Pour sa deuxième année dans les beaux espaces de Tour & Taxis, Art Brussels 2017 accueille 144 galeries, dont 36 nouveaux exposants, 18 solos d’artistes dont 6 femmes. Nouvelle architecture, stands plus aérés et circulation améliorée pour cette foire qui a pris tant d’ampleur au fil des années. Beaucoup de très belles pièces et une atmosphère printanière, enthousiaste et vive. Si la mélancolie engendrée par le monde tel qu’il tourne aujourd’hui se soigne, pour vous comme pour nous, par les arts et la beauté, plongeons avec délice dès aujourd’hui et jusqu’à dimanche dans une édition plus que réussie. Revue par trois journalistes de la rédaction.

Premières impressions, par Muriel de Crayencour

Fidèle à son image de foire qui valorise autant les grosses pointures que les artistes peu connus, Art Brussels nous offre une fois de plus de belles émotions. Les surprises ne manquent pas au fil des allées. Des grands noms mais aussi des découvertes. De très belles choses sur les stands Rediscovery, avec des œuvres de 1917 à 1970. Ainsi, ce solo dédié à Niki de Saint-Phalle, par la galerie parisienne Mitterand.

Le Solo Prize a été remis hier à Benoît Maire, chez Messen De Clercq, et deux mentions spéciales à Manuel Mathieu, chez Maruani Mercier, et à Rose Wylie, chez Choi&Lager. Cette dernière artiste étant notre tout gros coup de cœur pour son travail plein de force. Le Discovery Prize, remis à une galerie, a été attribué à Harlan Levey Projects. Décidément, les galeries belges croissent en qualité.

Au rayon coups de cœurs, le solo de Maria Freire, par la Galeria de Las Misiones, Carlos Aires chez ADN Galeria venue de Barcelone. Mais encore un artiste de Madagascar, Joël Andrianomearisoa chez Sabrina Amrani Gallery et une œuvre textile nommée poétiquement Couverture Nuptiale. Chez nos compatriotes, très belle tribune en escalier avec un échantillon de tous les artistes de la galerie chez Sorry We’re Closed. On y voit Stefan Rinck, Eric CroesAllan McCollum, Raymond Hains et d’autres se côtoyant telle une tribu sauvage. Ainsi qu’un mur entier occupé par une œuvre somptueuse de Josh Sperling.

Mention spéciale aussi au stand du New art Centre, venu de Salisbury en Angleterre, avec une œuvre en papier d’Anthony Caro et de charmantes installations murales d’Edmund de Waal. Chez HDM Gallery, un grand triptyque de Zhu Rixin, qu’on a pu découvrir dans Frontières imaginaires à la Fondation Boghossian. Quelque chose de Marlène Dumas dans les toiles de Françoise Petrovitch chez Semiose. LMNO nous réjouit avec une sculpture qui fait des ronds dans l’eau, par Angela Detanico/Rafael Lain.

Barthelemy Toguo, qu’on peut admirer jusqu’en juillet chez Hangar H18, est en bonne place sur le stand de la galerie Lelong, avec Alechinsky qui prépare une exposition au Centre de la Gravure de La Louvière et quelques sculptures de Jaume Plensa.

Chez Obadia, les peintures de Shirley Jaffe sont immanquables : élégantes, joyeuses, évidentes. Notons la première participation à Art Brussels de la Galerie Irène Laub, avec quelques pièces de Roeland Tweelinck qui nous avait beaucoup amusé lors de son exposition dans la galerie. Francesco Rossi présente John Van Oers, toujours formidable, et Marie Rosen, toujours délicate. Formidable solo d’Omar Ba chez Daniel Templon, avec ses grandes peintures sur carton. Mais encore, le solo chez Hufkens de David Altmejd, Volker Hüller chez 11R, New York, Hashimoto à la galerie allemande Forsblom. Au même endroit, un triptyque de Ai Wei Wei en Lego. Si, si !

Cessons le name dropping pour entrer dans la Belfius Lounge, qui offre à nos yeux qui frisent des œuvres d’artistes belges sur plus de 500 ans, de Jordaens à Koen Vanmechelen en passant par Ensor. Une bien belle année, 2017 !

Mementos, par Gilles Bechet

Dans l’exposition incrustée dans la foire, Mementos, Artist’s Souvenirs, Artefacts and Other Curiosities, 73 artistes dévoilent des fragments de vie dans des objets personnels, précieux ou triviaux, mais toujours émotionnellement chargés. Les artistes s’abritent souvent derrière leurs œuvres, certains commencent à se dévoiler en interview, et pourtant le mystère de la création est à peine entamé. Jens Hoffmann et Piper Marshall ont eu la bonne idée de demander à 73 des artistes présents à Art Brussels de leur confier un objet qui leur tient à cœur, dans l’espoir qu’il dévoile une part de leur monde intérieur.

On les découvre présentés côte à côte dans des vitrines avec une simple indication du nom de l’artiste. On est face à un poème à la Prévert ou à la collection d’un cabinet de curiosités. Les vieilles cartes postales côtoient les magnets de scooters, qui voisinent des livres, un transat, des sachets de thé, une mâchoire de requin ou des objets plus précieux finement ouvragés. Les voir ainsi alignés dans tout leur mystère et toute leur banalité ouvre l’esprit aux pistes et aux devinettes.

