Pablo Picasso, Plant de tomates, 1944, (c) Sotheby’s, courtesy of the Picasso Administration, lot 8, estimation 10 à 15 millions de livres sterling, adj. 17 millions de livres sterling, le 1er mars 2017 chez Sotheby’s à Londres – www.sothebys.com

Peint par Picasso à Paris au cours de l’été 1944, ce Plant de tomates vendu une première fois par Sotheby’s en 1976 pour 198.000 dollars vient d’atteindre 17 millions de livres sterling le 1er mars dernier dans la même maison de ventes, mais à Londres ! Une fortune pour un fruit aussi commun, si l’on pense uniquement au sujet de ce tableau dont Picasso réalisa quatre dessins et cinq toiles dans l’appartement parisien qu’il occupait avec son amante Marie-Thérèse au moment de la libération française.

Bien plus qu’une simple nature morte – genre privilégié par l’artiste pendant la guerre – cette toile étrange a une charge sociologique et symbolique importante. Selon le spécialiste de Sotheby’s Thomas Bompard, elle représente « la métaphore de ce que l’humanité vient de traverser, avec son air éprouvé mais sa sève qui circule et ses tomates qui rougissent : le réveil après la catastrophe ». Version la plus aboutie, la plus réaliste et la plus belle de la série, cette toile exceptionnelle « montre qu’il y a de la lumière au bout du tunnel » (Samuel Valette).

Pour Picasso resté à Paris pendant toute la durée de la guerre, le fait de continuer à peindre, même sans pouvoir exposer, était un acte de résistance. Et c’est dans cette optique qu’il faut lire ce Plant de tomates qui témoigne aussi des difficultés de la population française sous l’occupation. Les rationnements et pénuries de vivres ont incité de nombreux Français à cultiver des tomates pour diversifier leur alimentation.

Celles peintes par Picasso ont fleuri et mûrissent doucement, à l’exemple du fruit rouge qui occupe une position focale dans la composition. La plante est loin d’être statique ; ses branches ploient sous le poids des lourdes tomates. Les arcs qu’elles forment contrastent avec la grille régulière du châssis dont les vitres ouvrent sur la grisaille de la fumée et des tirs. La plante cerclée de noir se laisse aller à des teintes chargées de vitalité. Des nuances vertes des plus jeunes, à un franc vermillon du fruit mûr, c’est la fertilité du végétal qui triomphe, même sous un soleil encore faiblard. La représentation assez réaliste de la plante contraste avec le rendu quasi abstrait du pot et de sa soucoupe qui témoignent de son expérience cubique antérieure. Un triomphe pour cette plante peinte pendant la Seconde Guerre mondiale par un maître d’un art que les nazis disaient dégénéré

Picasso

Pablo Picasso, Plant de tomates, Paris, 1944, Sotheby’s Londres

 

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