A la fois si loin et si proche de l’art contemporain occidental, l’art aborigène actuel se nourrit uniquement de l’Histoire et des mythes aborigènes. Sur toiles depuis quelques décennies seulement, les dessins et motifs repris à l’acrylique étaient à l’origine dessinés sur le sol des territoires presque désertiques du centre de l’Australie. Peindre sur toile est aujourd’hui une manière, pour ces multiples peuples, à la fois de retranscrire les contes issus du Temps du rêve et gagner de quoi faire vivre leur famille. A voir chez Aboriginal Signature, 15 artistes du centre d’art Tjungu Palya Arts et 30 peintures créées pour la galerie pendant une année.

En Australie, l’art aborigène est célébré, étudié, et de grands musées lui sont consacrés. En Europe, c’est plus compliqué. Pourtant, les nouvelles œuvres présentées chez Aboriginal Signature à Bruxelles sont une fois de plus puissantes visuellement, esthétiquement et formellement. S’en dégage une vibration, une profondeur qui ne vient pas uniquement de l’association des couleurs et des formes mais aussi de ce qui y est implicitement rendu, une histoire millénaire.

Tjungu Palya Arts a été fondé en 2006. C’est un des plus récents centres d’art d’Australie. Il rassemble des artistes de trois communautés, Kanpi, Nyapari et Watarru. Tjungu Palya signifie travailler ensemble de manière heureuse et bonne. Sur ce territoire trois fois plus grand que la Belgique, situé à 100 km d’Uluru et son célèbre Ayres Rock, immense rocher rouge posé là comme arrivant directement de l’espace, on trouve moins de 2500 habitants. L’activité économique est faible mais contrebalancée par la production artistique de ses communautés.

Pointons Maringka Baker, une grand-mère qui a formé sa fille et sa petite-fille – tous les artistes aborigènes sont autodidactes – dont les œuvres figurent dans plusieurs grands musées internationaux et qui fut l’une des finalistes du prestigieux Telstra Prize. A voir, dans une gamme de rouges et oranges intenses, deux œuvres représentant l’histoire d’une sœur enseignant à sa sœur plus jeune les endroits sacrés, les endroits où trouver de l’eau et de la nourriture.

Une autre œuvre faisant 3 x 2 m de Béryl Jimmy, d’une facture étonnement contemporaine dans laquelle on ne retrouve plus les pointillés si caractéristiques mais plutôt des aplats installés avec vigueur et de larges coups de brosse.

Tjampawa Stevens, avec Piltati Dreaming Stories, évoque une histoire ancestrale fondatrice : deux femmes chassent et nourrissent ainsi leurs frères. Mais elles décident un jour d’arrêter cette mission. Les frères vont alors se venger et se transformer en serpents pour manger leurs sœurs. On aperçoit à droite de la toile une figure presque humaine qui semble être absorbée par une forme allongée et longue. L’ensemble est une fois de plus un régal de couleurs, de textures et de vibrances qui transcendent toutes les frontières.

Aboriginal Signature
Empreintes éternelles
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles
Jusqu’au 18 février
Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/

Tjungu Palya

Angkaliya Curtis, Dreaming Time stories related to the water, courtesy l’artiste et Tjungu Palya, photo Aboriginal Signature • Estrangin gallery

Tjungu Palya

Béryl Jimmy, Nyantgatja Watarru ancestral Dreaming Time story, courtesy l’artiste et , photo Aboriginal Signature • Estrangin

Tjungu Palya

Maringka Baker, Minyma Kutjara Dreaming Time ancestral stories, courtesy l’artiste et Tjungu Palya, photo Aboriginal Signature • Estrangin gallery

Tjungu Palya

Watarru collaborative des artistes de Tjungu Palya, Creation story of Ilpili – Dreaming Time Stories, courtesy les artistes et Tjungu Palya, photo Aboriginal Signature • Estrangin gallery

 

 

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