La BRAFA 2017 s’ouvre le samedi 21 janvier. Cette année, la foire d’art rend hommage à l’un des pionniers de l’art cinétique et de l’art optique, l’Argentin Julio Le Parc. Une évocation de son travail et une signature en quatre œuvres disposées sur les grands axes de la foire font partie de la scénographie des allées de Tour & Taxis.

Fervent défenseur de l’implication du spectateur dans ses œuvres, maître dans l’art de nous rendre couleurs et lumières dans la poésie de leur mouvement, Julio Le Parc est cet immense créateur dont la récente visite à son atelier nous a fait comprendre qu’à côté de ses réalisations visibles sommeillent, dans d’immenses tiroirs, des dizaines, des centaines peut-être, de travaux, esquisses, dessins, peintures, projets, inconnus du grand public.

Cachan, en banlieue parisienne

C’est dans une ancienne usine de cosmétiques près de Paris que Julio Le Parc établit son atelier dès 1970. Derrière une large façade blanche, l’îlot familial est distribué autour de l’atelier de l’artiste. Au milieu, une cour jardin. A la croisée des voyages, des œuvres reviennent quand d’autres se préparent à partir. Le calendrier de Julio Le Parc – 88 ans – reste bien chargé. Il est secondé depuis 12 ans par son fils Yamil qui gère l’immense patrimoine paternel. Dans une pièce latérale obscure, les Œuvres lumières de Le Parc – dont une vient d’être acquise par le Guggenheim pour son futur musée à Abu Dhabi. On se souvient d’autres œuvres similaires présentées dans l’exposition Let’s Move à La Patinoire Royale à Bruxelles.

A l’étage, un mobile aux carrés transparents ouvre l’espace sur un ensemble de bureaux, d’armoires et d’étagères où se côtoient livres, documents, œuvres et maquettes. Tout ici témoigne d’une recherche et d’une activité artistique ininterrompues. Et même si avec l’âge ce créateur prolifique s’est entouré d’assistants, l’œuvre de Le Parc respire l’énergie, l’expérimentation et le sens du jeu. Nous le retrouvons d’ailleurs quelques instants plus tard, au travail, assis à une table, des lunettes de soleil sur le nez. Il revient sur son parcours pour nous.

Une vie d’artiste

Né à Mendoza en Argentine en 1928, ce second fils d’une famille ouvrière, médiocre dans ses études, se révèle doué en dessin. Enchaînant les petits boulots le jour, il s’inscrit à l’école des Beaux-Arts en cours du soir, où il aura comme professeur Lucio Fontana. En 1958, titulaire d’une bourse, il s’installe à Paris pour y étudier les artistes contemporains et l’avant-garde. En 1960, il cofonde – avec Horacio Garcia, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein et Jean-Pierre Yvaral – le G.R.A.V. (Groupe de Recherche d’Art Visuel) avec l’ambition de créer un art accessible à tous, où la relation œuvre/spectateur se retrouve au centre du processus créatif. L’année 1966 est celle de sa première exposition personnelle à la Howard Wise Gallery de New York. Il se voit la même année décerner le Grand Prix International de peinture à la Biennale de Venise, devançant notamment Roy Lichtenstein.

Son implication dans les événements de mai 1968 lui vaudra d’être expulsé momentanément de France avant de revenir y créer son atelier en 1970, année qui marque aussi son engagement à défendre les luttes de libération des peuples latino-américains. En 1972, la Kunsthalle de Düsseldorf lui consacre une première grande rétrospective. Il refusera – en la jouant à pile ou face – sa participation à une exposition au Musée d’Art Moderne de Paris. Ayant rejoint le front de mobilisation des artistes opposés au nouveau centre d’art Georges Pompidou, Le Parc se retrouve boudé par de nombreux directeurs d’institutions culturelles. S’ensuit une longue traversée du désert pendant laquelle il n’arrêtera pas de travailler.

La reconnaissance internationale

Il faudra attendre 2005 pour que la Fondation Daros à Zurich lui consacre une nouvelle rétrospective. En 2012, Le Centre Pompidou Metz l’intègre dans une exposition collective autour de l’art cinétique. Et finalement, en 2013, le Palais de Tokyo rouvre ses portes avec une grande exposition Le Parc. Cent quatre-vingt mille visiteurs et une presse dithyrambique finissent de le consacrer comme l’un des artistes majeurs de notre époque. Le Parc reçoit la Légion d’honneur en 2014. Aujourd’hui, ses œuvres se retrouvent chez de grands collectionneurs brésiliens, vénézuéliens, belges et allemands et dans des musées du monde entier.

Impliquer le spectateur, en combattre la passivité, la dépendance et le conditionnement, tout dans l’œuvre prolifique de Julio Le Parc est interaction, réflexion. Dans ce paysage créatif, spectateur et œuvre sont réunis dans la construction d’une nouvelle dynamique où lumières, couleurs et mouvements ne sont que les médiums, des vecteurs de transmission. L’œuvre de Le Parc a dans son ADN le changement, la versatilité, la mutation, signes d’une évolution perpétuelle et d’une forme d’universalité. Plus qu’une simple esthétique immersive, elle devient esthétique cognitive et celle d’une permanente incertitude.

BRAFA 2017
Tour & Taxis
88 avenue du Port
1000 Bruxelles
Du 21 au 29 janvier 2017
Tous les jours de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusque 22h
www.brafa.be

 

Julio Le Parc

Julio Le Parc, portrait, (c) photo Aldo Sessa

Julio Le Parc

Atelier de Julio Le Parc, Cachan, Paris, photo Eric Mabille

Julio Le Parc

Vue de l’atelier de Julio Le Parc en banlieue parisienne à Cachan, photo Eric Mabille

Julio Le Parc

Julio Le Parc dans son atelier à Cachan, Paris, photo Eric Mabille

Julio Le Parc

Julio Le Parc, Continuel Mobile, 1963, rétrospective Le Parc lors de la réouverture du Palais de Tokyo, Paris, 2013, (c) Julio Le Parc, photo André Morin

Julio Le Parc

Julio Le Parc, Surface Couleur, série 23 n° 14, (c) Julio Le Parc

Julio Le Parc

Julio Le Parc, Sphère Bleue, (c) Julio Le Parc, photo Galerie Mitterrand, Paris

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