Pour être ému par les couleurs de Venise, direction Charleroi et le BPS22 pour découvrir la formidable rétrospective Marthe Wéry. Des premières peintures géométriques aux grands ensembles monochromes, en passant par les papiers lignés ou les tableaux raclés, l’exposition offre un parcours passionnant et prenant dans le travail infiniment subtil de cette artiste belge.

Plus de 10 ans après l’exposition Les couleurs du monochrome organisée par Pierre-Olivier Rollin au Musée des Beaux-Arts de Tournai en 2004, dans le cadre de Lille 2004, capitale européenne de la culture, revoici Marthe Wéry (1930-2005). Elle étudie la peinture en élève libre à la Grande Chaumière à Paris et la gravure à l’Atelier 17 avec Stanlay William Hayter, tout en pratiquant le dessin en autodidacte. Elle s’impose sur la scène belge avec ses gravures géométriques inspirées du constructivisme. Au début des années 1970, elle se tourne vers une forme de minimalisme avec des compositions grises faites de lignes denses tracées à la règle. Elle participe à Fundamental painting au Stedelijk Museum à Amsterdam, en 1974, puis à Documenta 6, à Kassel en Allemagne. Elle intervient dans le pavillon belge, à l’occasion de la Biennale de Venise de 1982. Le mouvement Supports-Surfaces qui voit le jour fin des années 1960 va fortement influencer l’artiste belge. Ce mouvement désire réduire la peinture à trois éléments : une surface, le support – le châssis – et des pigments. A partir de cette donnée, comme produire des œuvres qui ne se répètent pas ? Marthe Wéry ira plus loin, traversant ces données avec sensibilité et travaillant les pigments en une surface d’une grande richesse. Il faut se pencher sur chaque monochrome, pour y découvrir qu’ils sont bien plus que se qu’ils prétendent être.

C’est bien la couleur qui vous happe dès la première salle du BPS22 avec Calais, 27 panneaux de MDF installés sur le haut mur ou posés sur le sol. L’artiste désirait que l’installation des panneaux se fassent en fonction de l’architecture du lieu. Sur ce vaste mur, un kaléidoscope d’impressions, vibrantes et sensitives, sur le thème du bleu du ciel.

Traces de sa participation à la Biennale de Venise de 1982, deux séries de six petites toiles rectangulaires sur châssis, comme celles – immenses -qu’elle déploya dans le pavillon belge et qui font aujourd’hui partie des collections du Centre Pompidou. S’y déploie cinq rouges – murs de briques des palazzi – et un vert de gris – la lagune – teintes somptueuses inspirées par les peintures de Vittore Carpaccio (1465-1525). Cette si simple proposition, presque brutale dans sa fausse simplicité, vibre de tous les possibles de l’imaginaire du spectateur.

Dans la Grande Halle, Tour & Taxis, 11 grandes plaques d’aluminium fendues et déposées pliées sur des petits chevalets. Les faces colorées – rouge, rouge brun, presque noir, blanc – offrent leur surface subtiles  – coulées, taches, transparences – aux mille variations de la lumière du jour qui s’écoule de la verrière. Ce qui nous fait penser que Marthe Wéry était en quête de lumière et que la couleur n’était que le véhicule de cette quête. Dans les petites salles, intéressante présentation de son travail sur l’architecture, ces dessins et gravures des années 1960 ainsi que des exemples des vitraux qu’elle réalisa.

Notre cher collègue Pascal Goffaux, qui a plusieurs fois interviewé l’artiste dans son atelier, nous expliquait : « Marthe Wéry n’était pas une mystique. Elle ne revendiquait rien de sacré dans sa peinture. Bien au contraire. C’était une terrienne, les pieds sur terre, passionnée par les couleurs. Je me souviens d’elle montant l’exposition à Tournai, en bottes en caoutchouc ! » Si, donc, vous perdez connaissance devant le pouvoir vibratoire des monochromes de Marthe Wéry, ne vous en prenez qu’à vous-même. Mais il serait dommage de vous priver de cette extase !

Marthe Wéry
Œuvres, documents et recherches dans les collections du BPS22

BPS22
22 Boulevard Solvay
6000 Charleroi
Jusqu’au 27 juillet
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
www.bps22.be

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Marthe Wéry, Venise, 1983, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, vue de l’exposition au BPS22, 2017, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, Sans titre, 1976, Collection du BPS22, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, vue de l’exposition au BPS22, 2017, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, Sans titre, 1998, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, Sans titre, 1974, Collection de la Province du Hainaut, photo Leslie Artmonow

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Marthe Wéry, Sans titre, 1974, Collection du BPS22, photo Leslie Artmonow0909

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