Seydou Keïta est un des grands maîtres de la photographie du XXe siècle. Ses portraits sont à voir à la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles jusqu’au 21 janvier. Une œuvre emblématique de la place que prend depuis plusieurs années le travail des artistes non occidentaux dans le monde de l’art contemporain.

L’histoire commence en 1991, lorsque deux commissaires d’exposition, Jean Pigozzi et André Magnin, découvrent des photographies non créditées dans l’exposition Africa Explores, 20th Century African Art au Center for African Art de New York. Les deux hommes se mettent alors en tête de retrouver les traces de l’auteur de ces clichés. Direction le Mali où André Magnin se rend pour la première fois. Son chauffeur le conduit chez Malick Sidibé (1935-2016), le photographe en vue du tout Bamako à l’époque. En voyant les reproductions des portraits qu’apporte avec lui le Français, Sidibé déclare sans hésitation : « Ça, c’est du Keïta ! Il est toujours là, à Bamako-Coura, derrière la prison centrale ». Retraité depuis 1977, Seydou Keïta (1921-2001) est alors loin d’imaginer que, 30 ans après avoir fermé son studio, on viendrait de si loin pour la beauté de ses photographies.

Cette rencontre avec André Magnin, puis avec Jean Pigozzi, engendrera trois ans plus tard, en 1994, la première exposition personnelle de Seydou Keïta en Occident à la Fondation Cartier à Paris. Jusque-là, le portraitiste ne connaissait son œuvre que par les tirages contacts qu’il réalisait à partir de ses négatifs. Ému, il avouera : « Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai vu des tirages de mes négatifs en grand format, impeccables, propres, parfaits. J’ai compris alors que mon travail était vraiment, vraiment bon. Les personnes sur les photos paraissaient tellement vivantes. C’était presque comme si elles se tenaient debout devant moi en chair et en os. »

Non seulement ces personnes se tiennent debout devant vous sur ces grands formats à voir à la Galerie Obadia, mais s’y jouent aussi la représentation subtile d’un caractère et une composition puissante toute en lignes et motifs. Ces portraits sont d’une force d’évocation impressionnante. S’y dit un caractère, une personnalité, à travers la pose, le regard, la forme de la bouche et le choix des vêtements. L’image est structurée avec force par le choix des textiles tendus à l’arrière ou posés sur le sol. Leurs motifs se répètent et construisent la composition autant que les lignes de force comme la diagonale que forme ce corps allongé ou la verticale tracée par ce buste de jeune homme.

Ces immenses portraits en noir et blanc, déployant une large palette de gris allant du noir au presque blanc vibrent comme autant de propositions picturales. On y voit du Gauguin ou du Modigliani – et son art du portrait – s’il faut absolument faire un lien avec l’histoire de l’art occidentale. Ou cette pose si classique de l’Odalisque, pose probablement avant tout naturelle. On y lit aussi une époque et une culture, avec ses habitudes vestimentaires, son style, ses visages.

L’héritage de Seydou Keïta est immense, et continue d’irriguer la création photographique contemporaine africaine et internationale. Parmi ses émules, citons, par exemple, l’Américaine Mickalene Thomas (née en 1971, vivant et travaillant à New York), le Nigérien Njdeka Akunyili Crosby (né en 1984, vivant et travaillant à Los Angeles) ou le Sénégalais Omar Victor Diop (né à Dakar en 1980, vivant et travaillant à Paris)… A ne pas manquer.

Seidou Keïta
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Bruxelles
Jusqu’au 21 janvier
Du mardi au vendredi de 10h à 18h00, samedi de 12h à 18h
www.galerie-Obadia.com

seydou keita

Seydou Keïta, Sans titre, 1948-1954, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1948-1954, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1956-1959, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1953-1957, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1952-1955, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1952-1955, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

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Seydou Keïta, Sans titre, 1953-1957, courtesy CAAC – The Pigozzi Collection & Galerie Nathalie Obadia Paris/Bruxelles, (c) Seydou Keïta/SKPEAC

 

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