Roxane Jackson et Robin Kang sont voisines d’atelier à Brooklyn. L’une travaille la céramique, l’autre le textile. C’est leur première exposition conjointe en Europe et à Bruxelles, à la Mathilde Hatzenberger Gallery.

Mathilde Hatzenberger continue à proposer une programmation personnelle et pointue, dans laquelle elle n’hésite pas à imposer des choix sociétaux et politiques affirmés. N’a-t-elle pas organisé une courte exposition intitulée Nasty women juste après l’élection de Trump ? Aujourd’hui, voici encore deux méchantes femmes, avec un méchant talent et des choses à dire. Tout ce qu’on aime !

Roxane Jackson pratique la céramique et déploie des œuvres qui mêlent goût pour une mythologie un peu kitsch – avec des sirènes, des harpies, des Méduse – mais aussi un questionnement sur la violence de notre époque. Crâne transpercé, mains manucurées et ensanglantées, parcelles d’ossements ou pièces de boucherie, chaque sculpture de l’artiste américaine vous amène à la frontière du monde normal. Le beau et l’élégant ont disparu, au profit d’une expressivité brutale, à vif, dense – reflet de tourments vécus ou fantasmés. Rien de confortable ou de convenu.

Robin Kang trace en textile des motifs trouvés dans l’univers électronique – cartes graphiques, circuits, etc. – ainsi que des motifs ancestraux de l’art indien. L’idée étant de donner à voir deux univers et deux époques, qui se mêlent au travers des fils du tissage. Sa démarche est aussi de montrer comment la main-d’œuvre pas chère des Indiens américains a été utilisée au début de Microsoft pour tous les travaux très minutieux de soudure des circuits électroniques. Moins à vif que les œuvres de Jackson, les tissages de Robin Kang installent avec délicatesse et légèreté, mine de rien, un questionnement pointu et judicieux sur des éléments précis du monde qui nous entoure.

L’ensemble est à la fois surprenant dans l’offre parfois très lisse des expos en galeries à Bruxelles, et particulièrement cohérent. Peut-on dire que c’est un travail d’artistes femmes ? Sont-elles touchées par des problématiques particulières et l’expriment-elles d’une manière genrée ? A vous de voir.

Roxane Jackson
Robin Kang
Mathilde Hatzenberger Gallery
145 rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu’au 25 février
Jeudi, vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.eu

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Roxane Jackson, I’ve been known to ride on chrome, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Roxane Jackson, Chrome Cats, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Robin Kang, Skywoman, 2016, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

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Robin Kang, Atari Twin, 2016, courtesy l’artiste et Mathilde Hatzenberger Gallery

 

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