Si on a pu écouter à Bozar il y a quelques jours Antony Gormley l’enchanteur parler de ses sculptures comme des standing stones, silencieuses et immobiles, il est possible de plonger dans la rétrospective d’un artiste belge magistral, Pol Bury, magicien de la sculpture en mouvement, toujours au Palais des Beaux-Arts.

Si tous connaissent les sculptures fontaines de Bury, l’exposition organisée par la Galerie Derom en 2014 nous avait permis de connaître plus en profondeur le parcours de cet artiste belge qui fut d’abord reconnu à New-York avant de l’être à Bruxelles.

Aujourd’hui, le Palais des Beaux-Arts lui offre une rétrospective plus que méritée, une balade chronologique dans son œuvre. Pol Bury (1922-2005), né à la Louvière, rencontre très jeune Achille Chavée, poète et figure du surréalisme belge, ainsi que René Magritte. Il tentera d’être un peintre surréaliste jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Sa première peinture presque abstraite marquera la rupture avec les surréalistes et Magritte le rejettera violemment.

Bury cherche sa voie. En 1950, la découverte d’Alexander Calder à la Galerie Maeght à Paris est un tournant pour sa carrière. Si Calder va assez vite renoncer aux pièces motorisées, Bury va creuser cette voie et affiner au fil du temps ses moteurs électriques. Plus tard, il travaillera avec des aimants et, ensuite, avec l’eau circulant d’un contenant à l’autre sur le principe des vases communicants. Ses Ponctuations, reliefs animés de mouvements très lents sont ses premières sculptures cinétiques. L’artiste participe à de nombreuses expositions internationales dont la Biennale de Venise en 1964 et, la même année, à une autre dans la galerie new-yorkaise de John Lefevre. Toutes les œuvres de cette première exposition américaine sont vendues avant le vernissage. Le MoMa lui achète deux œuvres. Ce succès à l’étranger réveille les amateurs belges.

Du bois au métal

Bois peint et métal constituent sa série de pièces toutes nommées Entité érectile. En un mouvement lent et imprévisible, de fines tiges de métal finies d’une perle arrondie se meuvent sur une surface, surprenant le spectateur et l’obligeant à rester longtemps aux aguets devant l’œuvre. Ainsi, comme Calder, Bury introduit le temps et le mouvement dans ses sculptures. Qui ont dorénavant plus de trois composantes : matériau, forme, couleur et mouvement plus temps ! Plus tard, il y ajoute le son, avec ses instruments de musique, pudiquement nommés par ce qui les compose, par exemple 17 cordes horizontales et leurs cylindres.

Les pièces en bois massif des années 1960, sont, à notre avis, les plus émouvantes. De cette matière naturelle et immobile, le bois, souvent récupéré, par un jeu de chevilles ou de boules de bois partiellement enchâssées ou posées sur le socle central, Bury donne vie à d’impressionnantes sculptures qui font tourner de l’œil au visiteur. De ce cube massif, ont-ils bien vu bouger ces segments de bois, imperceptiblement et silencieusement ? Ou est-ce l’effet de l’imagination ? Auraient-ils dû s’abstenir de boire un deuxième verre de vin au déjeuner ? Majestueusement, 18 boules dans un volume ouvert présente un totem formé de plusieurs rectangles évidés, dressé fièrement et habité de sphères de bois d’essences variées bougeant discrètement. On imagine sans difficulté le plaisir et l’esprit ludique de l’artiste, qui ont prévalu à ces sculptures. Aujourd’hui, alors que tout bouge si vite autour de nous, ce qui nous épate, c’est l’infinie poésie de ses propositions.

Fontaines publiques

A partir de la fin des années 1960 et grâce au succès commercial, Pol Bury commence à utiliser le métal, qui offre d’autres propriétés passionnantes : il peut être déplacé par un jeu d’aimants et il reflète la lumière. De plus, sa malléabilité permet à l’artiste de créer des formes courbes, comme pour 43 éléments se faisant face. Les aimants se déploient avec Monument n°3 dédié à 12000 billes (billes posées sur un plateau de métal et mues par des aimants eux-mêmes déplacés par des moteurs électriques). On peut aussi voir dans l’exposition des pièces plus petites, destinées à un intérieur privé. Comme 26 œufs aplatis sur un plateau, en cuivre, d’une grande beauté formelle.

Ces dernières années, ses bijoux sont réapparus dans les foires telles que la Brafa et la Tefaf. Des merveilles reprenant son vocabulaire de formes : sphères, chevilles. Les photos découpées et rehaussées sont une surprise, autant que son travail graphique pour les éditions du Daily-Bul.

Pour terminer l’exposition, une grande fontaine en acier, aux tubes mobiles, comme on a pu en voir dans les jardins du Musée Van Buuren en 2009 et tous les jours dans l’enceinte du Théatre royal, à Paris. A Bruxelles, on retrouve une Fontaine sur le boulevard du Roi Albert II et au plafond de la station de métro Bourse depuis 1975. Celle-ci côtoie depuis quelques mois une fresque des Hell’O.

La rétrospective Pol Bury est formidable ! Elle met en valeur un artiste internationalement connu pour ces sculptures publiques, né en Belgique mais ayant fait le tour du monde avec ses propositions cinétiques qui nous obligent à nous arrêter pour les regarder. Un magicien. Précipitez-vous. Les enfants aussi !

Pol Bury
Time in Motion
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 4 juin
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.bozar.be

Pol Bury

Pol Bury, 74 sphères sur un plan (detail), 1979, Collection privée, photo Jean-François De Witte

Pol Bury

Pol Bury, 49 boules sur un plan incliné mais surélevé, 1966, Collection privée, Bruxelles, photo Luc Schrobiltgen Brussels

Pol Bury

Pol Bury, 19 boules dans un volume ouvert, 1965, Collection privée, Bruxelles, photo Luc Schrobiltgen

Pol Bury

Pol Bury, Losange disque triangle bleu jaune, 1972, Collection privée, Bruxelles, photo Luc Schrobiltgen

 

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