C’est à une rencontre poignante que nous convie Fabienne Verdier avec ses Soundscapes aux cimaises de la Galerie Patrick Derom jusqu’au 11 février 2017. L’artiste française, qui n’en est pas à son premier défi, y expose une cinquantaine d’œuvres inédites, nées de sa confrontation avec des musiciens dans le cadre d’un premier laboratoire de recherches à la Juilliard School de New York.

Ce rêve américain lui a permis d’entrer dans le monde musical par la grande porte. Durant trois mois, elle a travaillé en huis clos avec le pianiste Philip Lasser, la soprano Edith Wiens, le chef d’orchestre William Christie, le violoncelliste Darrett Adkins ou les jazzmen Kenny Barron et Ray Drummond. Chacun à sa manière lui a permis d’apprivoiser un univers qui lui était étranger, alors qu’elle avait également conscience de déranger l’ordre établi dans ce vivier de musiciens qui, jamais auparavant, n’avait accueilli de plasticien. Petit à petit, l’artiste et les musiciens se sont révélés, oubliant les structures acquises, se libérant des réflexes pour « se mettre à nu » et se laisser « descendre dans l’obscure substance de ce que nous sommes sans le savoir » (Paul Valéry).

« Les musiciens ont osé aller sur des territoires d’improvisation où ils n’avaient jamais été », explique Fabienne Verdier qui, elle, s’est laissée aller à la spontanéité du geste, au détachement par rapport à tout un bagage acquis au fil des ans pour entrer en résonance avec les sons, leur couleur et leur tessiture, leur forme et leur rythme, captant les sonorités « comme un géographe faisant un relevé topographique ». C’est fort, puissant, mélancolique parfois. Poétique et enjoué aussi. La langue est bien pauvre pour en rendre compte.

A la vue de ces tableaux pourtant, les musiciens avouent « rejouer le morceau », voire lire une sorte de partition. Les métaphores visuelles imprègnent leur phrasé tandis que les ondes sonores font vibrer les Soundscapes de Fabienne Verdier, dont on peut (re)voir le déroulé dans le film que Mark Kidel lui consacre : Fabienne Verdier. The Juilliard Experience.  Une expérience loin d’être terminée puisque l’artiste compte poursuivre ce dialogue entre ligne sonore et picturale en installant un atelier à New York, où les musiciens pourront voir à leur guise et la peintre écouter. Car, conclut-elle, « si justement l’œil écoute, l’oreille peut aussi voir. Cette simultanéité possible entre musique et peinture (sera encore) au cœur de nos expérimentations ».

Fabienne Verdier
Soundscapes. The Juilliard Experiment
Galerie Patrick Derom
1 rue aux Laines
1000 Bruxelles
Jusqu’au 11 février
Du mardi au samedi de 10h30 à 18h30
www.patrickderomgallery.com

 

Soundscapes

Fabienne Verdier, Breath Column, 2014, Galerie Patrick Derom, Bruxelles, (c) Inès Dieleman

Soundscapes

Fabienne Verdier, White Noise, 2016, Galerie Patrick Derom, Bruxelles (c) Inès Dieleman

Soundscapes

Fabienne Verdier, Sound Trace, 2014, Galerie Patrick Derom, Bruxelles (c) Inès Dieleman

Soundscapes

Fabienne Verdier, Homage to Eliott Carter, 2014, Galerie Patrick Derom, Bruxelles (c) Inès Dieleman

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.