Cette année, le pavillon belge sera occupé par la Communauté flamande. C’est Dirk Braeckman qui a été sélectionné pour représenter la Belgique à la Biennale de Venise 2017. Rencontre avec la commissaire du pavillon, Eva Wittocx, par ailleurs commissaire senior et directrice faisant fonction du Musée M de Louvain.

Comment sélectionne-t’on l’artiste pour la Biennale de Venise ?

C’est la première année que l’appel à candidature a été ouvert à tous. Avant, en Flandre, il y avait un comité qui faisait des suggestions et la sélection des candidats. L’appel était ouvert à des duos artiste-commissaire, et une collaboration avec une institution muséale capable de soutenir le projet. Il y a eu environ 35 candidats. Le jury a défini une shortlist de cinq. Les duos sélectionnés ont alors dû remettre un dossier plus fourni.

Comment avez vous vous-même choisi Dirk Braeckman ?

Plusieurs artistes m’ont contactée. Mais je connais bien le travail de Braeckman, que je suis depuis longtemps. Nous avons d’ailleurs organisé une exposition monographique de l’artiste en 2011 au Musée M.

Son médium est la photo, mais Dirk ne se considère pas comme un photographe mais bien comme un artiste, dans son atelier il travaille plutôt comme un peintre. Il s’intéresse à la photographie argentique et au processus de développement des négatifs dans la chambre noire. Il réalise souvent des images différentes à partir d’un même négatif. Il n’a pas de sujet fixe. On peut dire que ces images ont rapport aux notions d’apparition ou de disparition. Il s’attache à rendre les choses visibles ou invisibles.

Qu’est ce qui est prévu pour Venise ?

Nous présenterons beaucoup de nouvelles pièces. Les formats seront plutôt importants. Nous avons tenu compte de l’architecture du pavillon et l’accrochage sera muséal, très sobre.

Braeckman part pour ses photographies de lieux anonymes et anodins : un arbre, une porte, une fenêtre. Cette image comme bloquée est ensuite traitée par l’artiste dans la chambre noire, au niveau de la lumière, de la texture, du rendu, dans une gamme subtile de gris. L’image laisse toute la place à l’imagination. Dirk cherche une tension, un mystère. Ces images sont grandes mais elles sont intimes, pas spectaculaires. Il s’en dégage une sérénité, quelque chose de sacré. C’est aussi une réflexion sur le monde d’aujourd’hui, saturé d’images. La question qui émerge est : qu’est-ce qu’une image ? Qu’est ce qu’on en fait ?

Je suis vraiment contente que Dirk Braeckman ait été sélectionné. La photographie n’est pas très présente habituellement à Venise alors que c’est un médium important dans l’art contemporain.

Comment se finance une participation à la Biennale ?

Nous recevons un budget de la Communauté flamande et nous cherchons des sponsors privés.

A propos de votre rôle de commissaire de cette Biennale ?

Le concept de l’exposition a été pensé en lien étroit avec Dirk Braeckman. L’exposition à Venise sera le résultat d’un dialogue constant entre nous deux mais aussi d’un travail d’équipe. Non seulement avec l’atelier de Braeckman mais aussi avec mes collègues du Musée M où j’opère en tant que commissaire d’exposition d’art contemporain. J’ai ainsi pu compter sur leur soutien concernant ce qui relève de l’organisation, de la production et de la communication.

 

Dirk Braeckman (1958), photographe, s’est créé une place et une position très particulière dans les arts visuels. Il a participé à de nombreuses expositions en Belgique et à l’étranger, notamment à l’espace LE BAL à Paris, De Pont à Tilburg, De Appel à Amsterdam, au S.M.A.K. à Gand, … Son travail a été exposé en 2013 à Bozar, au Musée M de Louvain en 2011 et à la Zeno X Gallery à Anvers il y a deux ans. Ses œuvres se retrouvent dans d’importantes collections publiques et privées du monde entier, dont le FRAC Nord-Pas de Calais, la Sammlung Goetz à Munich, le Centre sur la photographie et la Fondation Nationale d’Art Contemporain à Paris,… Plusieurs ouvrages consacrés à sa pratique artistique et à son œuvre ont été publiés.

Notons que le Musée M vient de fermer ses portes pour quelques mois. « Ces dernières années, le Musée M s’est attelé à se faire une place dans le paysage muséal belge, aux côtés des musées d’Anvers, Bruxelles, Bruges et Gand. Après avoir organisé plus de 100 expositions et accueilli 1.115.000 visiteurs, le musée M fermera ses portes ce 18 janvier 2017 pour environ cinq mois. Pas pour rénover, mais pour se renouveler », précise Denise Vandevoort, présidente du musée. « Un nouveau passage, quelques modifications à la signalisation, rendre l’entrée un peu plus chaleureuse. Le bâtiment même n’a pas besoin de plus, mais cela contribuera à améliorer l’efficacité et l’ambiance générale. » Réouverture le 11 juin !

Biennale de Venise
Du 13 mai au 26 novembre
http://www.labiennale.org/

Dirk Braeckman

Dirk Braeckman, 27.1 / 21.7 / 045 / 2014, 2014, (c) Dirk Braeckman, courtesy of Zeno X Gallery, Anvers

Dirk Braeckman

Eva Wittocx et Dirk Braeckman devant le pavillon belge, Venise

Dirk Braeckman

Dirk Braeckman, 27.1 / 21.7 / 045 / 2014, 2014, (c) Dirk Braeckman, courtesy of Zeno X Gallery, Anvers

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