Il vous reste un mois pour vous rouler dans les Vices et Vertus exposés toute honte bue dans trois endroits à Namur ! Le TreM.a – Musée provincial des Arts anciens du Namurois –, le Musée Rops et l’église Saint-Loup. Trois lieux et trois déclinaisons de ce qui occupe depuis le Moyen Âge nos nuits et nos jours.

« Les vices et les vertus jouissent d’une longue et finalement assez stable tradition iconographique du Moyen âge jusqu’aux Temps modernes, certes avec des déclinaisons et des variations en fonction des époques, des pays, des lieux et des programmes iconographiques. Leur iconographie, jusqu’à un certain point standardisée, se caractérise le plus souvent par la figuration d’un personnage féminin accompagné d’une série d’attributs qui, comme l’iconographie des saints et des saintes, en permet l’identification. », explique Ralph Dekoninck, de l’Université catholique de Louvain.

Il est judicieux de commencer la visite au TreM.a. On peut y voir, dans un manuscrit du XIIIe siècle, un impressionnant diagramme appelé la Figure des Cinq Septénaires figurant une roue des vices. Avec, entre autres, l’orgueil, l’envie, la paresse, l’avarice, la gourmandise et la luxure. Dans un autre manuscrit, le Liber Floridus, une représentation des Arbres des vertus et des vices, graphiquement sublime et philosophiquement pas piqué des vers ! Chaque branche de l’Arbre des vertus porte des feuilles différentes qui représentent une vertu spécifique, ainsi que la figure féminine lui correspondant inscrite dans un médaillon. Face à cet arbre verdoyant se dresse l’arbre desséché des vices. L’exposition n’est pas grande mais extrêmement didactique.

Rendez vous ensuite au Musée Rops, pour y découvrir un dialogue entre James Ensor (1860-1949) et Félicien Rops (1833-1898), de trente ans son aîné. Ensor considérera Rops comme un maître, mais ne le rencontrera pas. Lorsqu’il débarque à Bruxelles en 1877 pour s’inscrire à l’Académie des Beaux-Arts, il fait la connaissance de Théodore Hannon, écrivain, poète mais aussi graveur et peintre. Vers 1870, Théo s’inscrit à la Société internationale des Aquafortistes fondée par Rops. Brouillé avec Rops, Théo Hannon introduit le jeune Ensor dans la famille de sa sœur Mariette Hannon. Le couple Rousseau-Hannon tient des salons qui drainent des artistes, des professeurs, des hommes politiques et des poètes. Voilà Ensor bien introduit dans la société intellectuelle bruxelloise.

Ensor publie en 1904 une série de huit gravures, Les Sept Péchés capitaux, dont il fait des versions colorées à la main. Deux versions sont à voir dans l’exposition. Elles sont passionnantes à comparer. Un couple resté au lit tard – on le sait grâce à la pendule qui trône au-dessus du lit – figure la paresse. Pour la gourmandise, voici deux hommes assis à table, un obèse et un alcoolique, servis par un squelette ! Rops savourait lui aussi le plaisir de dessiner et graver des squelettes. Mais il aimait beaucoup dessiner de sensuelles jeunes femmes, forcément fatales, comme celle aux seins glorieux, attachée à une croix, de La Tentation de saint Antoine, motif à la craie et à la gouache, puis repris en gravure.

Ensor reprendra le sujet de La tentation, pour une œuvre sur 51 feuillets de papier, sorte de roman graphique avant l’heure, dont on peut voir un fac-similé à l’entrée de l’exposition : kaléidoscope de formes, de perspectiveset de scènes entassées, d’anachronismes et d’histoires sans début ni fin. « Terrorisé, je me surmène, je peins le matin, je compose l’après-midi. Le dessine le soir et la nuit. Je géographie mes rêves : tours rigides bleues ou d’ivoire, villes étranges, grosses femmes ironiques et lunatiques, masques singuliers, oiseaux persifleurs, du pays de narquoise à l’œil narquois au bec d’azur », écrivait-il.

Dans l’église Saint-Loup, place à la pureté – celle du matériau, le marbre, et de la forme – avec les spectaculaires sculptures d’Aidan Salakhova (1964, Moscou), dont un Christ couché sur le sol devant l’autel, les bras étendus comme s’il était en croix. Le marbre blanc de Carrare – Salakhova vit une partie de l’année dans cette ville italienne – si classique, reprend aussi des drapés vides, comme des suaires, qui peuvent contenir tout notre imaginaire d’aujourd’hui. Celui au milieu de la nef centrale, avec ses plissés délicats prenant soudain un aspect plus que féminin.

Vices et Vertus
Jusqu’au 21 mai
Namur
www.vicesetvertus.be

vices et vertus

La Roue des Cinq Septénaires, seconde moitié du XIIIe s., Recueil de textes grammaticaux, 1210-1220, Bibliothèque d’Agglomération du pays de saint-Omer

vices et vertus

James Ensor, Les Masques, 1922, Collection P. Florizoone

vices et vertus

James Ensor, Les Péchés capitaux dominés par la mort, frontispice, 1903, Galerie Ronny et Jessy Van de Velde, Anvers

vices et vertus

Félicien Rops, La mort qui danse, 1865, Collection musée Félicien Rops, Province de Namur

vices et vertus

Aidan Salakhova, Love, 2015, église Saint-Loup, Namur, 2017, courtesy l’artiste et Wetterling Gallery, Stockholm, photo Vincent Everarts

vices et vertus

Aidan Salakhova, She, 2016, église Saint-Loup, Namur, 2017, courtesy l’artiste et Wetterling Gallery, Stockholm, photo Vincent Everarts

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.