Chez Xavier Hufkens, l’exposition Living Room d’Antony Gormley a été précédée d’une conversation à Bozar entre l’artiste et Sophie Lauwers, directrice des expositions du Palais des Beaux-Arts. Une magnifique occasion d’appréhender le travail de ce sculpteur magistral.

Né à Londres en 1950, Antony Gormley a reçu le Turner Prize en 1994. Depuis ses débuts, il se passionne pour la figure humaine, l’homme debout. Partant de sa propre silhouette, dans les années 1990, il la décline en métal rouillé. On en trouve dans plusieurs villes d’Europe et parfois sur le toit d’un bâtiment, comme sur le sommet d’une des plus hautes tours de San Gimignano. Aujourd’hui, ses propositions en acier sont devenues rectilignes mais l’homme se tenant debout est toujours là. Dans la galerie, tracée au fil d’acier, une silhouette qui disparaît presque, simple dessin d’un espace habité. Une autre assise mais fixée au plafond. Dans la première salle, encore cet homme debout, décliné en parallélépipèdes ouverts faits d’acier noirci.

Antony Gormley.– Les sculptures classiques avaient pour but de capturer la mémoire de la vie. Elles étaient en relation avec le temps et la mort. Mon travail se relie plus aux peintures de Lascaux : laisser une trace. Que s’est-il passé quand le premier homme a posé une pierre debout ? Cette pierre-là, elle a pris un aspect sacré. Je ne suis pas comme Giacometti, qui voit un corps, celui de l’autre, comme un objet. Je fais un corps et je me réfère à l’espace de ce corps.

Quel est le lien entre vos sculptures et l’architecture ?

Le corps est un espace, lui-même dans l’espace. Mon corps est un espace habité. Et l’architecture est une sculpture habitée. La sculpture est une manière de magnifier cet espace subjectif qu’est le corps.

La plupart de vos œuvres sont installées à l’extérieur.

En créant des sculptures dans l’espace urbain, je veux faire quelque chose qui n’a pas besoin d’un mur, d’un toit ou d’un texte pour tenir debout.

Votre premier travail, vous l’avez fait en couvrant d’une toile trempée de plâtre le corps recroquevillé d’un ami, après avoir vu les milliers d’Indiens dormant autour de la gare de Delhi.

Oui, j’ai vu ces corps silencieux comme des aiguilles d’acupuncture. Pour moi, le corps n’est pas une chose mais un lieu. Et ce corps peut catalyser la perception du collectif. Il n’y a aucune morale ou narration dans mes sculptures, mais une vulnérabilité. Je crois qu’on est plus vivant quand on se tient immobile. Juste être et ne rien faire. La sculpture nous connecte à une réalité plus grande. C’est aussi un outil pour faire un pas de côté. L’art est un diagnostique nécessaire, un outil. Un des besoins fondamentaux des êtres est de trouver une place et quelque chose en quoi croire. 

Pourquoi êtes-vous un artiste ?

Je suis un artiste parce que je ne sais pas être autre chose. Et je suis encore en train d’essayer d’être un artiste.

Antony Gormley
Living Room
Xavier Hufkens Gallery
6 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 8 avril
Du mardi au samedi de 11h à 18h
http://www.xavierhufkens.com/

Antony Gormley

Antony Gormley, Open Gaze, 2016, Courtesy l’artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles, photo Stephen White, London

Antony Gormley

Antony Gormley, Console III, 2016, Courtesy l’artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles, photo Stephen White, London

Antony Gormley

Antony Gormley, Big Shuck, 2014, Courtesy l’artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles, photo Stephen White, London

Antony Gormley

Antony Gormley, Open Home, 2016, Courtesy l’artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles, photo Stephen White, London

 

 

Antony Gormley

Antony Gormley, Stock II, 2016, Courtesy l’artiste et Xavier Hufkens, Bruxelles, photo Stephen White, London

 

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