Masque Kota, Gabon, Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, adjugé 847.500 euros chez Sotheby’s lors de la vente Afrique et Océanie du 14 décembre 2016 – www.sothebys.com

Le 14 décembre dernier, Sotheby’s procédait à la dispersion de la collection africaine de Viviane Jutheau, Comtesse de Witt. Ce n’est pas la première fois que la prestigieuse maison de ventes mettait aux enchères l’une des collections de cette personnalité bien connue du monde de l’art. Non seulement collectionneuse, la directrice générale des montres de Witt fut aussi une des premières commissaires-priseurs de France. En 2015 déjà, elle s’était séparée de ses œuvres modernes et contemporaines pour, disait-elle, « rééduquer son œil et son goût ». Elle a donc réitéré l’opération en cette fin d’année avec l’art tribal africain, qu’elle avait découvert dans les années 1980 grâce à André Schoeller. Collectionnés avec passion, ses fétiches africains avaient aujourd’hui perdu de leur magie aux yeux de Viviane pour qui, lit-on dans le catalogue, « les chronomètres ne tournent jamais assez vite (et) il est urgent de vivre, l’avenir appelle à d’autres odyssées ».

Les collectionneurs ne pouvaient que se réjouir de la venue sur le marché de pareille collection comprenant un ensemble exceptionnel d’art du Gabon. Les résultats ne font que conforter l’incroyable pouvoir de séduction de cette collection privée auprès des acheteurs, parmi lesquels certains n’ont pas hésité à affoler les enchères pour arriver à un total de 5,4 millions d’euros ! Les communiqués de Sotheby’s épinglent « la cohérence remarquable de cet ensemble conjuguant le grand archaïsme et la modernité du geste sculptural, qui a su séduire les amateurs qui ont emporté la quasi-totalité des lots soit 91 % des lots vendus et 87,4 % en valeur. Le cœur de cet ensemble de 22 lots était constitué par 10 sculptures appartenant aux arts du GabonFang, Kota, Kwele – qui ont obtenu le résultat admirable de près de 4 millions d’euros, soit le double de l’estimation ».

L’enchère la plus haute de cet ensemble est allée au masque Kota battant le record mondial avec 847.500 euros (lot 4). Ce grand masque est l’un des plus sidérants de la région du bassin de l’Ivindo. Sa beauté plastique est d’une évidente modernité : un visage allongé basé sur une composition axiale simple et essentielle. Dominé par de puissantes arcades sourcilières qui se rejoignent au niveau de l’arête nasale, le visage est ponctué d’yeux gonflés et d’une petite bouche étirée vers l’avant. La barbe fait contrepoint à l’imposante crête sagittale. Fort commun jusqu’aux années 1950, ce type de masque était utilisé pour matérialiser les esprits de la forêt lors des rites d’initiation chez les jeunes Kotas. L’abandon progressif des initiations villageoises a contribué à leur raréfaction. Collecté dans les années 1920, celui de la collection Viviane de Witt, est donc une pièce rare, d’une plastique remarquable par ses proportions exacerbées et sa facture expressionniste.

 

Masque Kota

Masque Kota, Gabon, Collection Viviane Jutheau, Comtesse de Witt, Sotheby’s, Paris

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