet transmet comme peu savent le faire la transcendance de la nature, sa perception de la lumière et du temps qui passe. Une place importante lui est accordée dans la première salle, magnifique entrée en matière qui stimule d’emblée la contemplation. Voilà des œuvres à sentir et à réfléchir. C’est aussi un regard audacieux sur un Monet qui n’avait pourtant rien de religieux.

Le thème du Bois sacré adopté par Paul Gauguin et les peintres Nabis lors d’un séjour à Pont-Aven est un bel exemple d’une vision spirituelle du paysage. Elle s’inspire du poème Correspondances de Charles Baudelaire pour qui la nature est un temple et la vie humaine un chemin à travers une forêt de symboles. Les arbres deviennent des piliers reliant le monde matériel à une réalité supérieure. Le surnaturel est là, avec, en filigrane, un style novateur, une composition synthétique, des formes à plat et des couleurs franches.

Le divin dans la nature

Une des pièces maîtresses de la troisième salle est la Vision après le Sermon de Paul Gauguin,  chef-d’oeuvre du symbolisme peint à Pont Aven en 1888.  Un premier séjour en Martinique infléchit Gauguin vers un style nouveau. Retenons également ce Pommier (19081909) très épuré de Piet Mondrian dont le regard calviniste se tourne déjà vers l’abstraction.

La quatrième salle, notre préférée, est une heureuse découverte!  Au Canada les membres du Groupe des Sept créé dans les années 1920 s’attachent à une nature majestueuse, dépouillée de toute présence humaine.  Ils furent marqués par l’Exposition d’art scandinave organisée à Buffalo en 1913. Lawren Steward Harris (1885-1970), éminent peintre de paysages, est la force inspiratrice de ce groupe. Dans la même section retenons le Paysage Breton  (vers 1891) du scandinave Mogens Ballin au mysticisme latent et qui s’est impliqué dans les réformes plastiques des Nabis. Jotunheim, saisissantes montagnes existentielles de Jens Ferdinand Willumsen,  est une magnifique révélation. Plus loin, le divin se glisse dans les interstices de la Nuit étoilée (1888) de Vincent Van Gogh pour qui celle-ci est plus richement colorée que le jour. On ne manquera pas Les Arbres dans le Ciel (1939) d’Emily Carr dont la vision personnelle y est pure poétique; ni deux tableaux de Georgia O’Keeffee dont la magnifique Croix Noire aux étoiles (1929) associe recherches stylistique et spirituelle. Citons aussi le Paysage aux corbeaux (1911) d’Egon Schiele, allégorie de la nuit obscure de l’âme. Point de douceur ici mais un style dur et torturé.

Selon Kandinsky, « L’évidence primaire en art, c’est le pouvoir qu’a l’œuvre de mettre l’âme humaine en vibration. Le principe essentiel de toute création artistique est le principe de création intérieure, c’est-à-dire le principe de nécessité intérieure, le principe de l’entrée en contact efficace avec l’âme humaine« .  Au-delà des étoiles interroge l’âme et la peinture en elle-même autant qu’elle réveille l’émotion. A voir !

Au-delà des étoiles
Le paysage mystique de Monet à Kandinsky
Musée d’Orsay
Jusqu’au 25 juin
www.musée-d’orsay.fr

au delà des étoiles

Claude Monet, Nymphéas, 1916-19, (c) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay), photo Hervé Lewandowski

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Claude Monet, Effet de vent, Série des peupliers, 1891, (c) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay), photo Hervé Lewandowski

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Gustav Klimt, Rosiers sous les arbres, vers 1905, (c) RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay), photo Patrice Schmidt

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Maurice Denis, La Procession sous les Arbres, 1893, (c) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay), photo Hervé Lewandowski

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Egon Schiele, Paysage aux corbeaux, 1911, photo Elisabeth Martin

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Lawren Stewart Harris, 1917, Paysage Décoratif, photo Elisabeth Martin

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Emile Bernard, Madeleine au Bois d’Amour, 1888, (c) RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay), photo Tony Querrec

 

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