Les photographies de Jeanloup Sieff réalisées pour Harper’s Bazaar, Elle, Vogue ou British Mode depuis les années 1950 sont dans nos rétines, elles font partie de notre iconothèque collective. Celles qui présentent des paysages et surtout sa série sur le Borinage réalisée en 1959 sont des découvertes, à faire au Musée de la Photographie de Charleroi. Un régal pour l’œil.

L’œuvre de Sieff n’a jamais connu une exposition d’importance en Belgique. C’est chose faite aujourd’hui au fil de trois grandes salles du musée. On peut y voir les silhouettes élégantes de la mode de l’époque, que le photographe place toujours dans un cadre inattendu : vieil escalier, bâtiment abandonné, élément d’architecture moderne, champ de blé ou foule d’hommes en noir. Le contraste entre ces silhouettes gracieuses et le décor choisi rend ces photographies passionnantes.

Dans une autre salle, le reportage réalisé dans le Borinage en 1959, pour lequel Jeanloup Sieff gagne le Prix Niépce. La vie dans cette région est depuis longtemps marquée par des conditions d’existence et de travail précaires. La colère gronde. Envoyé sur place avec Frank Horvat par le mensuel d’actualités Réalités, Sieff en ramène des paysages de terrils, des mineurs à la gueule noire, des habitations de bois, des affiches de revendications arrachées, des slogans peints sur les murs. Le photographe ne s’essaiera plus au reportage après cette série poignante et forte.

« Il était séduisant, souple, ondoyant, élégant et d’une discrétion gestuelle qui le distinguait de l’agitation qui avait commencé à s’emparer de la société française – la fin des fifties, le début des sixties – comme s’il planait au-dessus des aléas de l’actualité, comme s’il dansait quand d’autres marchaient. (…) J’ai aimé, surtout, sa gentillesse, sa capacité d’écoute, malgré son statut vite reconnu de « star » de la photo, son ambition sans fureur, son goût pour les belles femmes, pour les rues de New York, les week-ends italiens, le Londres de Jean Shrimpton, les musées, les plages, l’amitié, l’amour, et cette étrange et constante mélancolie qui venait contrarier son allure de jeune prince », écrit Philippe Labro dans l’avant-propos du catalogue. Quelques mots qui permettent d’entrevoir qui se cachait derrière ces clichés somptueux.

Aux cimaises, voici aussi des nus qu’on peut sans hésiter rapprocher avec les paysages : textures – grain de peau ou sable ridé par le vent –, lumière et cadrages sont similaires. L’arrondi d’une dune envahit l’image en dessous d’un court ciel. Une paire de fesses aux courbes semblables, à l’épiderme texturé, fait de même. Une main immense, sur une hanche qui se déplie, les ombres comme des petits monticules dans un paysage. Des routes cailloutées, des silhouettes en ombres chinoises sur une fenêtre ouverte. Et toujours une extrême élégance et une sensualité feutrée. Matières, textures, lumière blanche, noir qui engloutit se retrouvent aussi dans les portraits de stars telles que Zizi Jeanmaire, Maurice Béjart, Coluche, Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Romy Schneider ou l’immense Romain Gary. L’ensemble mérite sans hésiter une visite.

Jeanloup Sieff
Les années lumière
Musée de la Photographie
11 avenue Paul Pastur
6032 Charleroi
Jusqu’au 7 mai
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.museephoto.be

Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff, Borinage, 1959, (c) Estate Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff, Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Paris, 1970, (c) Estate Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff

Jeanloup Sieff, Judy, New York, 1964, (c) Estate Jeanloup Sieffjeanloup Sieff

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