Il vous reste quelques jours pour piquer une tête à la Chapelle de Boondael, qui a retrouvé une programmation de qualité. On y voit d’immenses peintures sur papier de Maud Deschamps, nommées Piliers sacrés.

Quoi de plus actuel – et judicieux – que de présenter aujourd’hui des peintures de nus dans une chapelle, fût-elle désaffectée ? Sur les côtés, de part et d’autre de la nef centrale, sont déployés douze portraits monumentaux de 375 x 55 cm de femmes et d’hommes nus : sept portraits de modèles et six autoportraits effectués devant le miroir. Au centre du chœur, une femme et un treizième portrait. Les modèles ont été choisis via des rencontres fortuites. Des rencontres humaines, subtiles et profondes, puisqu’il s’agit pour l’artiste et son modèle de s’apprivoiser et d’apprivoiser la nudité. En posant plusieurs semaines d’affilée, mais aussi en démarrant le portrait par le visage, l’œuvre de plus de trois mètres de haut prend forme – en cinq segments ou papiers – en même temps que le dialogue s’intensifie.

« Le modèle arrive et s’assied. Certains se posent remplis de questions, de curiosité, de craintes, de doutes… D’autres se mettent juste là, sans parler, attendent et me regardent. Je commence en général par peindre le visage du modèle en l’invitant à s’installer confortablement sur une chaise haute, toujours habillé. Les premiers contacts se font au travers du regard et du pinceau. Lorsque les yeux sont finis et découverts, un écho se fait chez le modèle qui se reconnaît. Petit à petit, la période d’apprivoisement se termine, la confiance se densifie. Le chemin vers le dénuement commence alors, zone de corps par zone de corps. Chacune recevant la même attention, la même intensité de traitement en y passant le temps nécessaire. Ce qui me frappe, c’est la rapidité avec laquelle la discussion se met en route et l’atmosphère se crée. Les modèles façonnent leurs portraits comme de la glaise, en y mettant ce qu’ils souhaitent. Chaque partie de corps amène ses sujets, souvent complètement déconnectés de la partie du corps lui-même », explique Maud Deschamps.

Au-delà de cette rencontre peintre/modèle, ces corps nus immenses, Piliers sacrés, rappellent – et il y a urgence – que le sacré ne tient qu’incarné. Et qu’être incarné, c’est être relié au corps, le sien avant tout, puis celui des autres. Ces colonnes d’épiderme et de chair, démarrant des pieds comme des racines flottantes, passant par les genoux – intensément travaillés –  montant vers les hanches, le ventre et le sexe –  lui aussi délicatement détaillé – précèdent la poitrine puis le visage dans lequel le regard concentre une puissante humanité. Le corps est le vecteur de l’élévation de l’âme, semblent dire ces portraits. A ne pas manquer !

Maud Deschamps
Piliers sacrés
Chapelle de Boondael
10 square du Vieux Tilleul
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 janvier
De 12h30 à 19h30
http://www.mauddeschamps.com/

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

Maud Deschamps

Maud Deschamps, Piliers sacrés, 2017, Chapelle de Boondael

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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