Comment l’art s’approprie-t-il les codes du rock ? Après S.F. qui explorait les liens entre art et science-fiction, le MAC’s revient avec une nouvelle exposition thématique, Rebel Rebel, qui traite des rapports qu’entretiennent l’art et la culture rock autour des œuvres d’une trentaine d’artistes nationaux et internationaux.

Cette nouvelle mise en perspective de l’art face à la culture populaire permet d’actualiser une attitude rock qui, depuis le début, porta un regard critique et politique sur un monde. Utopies, contestations, marginalités, looks et autres attitudes singulières : petite piqûre salutaire pour réveiller un monde où individualisme rime avec une identité rebelle souvent sur mesure, où faute d’émancipation, le culte du moi vient ainsi alimenter une forme de conformisme ambiant.

Pour ne garder que l’esprit rock

Rebel Rebel n’est pas une exposition sur le rock. Rebel Rebel n’est pas non plus un alignement d’objets cultes. Pas plus que vous n’entendrez de musique tonitruante, vous ne verrez d’œuvres clacher les murs du MAC’s. Cette exposition investit le champ des arts plastiques à travers la figure emblématique de l’adolescent – celle qui personnifie le rock – et l’utilise comme fil rouge de son propos. Dans les années 1950, l’adolescent émergeait comme nouveau consommateur non productif, en quête d’affirmation et d’identité à travers l’art, la musique et la mode, et qui, souvent en rupture générationnelle, s’éclatait en soirée vers une réinvention de lui-même. Rien n’a vraiment changé de nos jours, sauf peut-être l’insouciance qui, elle, n’existe plus.

Warhol sera le point de rencontre de deux avant-gardes, celle de l’art et celle du rock avec la célèbre pochette à la banane que l’artiste réalisa pour le groupe Velvet Underground. D’autres artistes lui emboîteront le pas, voyant dans le rock le meilleur vecteur d’expression identitaire minoritaire, celui des milieux en marge de l’expression dominante.

L’exposition

Rebel Rebel, c’est aussi le titre d’un hit du regretté David Bowie dont le visage discret apparaît dans une photo de Quentin de Briey en début d’exposition. Pourtant, que n’aurait-on pas souhaité entendre cette chanson – et à plein volume s’il vous plaît – tant Bowie représente à lui seul ce personnage théâtral, incarnant cette capacité à sans cesse se réinventer et à se jouer des postures.

L’exposition souhaite s’étendre sur le rock et sa dimension accessoirisée et plastique, au confluent entre deux cultures complexes et souvent mal comprises, le rock et l’art contemporain. Deux cultures qui ne peuvent cacher leur fascination réciproque tant l’artiste plasticien rêve de public et de célébrité alors que la star de rock, prisonnière du carcan industriel et des pressions commerciales, rêve d’intimité et de proximité avec son public.

Différents types d’œuvres illustrent le parcours. Soniques, performatives et scéniques comme cette installation de l’Anversois Joris Van de Moortel qui reproduit une scène, avec ses amplis et ses néons. Immersives, comme celle de Tony Oursler avec ses sept écrans où sept musiciens jouent du John Cage de manière aléatoire ; un mélange de sons, d’électricité et de chaos. Théâtrales, quand elles s’emparent des clichés de la rock attitude et des costumes glam rock pour mieux les détourner. Ainsi, clopes, bières, guitares, motos et autres archétypes se retrouvent interprétés par l’artiste contemporain. A épingler dans ce parcours, la présence de Back to the Mountains, une installation de l’Américain Dennis Oppenheim qui n’avait plus été montrée depuis 1974.

L’exposition s’achève, comme le souhaitait son commissaire, Denis Gielen, sur trois vidéos grand format silencieuses et contemplatives qui viennent souligner la dimension visuelle du rock. Dos à dos, David Claerbout et une évocation d’Elvis Presley à fleur de peau, au plus près de sa jeunesse, et Angelica Mesiti et ses close-ups d’une foule en transe lors d’un concert.

Et voilà le portrait esthétique de l’esprit rock – celui du folk populaire, du glam divertissant et celui du punk, nihiliste – une expression qui, se voulant souvent hors cadre, n’est pourtant pas hors champ du sentiment, en parfaite représentation de son époque et du temps qui passe.

Rebel Rebel
MAC’s
Site du Grand-Hornu
82 rue Sainte-Louise
7301 Boussu
Jusqu’au 22 janvier 2017
Du mardi au dimanche de 10h à 18 h
www.mac-s.be

 

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Quentin de Briey, Steffy in the Eurostar, The Day After, courtesy Librairie Yvon Lambert, Paris

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Joris Van de Moortel, Embracing the Simplicity of a Pop Song, performance et installation, 2016, (c) MAC’s, photo Philippe De Gobert

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Johan Muyle, Now Futur, 2016, courtesy the artist, (c) MAC’s, photo Philippe De Gobert

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Tony Oursler, Sound Digressions in Seven Colors, 2006, courtesy the artist, (c) Tony Oursler

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Gauthier Leroy, Mammouth, 2011, courtesy Galerie Aliceday, Bruxelles, (c) MAC’s, photo Philippe De Gobert

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Jacques André, Arters, courtesy the artist, 2002 – 2016, (c) Jacques André, photo Philippe De Gobert

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Gilles Elie Cohen, Vickings and Panters, 1981-1982, 2016, courtesy the artist, (c) Gilles Elie Cohen, photo Gilles Elie Cohen, (c) Sabam Belgium 2016

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Dave Allen, Douglas Gordon, Jonathan Monk, Stooges Burn Out Dance Practice, série Botleg n°4, 1995-2002, Collection MAC’s, Grand-Hornu, (c) Dave Allen, Douglas Gordon , Jonathan Monk

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Jacques Lizène, Sculpture nulle, guitare pioche, 1979, remake avec vidéo, 2005, courtesy Galerie Nadja Vilenne, Liège, (c) Jacques Lizène, photo Philippe De Gobert

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Dennis Oppenheim, Back to the Mountains, 1975, courtesy Dennis Oppenheim Estate, (c) SABAM, photo Philippe De Gobert

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Gauthier Leroy, Scratch Circle, 2012, courtesy Galerie Aliceday, Bruxelles, (c) photo Eric Mabille

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Christian Marclay, Ephemera, 2009, (c) Christian Marclay, photo Eric Mabille

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Joris Van de Moortel, The 10 Commandments for the Guitarist according to Captain Beefheart, 2016, courtesy of the artist and Galerie Nathalie Obadia, Paris, Bruxelles

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