Picasso Sculptures est la troisième étape d’une exposition itinérante en trois actes qui a débuté au MoMa à New York, puis au Musée Picasso à Paris et aujourd’hui, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, présentant les sculptures de Picasso sous différents angles. On croit tout connaître de cet artiste mais tourner autour de plus de 80 de ses sculptures mises en dialogue avec une vingtaine de céramiques est un enchantement. Qu’on ne se refuse pas.

Picasso ne fut jamais formé comme sculpteur. C’est de ses pairs artistes et artisans qu’il apprend les techniques dont il a besoin pour œuvrer en volume : souder le fer, magner le plâtre, plier la tôle, travailler la glaise, etc. En visitant l’exposition, on comprend que Picasso n’interroge pas la sculpture. Il n’est pas dans un questionnement sur ce qu’est le volume. Picasso sculpte comme il dessine, sans préméditation. Le trait est, dans ses volumes, aussi important que dans ses dessins. Ainsi, en soudant des tiges de fer, il trace dans l’espace. En pliant une plaque de tôle, c’est encore le dessin que fera cette matière plane prenant forme dans l’espace qui l’intéresse. La puissance de son extrême créativité était pour l’artiste comme le sang dans ses veines, vitale. Dessinant, peignant, sculptant en un mouvement essentiel à sa vie propre.

En 1956 – il y a 60 ans – le Palais des Beaux-Arts organisait une exposition consacrée à Guernica, avec la toile elle-même et 60 dessins préparatoires. Cette année à Paris, l’exposition à l’hôtel Salé présentait la dimension multiple de l’œuvre sculpté de Picasso. A Bruxelles, on voyage au cœur de la collection personnelle de l’artiste et dans sa pratique de la céramique envisagée comme sculpture. L’exposition est construite chronologiquement et on commence par le premier marchand de Picasso, Ambroise Vollard, et les bronzes édités par celui-ci.

La première sculpture attestée de Picasso date de 1902. C’est un petit sujet en terre, Femme assise. Plus tard, l’artiste sculpte le bois, en des formes rudimentaires. Avec Nature morte à la chaise cannée, l’artiste tente de fusionner peinture et sculpture, puisqu’il introduit un élément de la vie quotidienne, un morceau de toile cirée, dans sa peinture. Le Verre d’absinthe est modelé dans la cire en 1914. Six épreuves en bronze, sur lesquelles sont fixées de véritables cuillères en métal, sont fondues puis peintes. Chacune différemment. Le multiple devient ainsi, sous les doigts de Picasso, unique.

C’est avec Julio Gonzalez – qui lui apprend l’art de souder le fer – qu’il conçoit la commande d’un monument à son ami Apollinaire. Le projet final ne verra le jour que dans les années 1950. Fait de tiges de fer soudées, il déploie des vides enserrés dans un simple trait noir de fer. Le visiteur peut inclure dans les espaces sans matière toute la richesse de ses projections et de ses rêves.

Vers 1930, le voilà modelant le plâtre, avec des figures féminines, allongées ou debout, ou des bustes et têtes inspirés par sa nouvelle muse, Thérèse Walter. Durant la guerre, c’est la glaise et le carton ondulé qui occupent l’artiste. Il est à Vallauris, terre de céramique, et bien qu’il ne tourne pas lui-même les vases, il s’en empare dès qu’ils sont finis, les déformant pour les transformer en silhouettes dansantes et féminines, avec une liberté étonnante. Picasso se plaît aussi à assembler des éléments trouvés. C’est de l’époque de Vallauris que date l’Homme au mouton – qui ne sera fondu qu’après la guerre – mais aussi la fameuse Tête de taureau, faite d’une selle et d’un guidon de vélo, et La grue, construite à partir d’une bêche de jardin.

L’exposition se termine avec les papiers et tôles pliés. On est ici dans la quintessence de la sculpture de Picasso. D’une feuille de papier plane et fragile, en deux ou trois plis puis deux ou trois traits de crayon, l’artiste réalise une œuvre dont la grâce, le mouvement et l’équilibre n’ont rien à envier aux sculptures classiques. Ces œuvres sont ensuite réalisées en très grand format, à l’aide de tôle pliée. Créer, dire une chose avec quelques matériaux assemblés, faire naître une forme, une figure qui se tiendra ensuite seule debout face au monde, Pablo Picasso l’a fait durant toute sa vie, avec un talent subjuguant, particulièrement dans ses sculptures.

Picasso. Sculptures
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 5 mars 2017
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, jeudi jusqu’à 21h
www.bozar.be

Picasso sculptures

Pablo Picasso, Violon, 1915, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Béatrice Hatala

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Pablo Picasso, Nature morte à la chaise cannée, 1912, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / René-Gabriel Ojéda

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Pablo Picasso, Le Sculpteur, 1931, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Béatrice Hatala

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Pablo Picasso, Tête de taureau, 1942, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Béatrice Hatala

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Pablo Picasso, L’homme au mouton, 1943, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Droits réservés

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Pablo Picasso, Figure, 1907, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Mathieu Rabeau

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Pablo Picasso, Buste de femme, 1931, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Mathieu Rabeau

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Pablo Picasso, Tête de femme, 1962, Dation Pablo Picasso, 1979, Musée national Picasso-Paris, (c) Succession Picasso – SABAM Belgium 2016, photo RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Adrien Didierjean / Mathieu Rabeau

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