Pour en savoir plus sur ces objets et leur relation avec l’artiste, il faut se plonger dans le livret édité pour l’occasion. On y lit des anecdotes et des fragments de vie. Certains de ces objets renvoient assez directement à l’univers ou à l’œuvre des artistes, d’autres de manière très indirecte ou pas du tout. Edith Dekyndt a choisi un écheveau de fils argentés acheté dans une boutique de Thaïlande. Un ready-made parfait et hermétique qui fait écho à ses créations qui font parler la matière. Jenny Holzer a sélectionné un crochet de boucher acheté à New York. Elle aime cet accessoire qu’elle trouve élégant et cruel. Sean Landers a reçu comme un cadeau une radio oubliée par le précédent locataire de son appartement. Elle lui rappelait un modèle similaire que son père lui avait offert quand il avait 10 ans.

Au-delà de l’artiste qui les présente, ces objets parlent à tout le monde, car on a tous sur une cheminée ou dans un tiroir une chose anodine dont on n’arrive pas à se séparer parce qu’on le charge de souvenirs et d’émotions particulières. Par un curieux effet de miroir, il est amusant de voir que ceux qui collectionneront peut-être les œuvres de ces artistes découvrent ce que ceux-ci collectionnent. Ces souvenirs nous dévoilent-ils les artistes ? Sans doute pas, mais cela ouvre le petit portail du fond de leur jardin secret.

Balade dans les allées, par Victoire de Changy

Ambiance lumineuse et bondée en cette après-midi, avant jour J en l’immense Tour & Taxis. Le lieu, qu’on connait déjà pour ça, est forcément organisé de manière à se retrouver face à une œuvre déjà vue trois fois en étant persuadé de passer à côté d’autre chose potentiellement essentiel. Qu’à cela ne tienne : on joue le jeu, on flâne, on se perd, on se laisse, sans méthode aucune, agripper la manche par une œuvre qui détonne dans la marée. Il y a celles qu’on reconnait pour les avoir vues, si pas celles-là exactement, peut-être ailleurs il n’y a pas si longtemps : ainsi vont des photographies d’Helena Almeida exposées à la Galeria Filomena Soares (Lisbonne) ainsi qu’à la galerie des Filles du Calvaire (Paris). Dans cette même galerie, la série de Claudia Huidobro et ses silhouettes de femmes dépourvues de têtes interpelle particulièrement le regard.

Du côté textile, outre l’audace vestimentaire – à ne pas manquer – dont font preuve chaque année les visiteurs VIP et autres collectionneurs de la foire, fascination absolue pour le velours sur toile de Sara Sizer chez Cosar HMT (Düsseldorf) et les œuvres de l’artiste belge Edith Dekyndt chez Greta Meert (Bruxelles), entre la broderie et la feuille d’arbre en cours de décomposition.

Toujours côté belge, on est happé par la vague de Marcel Berlanger chez Rodolphe Jansen. Petite pause oxygénante dans le quartier Discovery où l’ambiance est au sandwich et aux échanges rieurs et où les titres des œuvres sont griffonnés au feutre noir à même les cloisons. S’arrêter un instant devant la minutie des collages pliages de Lina Ben Rejeb à la Selma Feriani Gallery (Tunis). On s’étonne et se réjouit de croiser des statues rondes et colorées de Niki de Saint-Phalle à la galerie Mitterand (Paris) avant de tomber fortuitement sur les toiles qu’on cherchait depuis le début : celles d’Arpaïs Du Bois à la Gallery Fifty One (Gand) et ses associations de traits viscéraux avec des mots ou des phrases qui pointent précisément là où il faut.

Art Brussels
Jusqu’à dimanche 23 avril
www.artbrussels.com

Art Brussels 2017

Joël Andrianomearisoa, Couverture Nuptiale, courtesy l’artiste et Sabrina Amrani Gallery, Art Brussels 2017

Art Brussels 2017

Omar Ba, courtesy l’artiste et Galerie Daniel Templon, Art Brussels 2017

Art Brussels 2017

Ai Weiwei, Dropping a Han Dynasty Urn, 2015, courtesy l’artiste et Galerie Forsblom, Art Brussels 2017

Art Brussels 2017

Jacob Hashimoto, The Meteoric Dust Trail of Comets, 2016, courtesy l’artiste et Galerie Forsblom, Art Brussels 2017

Art Brussels 2017

Angela Detanico/Rafael Lain, courtesy les artistes et LMNO, Art Brussels 2017

Mementos

Edith Dekyndt, Mementos, Art Brussels (c) the artist

Mementos

Kendell Geers, Mementos, Art Brussels (c) the artist

Art Brussels 2017

Claudia Huidobro, courtesy l’artiste et Les Filles du Calvaire, Art Brussels 2017

Art Brussels 2017

Arpaïs du Bois, courtesy l’artiste et Gallery Fifty One, Art Brussels 2017

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