Pour sa sixième édition, Poppositions 2017, la foire d’art alternative, prend ses quartiers à l’ING Art Center. L’ancien hôtel Coudenberg offre son bel espace et un supplément d’âme aux 21 galeries belges et internationales présentes cette année.

D’entrée de jeu, la devise Don’t Agonise, Organise! donne le ton. Dans sa sélection, le jury explique avoir cherché des propositions qui orientent et réinventent l’imagination politique en suggérant diverses formes d’opposition riches en alternatives. Les échos du monde, de notre monde, sont bien là mais les réponses que donnent les artistes ne sont jamais frontales, ni explicites. Il y a d’autres lieux pour ça.

Minimalisme solaire

Le duo Irena Eden & Stijn Lernout, qui a beaucoup travaillé sur le printemps arabe, est revenu sur L’Etranger de Camus et la réponse que lui a posée Kamel Daoud avec sa contre-enquête. Il en résulte un travail minimaliste, solaire, ouvert sur le monde. Un soleil noir, un radar dérisoire en fines lattes de bois, un drapeau trempé dans de l’encre bleue et des toiles abstraites inspirées par la répartition du pétrole dans le désert algérien. Un monde d’espaces économiques et de migrations. Jura Shust réalise des impressions textiles sur de larges bandes de tissu noir qui rappellent les rouleaux de soie de la Chine ancienne. Il y mêle des symboles ésotériques archaïques à l’iconographie scientifique contemporaine, une autre forme d’ésotérisme. Il confronte le corps avec les particules qui composent la matière, métaphore d’une quête irréalisable et de l’ambition suicidaire de dominer la nature jusqu’à l’épuisement.

Se méfier des illusions

Yoan Mudry voit le monde comme une vaste farce, un terrain de jeu, un soap opera dont il a assemblé le drapeau. Puisant dans les symboles de la pop culture de Britney Spears à Apple en passant par Disney, il aligne les dessins percutants. A l’heure des fake news, il faut se méfier des illusions. Ses chaussures qui marchent toutes seules sont un peu inquiétantes. Mais elles vont de l’avant. Les images de Roman Moriceau semblent nous parler d’exotisme à ceci près que les paysages tropicaux sérigraphiés nous viennent du jardin botanique de Meise et que l’encre d’impression est à base de cuivre, minéral qui a fait la fortune du roi Léopold II. Une autre série montre des espèces végétales disparues imprimées à l’huile de vidange, l’arme du crime en quelque sorte. Regarder et aimer le quotidien peut aussi être un acte éminemment politique. C’est ce que fait Yannick Ganseman dans ses bas-reliefs en bois peint. Ses natures mortes, ses maternités renvoient à la peinture classique autant qu’à notre présent le plus immédiat.

Paysages utopiques

Abdesammad El Montassir cartographie les paysages que les conflits politiques ont rendu invisibles. Par ses images, il réécrit l’histoire de ces étendues arides du sud Sahara, bien moins vides botaniquement et culturellement qu’on ne voudrait le faire croire. Quand on a épuisé le monde, il reste les paysages utopiques. Avec son projet NATURA, Floris Schönfeld part à la rencontre d’une intelligence artificielle plus chamanique que technologique. Dans une installation vidéo, il nous montre les pérégrinations d’une nouvelle tribu humaine à travers déserts et forêts pour accéder à cette supra intelligence naturelle. Un monde peut-être pas aussi loin qu’on ne le croit. Si on s’organise.

Poppositions
ING Art Center
6 Mont des Arts – Place Royale
1000 Bruxelles
Jusqu’au 23 avril de 12 à 20h (jusqu’à 18h le dimanche 23)
www.poppositions.com

Poppositions 2017

Roman Moriceau, Botanische Garten (Meise) I, Archiraar, Poppositions

Poppositions 2017

Yannick Ganseman, Still Life, CC Strombeek, Poppositions

Poppositions 2017

Paul Kuimet, installation view of Grid Study, Foku, Poppositions

Poppositions 2017

Miko Veldkamp, Paradise-Resort, Rianne Groen, Poppositions

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