Robert Filliou est peu connu du grand public. Le M HKA à Anvers lui offre une importante rétrospective jusque fin janvier 2017. L’occasion de découvrir ce Franco-Américain qui se définissait comme un artiste poète et considérait que le langage et les mots constituent le matériau premier de l’artiste.

Son œuvre la plus connue est sans doute La Joconde est dans les escaliers, datant de 1969, où l’on voit un seau, un torchon et un balai posés contre le mur, avec un petit panneau reprenant le titre. Tout l’univers de l’artiste – fait d’humour, de décalage, de jeux sans fin avec les mots et les concepts – se retrouve ici. D’une simplicité déconcertante et, pourtant, faisant référence à l’histoire de l’art et s’y intégrant.

Robert Filliou (1926-1987) est souvent associé au mouvement Fluxus mais n’en a jamais fait partie, ni d’aucun autre groupe ou courant, bien qu’il ait travaillé en étroite collaboration avec des amis comme les artistes Daniel Spoerri et Dieter Roth, le compositeur et artiste George Brecht, le poète Emmett Williams ou l’architecte et artiste Joachim Pfeufer. Il est aussi le digne héritier de Marcel Duchamp. Avec ses collaborateurs et en premier lieu sa femme Marianne Staffeldt Filliou, il a inventé bon nombre de concepts, comme le réseau éternel – des personnes partageant les mêmes affinités à travers le monde –, le Principe d’équivalence, entre le bien fait, le mal fait et le pas fait.

Filliou est d’abord auteur de nombreuses pièces de théâtre. C’est son talent pour les mots qui va le mener aux arts plastiques. A partir de 1960, il expose ses premiers poèmes transcrits au pastel sur du papier d’emballage. Le lien est fait. Robert Filliou ne s’arrêtera plus de faire chanter ensemble mots et visuels. C’est ce qui est à voir dans l’exposition, au fil de plus de 100 œuvres, parfois toutes petites, parfois très grandes. L’artiste utilise des objets du quotidien – boîtes en carton, cartes à jouer, morceaux de planche – et décline sans fin les implications burlesques ou profondes qu’il découvre ou invente entre les éléments qu’il a sélectionnés. Ses choix sont définis par ses goûts, sa culture, sa vie et ses recherches philosophiques. Ainsi, That Spiritual Need (1971) reprend un petit tambour de prière, accroché à une planche de bois et une photo de l’artiste agitant le même objet. Ou A Most Curious Invention of the Gaga Yogi (1976) : une malette en bois remplie de clous !

Pointons deux très belles grandes installations, dont l’esthétique permet de laisser les mots un peu en arrière-plan : Eins, Un, One, 1984  et Principe d’équivalence. Si l’humour et la déconstruction des structures de la connaissance et du langage – juste pour rire – sont toujours présents et centraux dans l’œuvre de Filliou, la poésie n’est jamais loin, comme par exemple avec Homme Portant son Propre soleil sur une Ficelle (1973). Le tout avec une absence totale d’orgueil et de sérieux. Une rareté chez les artistes actuels ! L’ensemble est extrêmement réjouissant et vaut sans hésiter une pointe jusqu’à Anvers.

Robert Filliou
Le Secret de la Création Permanente
M HKA
32 Leuvenstraat
2000 Anvers
Jusqu’au 22 janvier 2017
Du mardi au samedi de 11h à 18h, jeudi jusqu’à 21h
https://www.muhka.be/

Robert Filliou

Robert Filliou, La Joconde est dans les Escaliers, 1969, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, 8 Measurement Poems, 1966, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, Man carrying his own sun on a string, 1973, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, Solitude, 1972, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, Video Games, 1980, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, Exposition Intuitive, 1966, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, For Duchamp, 1969, M HKA

Robert Filliou

Robert Filliou, Eins Un One, 1984, M HKA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.