Etoffes, broderies, soieries et perles règnent en ce moment à La Patinoire Royale. Inspirée, exubérante et effrontée, Joana Vasconcelos s’y montre en apothéose. L’espace de la Patinoire et de la Galerie Valérie Bach lui permet d’exprimer toutes les facettes d’une œuvre qui ne cesse de tisser ensemble le détail et la démesure. Travail de titan autant que labeur de fourmi donnent la mesure d’une créatrice conquérante, qui s’exprime avec force sans jamais trop s’éloigner de ses racines lusitaniennes. Une exposition muséale.

A l’accueil, Material Girl, une imposante valkyrie, flamboyant carnaval de couleurs et de matières, évoque ces guerrières scandinaves qui survolaient les champs de bataille et redonnaient la vie à certains combattants mourants. Une métaphore des difficultés auxquelles doivent faire face les femmes artistes dans le monde de l’art contemporain. Une esthétique sensuelle et joyeuse qui flirte avec toutes sortes de textiles et de matières. Dans l’espace arrière, La Patinoire montre une deuxième valkyrie conçue pour la marque Marina Rinaldi. Elle est composée des tissus issus de la collection présentée à l’occasion de la semaine de la mode milanaise.

Le sous-sol nous plonge vingt mille lieues sous les mers. Petits miroirs et cadres voguent côte à côte. Une vision sous-marine pleine de protubérances en arrangements serrés, anémones de mer rouges, oranges, bleues ou vertes. Le miroir est un élément récurrent dans la décoration portugaise. L’image de soi est-elle si nécessaire ?, s’interroge Vasconcelos. Et de nous proposer des noirs et des argents vaniteux d’où s’échappent des polypes en forme de tentacules, des serpents de mer venant perturber notre image reflétée. Des titres évocateurs rappellent que 19 pièces ont été créées à l’occasion de l’exposition : Petit Sablon, Coudenberg ou encore, plus loin, Magritte, Brel.

C’est lorsqu’elle se fait discrète et délicate que la plasticienne a le plus d’impact. A l’étage, changement de décor. L’écheveau de l’exposition laisse place à une vision plus subtile. Des animaux faits de faïence traditionnelle sont enveloppés de fin crochet et de dentelle, véritables cottes de maille directement tissées sur un bestiaire lusitanien. Chevaux, grenouilles, crabes et lézards deviennent les meilleurs amis du monde. « Il fut un temps où nos grands-mères avaient le crochet pour seul et unique moyen d’expression », explique l’artiste. La dentelle demande des dextérités mathématiques, presque rythmiques pour aboutir à ce beau maillage.

A toutes les étapes, un langage visuel enjoué, gorgé de sens, habité d’une conscience très vive de la culture portugaise, marqué d’un mélange de légèreté et de gravité. On aime la liberté d’expression d’une revendication féministe sous-jacente, traitée avec un subtil humour qui met davantage à l’honneur qu’il n’attaque. Seule femme à avoir exposé à Versailles, cette Portugaise de Paris a fait la une pour son audace. L’originalité est son maître-mot. On en prend plein les yeux, un cadeau en cette fin d’année.

Joanna Vasconcelos
De fil(s) en aiguille(s)
La Patinoire Royale
15 rue Veydt
1050 Bruxelles
Jusqu’au 25 mars 2017
Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
www.lapatinoireroyale.com

 

Joana Vasconcelos<

Joana Vasconcelos, vue de l’exposition 2016, (c) La Patinoire Royale, photo A. Greuzat

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Joana Vasconcelos, Blue Rose, 2016, La Patinoire Royale

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Joana Vasconcelos, Brel, Flandres, 2016, (c) La Patinoire Royale, photo Elisabeth Martin

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Joana Vasconcelos, Valentao, 2014, La Patinoire Royale

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Joana Vasconcelos, Petit gâteau, 2011, (c) La Patinoire royale, photo A. Greuzat

Joana Vasconcelos, Portrait, @La Patinoire Royale

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Joana Vasconcelos, Portrait, @La Patinoire Royale

Joana Vasconcelos, Portrait, La Patinoire Royale

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