La copie, c’est tabou, on en viendra tous à bout ! Vraiment ? Copier n’est pourtant pas un si vilain défaut lorsque l’action est motivée d’une énergie créatrice positive. C’est ce que démontre l’exposition Ceci n’est pas une copie, design entre innovation et imitation, au CID, GrandHornu, jusqu’au 26 février.

Le titre de cette expo fait joliment référence au tableau de René Magritte, La Trahison des images. Le surréalisme, avec ses crises existentielles, se demandait souvent : c’est quoi exactement l’art ? Cette chaise, est-ce de l’art ? Ce tabouret IKEA – un grand classique dont l’original est d’Alvar Aalto, créé fin des années 1920 – est-ce une vulgaire copie ou une œuvre originale inspirée de ? Sommes-nous blasés ? Au point qu’une roue améliorée ne vaudra jamais l’invention même de la roue ? Habitués aux grandes innovations qui ont marqué en leur temps, nous ne voyons plus dans les innovations inspirées de le caractère créatif.

Pourtant, de la charrette à la voiture, il n’y a pas qu’un pas. L’histoire du design est aussi un processus d’évolution lent – mais pas engourdi, constamment progressif. C’est en quelque sorte du redesign perpétuel . « Plutôt que de toujours réinventer la roue, les designers travaillent sur des archétypes existants. L’apport créatif individuel se fonde sur des connaissances collectives anonymes et sur des modèles ordinaires », peut-on lire dans l’exposition. L’histoire du design se construit comme une maison, pierre après pierre, les éléments se superposent et se soutiennent.

Design en zone grise

Un objet, quand il est actualisé, entre dans une zone grise. C’est à dire qu’une copie n’est pas toujours inadmissible. L’exposition pose la question des motivations : il y a l’appât du profit qui va à l’encontre des règles éthiques de la société, inacceptable, condamnable même. Et puis, il y a ces designers qui s’inspirent pour actualiser, améliorer, réinterpréter ou même rendre hommage. Ne dit-on pas que l’élève qui apprend du maître le dépassera peut-être un jour ? Et puis il suffit d’être attentif pour se rendre compte du nombre de copies qui existent dans le design ! Si elles étaient toutes répréhensibles, il ne resterait pas grand chose. D’où l’intérêt de réfléchir à la légitimité de ces imitations plutôt que de les envoyer directement au bûcher.

Finalement, ce phénomène de copie est étroitement lié à la créativité elle-même. Le designer néerlandais Richard Hutten est d’ailleurs persuadé que « la copie suscite l’innovation ». Il s’est carrément rendu en Chine – lieu de prédilection de la contrefaçon – pour copier des objets chinois en y apportant ensuite une touche innovante. Par exemple, une théière (voir photo ci-dessous) qu’il a agrémentée d’une hanse inspirée de celle des fers à repasser. Elle est améliorée car plus ergonomique. La copie est donc nourrie d’une stratégie créative positive.

Les copies sont partout !

Concrètement, le parcours de l’exposition suit une série d’exemples de copies. On se rend compte qu’elles sont partout ! Et pas que dans le design. Les variations imprègnent l’art en général, dans la peinture notamment. Certains exemples provoquent de vifs débats, d’autres sont tout simplement captivants par la technique utilisée. On voit par exemple la fameuse corbeille à fruits carrée de Josef Hoffmann aux côtés de celle assez semblable mais plus ancienne de Kolomon Moser. Il y a aussi le fauteuil papillon de Hardoy, une des créations les plus copiées dans l’histoire du design et on apprend que lui-même s’est inspiré du modèle antérieur de la chaise pliante de Joseph Beverly Fenby (de 1877 !).

« L’innovation ne se base-t-elle pas toujours sur ce qui existe ? La créativité n’est-elle pas toujours une forme de recyclage inspiré, de copier-coller futé ? L’histoire du design n’est-elle pas surtout une histoire du redesign ? Pourquoi prenons-nous si ardemment fait et cause pour le talent naturel, le génie du designer vedette ? D’autres cultures, qui voient la copie d’un autre œil, peuvent-elles changer notre regard ? Le comportement imitateur acquiert-il une signification différente dans une perspective historique ? » Autant de passionnantes questions abordées par Ceci n’est pas une copie, design entre innovation et imitation, au CID, Grand-Hornu. Le débat est ouvert !

Ceci n’est pas une copie, design entre innovation et imitation
CID / Centre d’innovation et de design au Grand-Hornu
82 rue Sainte-Louise
7301 Hornu
Jusqu’au 26 février
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
www.cid-grand-hornu.be

Richard Hutten, Handle with Care

Richard Hutten, Handle with Care, Droog, 2011, théière en céramique/teapot in ceramics and ABS (c) Richard Hutten (c) Droog Design

Bob en Niels Copray & Wildenberg, Eames Lounge Outdoor Mal

Bob en Niels Copray & Wildenberg, Eames Lounge Outdoor Mal, 1956/2012, Mal. Polyéthylène recyclé. (c) Bob Copray (c) Niels Wildenberg

Josef Hoffmann, square fruit bowl

Josef Hoffmann, square fruit bowl, édition limitée de 5, 1910, Wiener Werkstätte, argent, ivoire et ébène, (c) Josef Hoffmann

Vue de l'exposition, Ceci n'est pas une copie

Vue de l’exposition, Ceci n’est pas une copie, (c) CID au Grand-Hornu, Photo David Marchal

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