Il y avait foule ce vendredi à l’ouverture de la deuxième exposition au MIMA. Le long du canal, dans les salles de cette ancienne brasserie, voici Boris Tellegen, artiste graffeur sous le pseudo DELTA dans les années 1980, dont le travail a évolué vers d’autres formes de création, via le graphisme et vers les arts visuels. Un parcours transversal qui colle à l’objectif fondateur du Millenium Iconoclast Museum of Art.

Après une exposition collective des caves aux toits, voici une exposition monographique pour laquelle l’artiste a travaillé avec son commissaire afin de mettre au point une scénographie cohérente et en lien rapproché avec ses œuvres. Avec ses formes géométriques qui s’emboîtent, puis plus tard ses robots et aujourd’hui ses trains, Tellegen est un enfant de l’art urbain né à la croisée de deux siècles. A partir de son activité de graffeur, qu’il démarre à 14 ans à Amsterdam, surveillé du coin de l’œil par son père, Tellegen crée dès les années 1990 des pochettes de disques pour des labels de musique électronique comme Ninja Tune et Delsin. Ces pochettes donneront à l’artiste une visibilité internationale. Il va étendre sa créativité à la mode, au film, à l’architecture, au graphisme et aux arts plastiques. Il participe à d’importantes expositions, dont Fault Zone au Palais de Tokyo en 2014 et The Bridges of Graffiti à la Biennale de Venise de 2015.

Du T-shirt imprimé à la grande installation, toutes les tailles et toutes les formes sont à voir ici. Ainsi, dès l’entrée, une boîte mystérieuse – sorte de coffre aux trésors dans lequel on peut entrer – donne à voir un résumé des inspirations et archives de l’artiste. Plus haut, des sculptures en plaques de bois ou de plâtre colorées, dans un jeu de volumes et d’ombres, présentées sur une paroi derrière laquelle se cachent des vitrines présentant les pochettes de disque, T-shirts, etc. Au dernier étage, un immense robot est allongé sur le sol. Il est si grand que ses jambes de bois sortent par deux fenêtres du bâtiment. Dans le corps du robot roule sans fin un train électrique. « Ce qu’on constate avec Boris, explique Raphaël Cruyt, l’un des initiateurs du musée, c’est qu’il n’a jamais cessé de jouer. » 

Pointons des robots de résine ou de bronze qui ne sont pas sans rappeler les œuvres des artistes modernistes constructivistes et futuristes du début du XXe siècle. Deux réflexions à propos de ce parallèle et de ce lien formel. Tout d’abord, peut-on imaginer que la culture et les arts infusent de telle manière et avec une telle intensité dans l’imaginaire collectif au fil des décennies que mêmes des artistes que rien ne semble lier à l’histoire de l’art puissent en être influencés ? Ou alors, peut-on voir une similitude dans deux moments de l’Histoire : au début du XXe s., le monde occidental, en pleine révolution industrielle, vit une accélération de ses moyens de locomotion avec, entre autres, la naissance de l’aviation. Les artistes de l’époque se sont attachés à traduire ce mouvement industriel et cette vitesse ressentie alors comme intense et presque folle. Tellegen et ses pairs, à l’aube des années 2000, assistent à une nouvelle évolution des moyens de transport – les vols low-costs qui permettent à tous de voyager presque partout dans le monde – et à l’explosion des moyens de communication avec internet. Ces changements majeurs, une fois de plus, seraient-ils traduits par les artistes à travers les mêmes formes et les mêmes styles ?

Boris Tellegen (1968) est passé de la rue et du travail en groupe aux galeries et aux musées. Il continue pourtant à peindre, sur les trains, de larges formes géométriques blanches cernées de noir, qu’il nomme Trains. Un immense robot attend d’ailleurs les voyageurs dans une des salles de la Gare du Midi, magnifique sentinelle et pied de nez à ceux qui effacèrent à l’époque ses graffitis sur les trains et dans les tunnels des chemins de fer. L’art de Tellegen circule sans complexes et avec humour dans tous les champs de la créativité et sur toutes sortes de supports. C’est ce qui fait son intérêt et qui attirera probablement les visiteurs de tous poils.

Boris Tellegen
A friendly takeover
39-41 quai du Hainaut
1080 Bruxelles
Jusqu’au 28 mai
Du mercredi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
www.mimamuseum.eu

Boris Tellegen

Boris Tellegen, Train painting, (c) Boris Tellegen

Boris Tellegen

Boris Tellegen, vue de l’exposition A Friendly Takeover, (c) Boris Tellegen

Boris Tellegen

Boris Tellegen, Blackbook, (c) Boris Tellegen

Boris Tellegen

Boris Tellegen, Diversion Black and White, (c) Boris Tellegen

Boris Tellegen

Boris Tellegen, Diversion Black and White, (c) Boris Tellegen

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