Mounir Fatmi expose chez Keitelman Gallery qui le représente en Belgique. Pour son deuxième solo à Bruxelles, titré Savage Mind, le plasticien puise son inspiration dans l’essai éponyme de Claude LéviStrauss, un classique de l’ethnologie. Il signe des œuvres très diverses, fortes et engagées qui induisent, là une démarche esthétique, là une réflexion existentielle ou politique. Terriblement efficace,  car tout interpelle dans ses questionnements sous-jacents liés à l’identité et aux défis que nous lance l’actualité.

Mais qui est-il ? Tangérois né en 1970, Mounir Fatmi partage sa vie entre Paris et sa ville natale. A la croisée d’univers et d’identités différentes, son travail se nourrit de références sociales, culturelles et religieuses tantôt métaphoriques, tantôt plus évidentes. Il y est question de rencontres entre peuples, de territoires, de codes culturels, de racines et de migrations. L’une de ses richesses est la multiplication de déclinaisons plastiques réunissant vidéos, installations, peinture et sculpture. L’hybridation et l’ambiguïté sont récurrentes, toujours avec un équilibre parfait entre le fonds et la forme. La remise en question et l’art du questionnement sont l’ossature de son langage.

Avec Savage mind, Mounir Fatmi se concentre sur la notion de culture, sur les rapports entre connaissance et absence de savoir, sur le binôme science et artisanat qu’il place sur un pied d’égalité. A l’entrée, une toile brodée reproduit la couverture d’une édition de la Pensée sauvage. Mounir Fatmi raconte qu’il a commandé la broderie à une femme marocaine analphabète mais maîtrisant parfaitement cette technique ancestrale. Une métaphore des notions de savoir et de culture. A quel moment l’une prime-t-elle sur l’autre ? On passe de lintellect au savoir-faire, une idée chère à lartiste.

Retenons également le triptyque Roots : blancs sur blanc, des morceaux de câbles d’antennes dessinent des arabesques. Ce labyrinthe de motifs à bords perdus renvoie à l’interdiction de représenter la figure humaine dans l’art arabo-musulman. Il fonctionne comme un piège visuel, ouvert à toute interprétation et à la projection du spectateur. Plus loin, une série de panneaux aux pastels secs et gras sur papier noir, tel un réseau discontinu de neurones et de racines. Des dessins complexes titrés The Savage Mind.

Dead language : des lettres arabes, des bribes de mots emmêlés dans des fils barbelés. « Un des premiers éléments que l’on perd quand on traverse une frontière, c’est la langue, une partie de notre être. On devient donc le sauvage de l’autre », explique l’artiste. Une œuvre percutante. Nous voilà plongés dans l’Histoire et l’actualité.

Calligraphy of fire, une de nos préférées, est un hommage à l’écrivain et artiste Brion Gysin qui vécut dix ans à Tanger. Gysin aborde la calligraphie arabe en étranger et joue de son esthétique, en faisant abstraction du sens que les mots peuvent avoir. De même, Mounir Fatmi souligne la beauté de l’écriture, prise comme une forme abstraite, affranchie de toute signification dans une belle pièce qui évoque une flambée de lettres. La Keitelman Gallery propose une exposition intéressante qui fait le lien entre art et société. Une des meilleures du moment à Bruxelles.

Mounir Fatmi
A Savage Mind
Keitelman Gallery
44 rue Van Eyck
1000 Bruxelles
Jusqu’au  24 mars
Du mardi au dimanche de 12h à 18h
www.keitelmangallery.com

 

Mounir Fatmi

Mounir Fatmi, The Journey of Claude Lévi-Strauss, 2013, photo Dominique Libert

Mounir Fatmi

Mounir Fatmi, Calligraphy of Fire 03, 2016, photo Dominique Libert

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Mounir Fatmi

Mounir Fatmi, photo Dominique Libert

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Mounir Fatmi, Defence, photo Dominique Libert

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Mounir Fatmi, Dead language, photo E. Martin

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