Et si les citoyens devenaient commissaires d’une nouvelle forme d’exposition ? Reg’Arts décalés est une exposition participative au Musée des Beaux-Arts de Charleroi ; une première en Fédération Wallonie-Bruxelles. Un projet qui met le public face aux œuvres et qui le met à l’œuvre. Trois institutions culturelles associées se sont prêtées au jeu et ont relevé le défi.

A l’heure où Charleroi célèbre ses 350 ans d’existence, Reg’Arts décalés est un concept inédit en Wallonie. Il réunit autour de l’asbl Mooss – coordinatrice de deux éditions similaires au M Leuven de Louvain et au Kaaitheater de Bruxelles – trois institutions culturelles et 37 citoyens commissaires carolos bénévoles aux profils variés, recrutés sur candidature, qui se sont investis dans le projet depuis avril 2016. Une occasion pour ces citoyens actifs de découvrir un musée ou une collection vus des coulisses : un monde qui a ses règles, ses contraintes mais aussi son émerveillement pour qui se colle à l’expérience.

Musées cherchent public… un vrai défi

Au rang des institutions partenaires : le Musée des Beaux-Arts, le Musée de la Photographie et la collection de la Coopérative CERA. Toutes trois se sont interrogées sur l’image souvent désuète et poussiéreuse des musées auprès des publics. Comment dès lors les rapprocher à nouveau ? C’est le dynamisme de ces institutions qui a séduit le jury du Prix AKCess – organisé par Prométhéa – puisque que le projet s’est vu remettre le Prix Boost 2016.

Pour être à la page, que n’ont pas dû faire les musées ? De la multiplication des interactions à l’invasion des écrans tactiles en passant par l’omniprésence sur les réseaux sociaux, les musées se gèrent aujourd’hui telle une véritable entreprise avec ses objectifs de rentabilité propre. On croyait les musées moribonds, sans créativité aucune, des lieux où rien ne se passe… oh que non. Mais combien s’interrogent vraiment sur ce que souhaite le public ? Qu’attend ce public d’une exposition ? Que doit être une offre muséale de nos jours ? Ce manque de dialogue dissuade de plus en plus un public hésitant, sollicité de toutes parts, emprisonné dans des circuits figés de musées enfermés dans leurs longs monologues. Donner au public la parole sur ce qu’il souhaite voir semble donc être l’ouverture dont les musées auront besoin à l’avenir.

L’exposition

Reg’Arts décalés est une merveilleuse et effervescente opportunité pour des citoyens de créer leur propre exposition de A à Z, du choix de la thématique et des œuvres à la scénographie et à l’accrochage. Certains d’entre eux s’affairent au plan de communication et à la médiation, quand d’autres présentent les œuvres sélectionnées. Un parcours qui revisite la notion d’exposition, s’articulant autour d’une pyramide centrale, qui surplombe l’espace muséal, et de trois axes autour du Qu’est-ce que voir ? et du Qu’est-ce que regarder ?

Une première zone dédiée à la Perception – Réaction – Réflexion propose un rapport physique aux œuvres qui se découvrent telles quelles, sans cartel visible, au gré de la sensibilité de chacun. Viennent ensuite les Scénographies chamboulées qui s’emploient à dissimuler des œuvres, à les exhiber de manière inhabituelle et inconfortable, voire à briser le sacro-saint Prière de ne pas toucher. Usant des lumières, du son, du cadre, du positionnement, ces dispositifs troublent la vision classique et longtemps éprouvée de notre rapport à l’œuvre. Et des Face-à-face étonnants pour finir, des dialogues entre œuvres n’ayant a priori rien à se dire. Réussiront-elles à influencer notre regard ?

La force et l’énergie de l’exposition Reg’Arts décalés sont à trouver dans son côté inédit et dans le contact direct avec l’œuvre : un contact brut, frontal et sensoriel, sans étiquette, loin de toute intellectualisation. La participation au cœur de cette démarche radicale ouvre la perspective à une identité coopérative où la multiplicité et la diversité des implications génèrent de nouveaux dialogues et bouleversent les codes. Le musée apprend à lâcher prise, à s’adapter à ses visiteurs, et le public, en s’engageant, devient un nouvel acteur dans la valorisation du patrimoine, de la culture et des collections.

Reg’Arts Décalés
Musée des Beaux-Arts de Charleroi
Palais des Beaux-Arts
1 place du Manège 
6000 Charleroi
Jusqu’au 11 février 2017
Du mardi au vendredi de 9h à 17h, le samedi de 10h à 18h
www.charleroi-museum.be

Reg'Arts décalés

Honoré d’O, Accidental or Incidental Shoes, 1999, (c) Coll. CERA, M-Museum, Leuven

Reg'Arts décalés

Stephan Vee, H.S. 6 déc. 12h14, 2001, (c) Coll. Musée des Beaux-Arts de Charleroi, photo Eric Mabille

Reg'Arts décalés

Jacques Lennep, Miroir aux Je, 2010, (c) Coll. Musée des Beaux-Arts de Charleroi, photo Eric Mabille

Reg'Arts décalés

Marcel Vintevogel, Silences Rythmés 1 et 2, 1994, (c) Coll. Musée des Beaux-Arts de Charleroi, photo Eric Mabille

Reg'Arts décalés

Félix Roulin, L’Astronome, (c) Coll. Musée des Beaux-Arts de Charleroi, photo Eric Mabille

Reg'Arts décalés

Gilbert Fastennaekens, Sans-titre, 1982, (c) Coll. Musée de la Photographie

Reg'Arts décalés

Reg’Arts Décalés, Vue alternative de l’exposition, 2016, photo Eric Mabille

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