Moderniteit à la belge est à découvrir aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles jusque fin janvier. Etrange fantaisie que celle de vouloir présenter de l’art belge dans un musée conçu pour cela. Ne rêve-t-on pas à Bruxelles de présenter de l’art international sorti des réserves d’un musée parisien comme Pompidou ? Et cela dans un ancien garage Citroën dans la zone du canal, un quartier actuellement maudit dans la presse internationale ? Mais on connait déjà le nom du futur directeur, pardon, du président de l’institution qui n’existe pas encore mais qui sera dans de bonnes mains ! Cela rassure.

Cette fantaisie, presque à contre-courant, vous la découvrez aux MRBAB, rue de la Régence. Un musée d’art belge, depuis que la Belgique existe. Et même plus vieux qu’elle puisque le musée fut créé par Napoléon. L’exposition Moderniteit à la belge fait revivre un bon siècle d’art belge. Le commissaire, Michel Draguet, aussi directeur du musée, propose un choix personnel, qui tient compte de la distance ironique de beaucoup d’artistes belges par rapport aux grandes modes internationales. C’est un hasard, mais il y a trois semaines, Luc Tuymans défendait ou révélait cette attitude devant la presse anglaise, pendant l’ouverture de James Ensor/Luc Tuymans à la National Gallery, à Londres. Il prenait comme exemple les masques d’Ensor à côté de ceux de Binche.

Draguet a pu puiser dans les importantes collections d’art belge – il ne faut pas sous-estimer celle du musée d’Anvers, hélas toujours fermé pour travaux. Les grands noms sont là, bien évidemment. Mais il y a heureusement des artistes moins connus. Des oubliés, qu’on trouve parfois dans les ventes publiques, pour des sommes très raisonnables faute d’expositions récentes et de monographies. Cette exposition est bien plus riche en découvertes et redécouvertes que le contexte philosophique peut le suggérer. Avis donc aux vrais amateurs de peinture – et ce n’est vraiment pas une race au bord de l’extinction !

Il y a beaucoup de cimaises qu’on ne quitte pas sans sourire. C’est rare dans les expositions actuellement, où on est plutôt matraqué par l’importance du nom de l’artiste et ses prix records. Voyez ici Henry de Groux avec un Christ aux outrages que nous n’avions jamais vu. Un peu plus loin, L’homme des nuages de Frits van den Berghe. Le musée possède un magnifique Vantongerloo, entouré de Marthe Donas, Klee, Chagall et Rouault. Dans la section Ville tentaculaire, vous trouvez une sculpture en bois de W. Anthoons et trois dessins d’Edmond Van Dooren jamais montrés ensemble. Admirez, de Marcel Stobbaerts (ce nom vous dit-il quelque chose ?), le Portrait de Madame Nougé, habillée par la maison Norine (oui, celle des publicités de Magritte).

Dans Nature et Modernité, on découvre un Jef De Pauw et un Charles Dehoy à côté d’Ensor, Matisse et Luc Tuymans ! Et ne vous étonnez pas de voir à côté d’abstraits connus – Servranckx, Flouquet, Delahaut – deux grandes affiches de Marfurt. Amusant aussi, côté mer, un Thierry de Cordier et un Guillaume Vogels, avec un siècle de distance. Les moules de Broodthaers sont dans une autre section… Une exposition très riche et qui vaut certainement le détour. Il n’y a pas de catalogue, mais un guide du visiteur qui vous invite à envoyer vos commentaires. Allez-y !

Moderniteit à la belge
MRBAB
3 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 22 janvier 2016
Du mardi au dimanche de 10h à 17h, 18h le week-end

Luc Tuymans, Window, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 12164, (c) SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo Grafisch Buro Lefevre, Heule

Luc Tuymans, Window, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 12164, (c) SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo Grafisch Buro Lefevre, Heule

David Claerbout, Shadow Piece, 2005, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 12180, (c) MRBAB, Bruxelles, photo David Claerbout

David Claerbout, Shadow Piece, 2005, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 12180, (c) MRBAB, Bruxelles, photo David Claerbout

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Pierre Alechinsky & Christian Dotremont, Et de linge, 1957, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 7237, (c) MRBAB, Bruxelles, photo Grafisch Buro Lefevre, Heule

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Antoine Mortier, Transposition colorée, Nu de dos, 1952, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 6901, (c) SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo J. Geleyns – Ro scan

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Marcel Broodthaers, Exposition de marchandises 1ère classe, fémur humain
1965, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 9554/5, (c) The Estate of Marcel Broodthaers c/o SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo J. Geleyns – Ro scan

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Marcel Broodthaers, Quatre pipes alphabet, 1969, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 12248, (c) The Estate of Marcel Broodthaers c/o SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo J. Geleyns – Ro scan

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Paul Maas, Albert Plage, 1960-1962, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 7188, (c) ARS, New York, (c) MRBAB, Bruxelles, (c) photo J. Geleyns – Ro scan

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George Segal, The Hustle : the Four-Hand Pass, 1980, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, inv. 11015, (c) SABAM, Belgium, (c) MRBAB, Bruxelles, photo Speltdoorn & Fils, Bruxelles

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