Le Musée Ludwig à Cologne consacre une rétrospective à Otto Freundlich (1879-1943), l’artiste allemand qui passa la moitié de sa vie en France. Figure clé de l’art du XXème siècle, l’homme, qui fut l’un des premiers abstraits et l’un des artistes les plus originaux de sa génération, demeure aujourd’hui encore largement méconnu.

Trait d’union entre la France et l’Allemagne, il fréquenta Picasso, Ernst, Arp, Kandinsky et les Delaunay, pratiqua la peinture mais également la sculpture, la mosaïque, la gravure, la tapisserie et le vitrail. Fasciné par l’espace et les sciences modernes, il est également très marqué par l’art médiéval et par les vitraux de Chartres. Il s’intéresse aussi aux principaux mouvements artistiques de son temps pour finalement trouver son propre chemin vers l’abstraction et vers un communisme cosmique avant d’être anéanti par les nazis.

Tellement moderne pour son temps, juif et communiste, il concentre tout ce que le régime nazi honnit. Ennemi pur, praticien d’un art abâtardi, il sera pourfendu et déporté dans le camp de Sobibor (Lublin-Maidanek). Exécuté en 1943, son œuvre a également été largement détruite et c’est à un pèlerinage en terre allemande que nous invite ce musée qui fête en même temps, et dans une autre exposition, les 85 ans de Gerhard Richter. Cette exposition monographique fait le point sur un artiste dont l’œuvre a été largement associée à l’art dégénéré mais qui a déjà fait l’objet d’une exposition au Musée Tavet-Delacour de Pontoise en 2009. Cette institution française conserve la donation Otto Freundlich, soit l’ensemble le plus important d’œuvres de cet artiste précurseur de l’art non figuratif ! L’Allemagne demeure son pays d’origine, même si la Poméranie qui l’a vu naître était polonaise à l’époque ! L’expo du Ludwig retrace la vie et l’œuvre de cet artiste dont la Grande Tête sculptée, en fait falsifiée, a fait la couverture du catalogue de l’exposition que les nazis ont consacrée à L’art dégénéré en 1938. Cette œuvre (disparue) demeure malgré tout la plus connue de l’artiste. Elle figure avec de nombreux autres bustes et masques sculptés le point de départ de l’exposition qui nous fait découvrir toutes les autres facettes de cet artiste – des arts appliqués à l’écriture – et replace son œuvre dans le contexte artistique de l’époque. Otto Freundlich aspire à une spiritualisation de l’art, à une vision cosmique de celui-ci. Pour lui, l’abstraction exprime un renouveau qui va bien au-delà de l’art. Elle va de pair avec l’abandon de l’individualisme au profit de la collectivité, du cosmos. Le communisme pour lequel il se bat cherche à abolir toutes les frontières « entre le monde et le cosmos, entre les êtres humains, entre le tien et le mien, entre toutes les choses que nous voyons ». Ce grand élan cosmique imprègne nombre de ses œuvres, parmi lesquelles la grande mosaïque de la Naissance de l’homme, une œuvre de 1919 quasi ressuscitée par l’exposition tant elle était occultée dans l’opéra polonais où elle est conservée depuis 1957 ! Son Hommage aux peuples de couleurs, une mosaïque pour le Pavillon allemand à l’exposition de Paris en 1937 et toutes ses méditations sur les théories de la couleur et de la forme moderne sont les approches multiples de son art qui fait tour à tour penser à Kandinsky, Delaunay, Brancusi ou Klee. Une exposition bien documentée qui donne à réfléchir au départ d’œuvres tactiles et colorées qui vibrent encore à l’heure d’aujourd’hui.

Otto Freundlich : cosmic communism
Museum Ludwig

Cologne
Jusqu’au 14 mai 
www.museum-ludwig.de

Otto Freundlich

Otto Freundich, Ascension, 1929, Museum Ludwig

Otto Freundlich

Exhibition guide, Degenerate Art, Munich, 1937

Otto Freundlich

Otto Freundlich, Large Head, 1912 (lost)

 

Otto Freundlich

Otto Freundlich, Spherical Bodies, 1925, Private Collection, Bonn

Otto Freundlich

Otto Freundlich, Composition, 1930, Donation Freundlich, Musées de Pontoise

Otto Freundlich

Otto Freundlich, Hommage to peoples of color, 1938, Donation Freundlich, Musées Pontoise

 

Otto Freundlich : cosmic communism

Museum Ludwig

Cologne

Allemagne

Jusqu’au 14 mai 2017

www.museum-ludwig.de

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