C’est une nouvelle communauté d’artistes et une nouvelle région d’Australie qui sont à découvrir chez Aboriginal Signature. Les artistes de Papunya Tula tracent sur toile et sur panneaux de bois les signes qui détaillent leurs cérémonies et rites d’initiation.

Bertrand Estrangin continue à présenter avec passion les artistes aborigènes qu’il aime. Pour cela, il passe chaque été plusieurs semaines dans des régions reculées du continent australien. Cette fois-ci, il nous a ramené des œuvres de 16 artistes, dont Ningura Napurrula, Warlimpirrnga Tjapaltjarri et George Tjungurrayi dont les toiles atteignent des records dans les ventes internationales.

En 1971,Geoffrey Bardon, professeur de l’école de Papunya nouvellement créée, va s’intéresser aux signes qu’il perçoit lorsque les enfants dessinent sur le sable. Fasciné par ces symboles abstraits d’une civilisation sans écriture, il va inviter les enfants à peindre sur le mur de l’école. Cet événement signe la naissance de l’art aborigène contemporain, qui fait les délices des grands musées et des collectionneurs. En Occident, on retient comme déclencheur essentiel le rôle de Geoffrey Bardon. Il semble que ce soit plutôt un processus d’émergence collaboratif conduit par les Aborigènes qui ait mené à la révélation de ces signes et de ce mouvement artistique. Il s’agira d’un véritable big bang artistique. Il permettra aux Aborigènes d’autres régions de récupérer des territoires entiers – dont certains de 71 000 km² – grâce aux preuves territoriales apportées par les peintures. Le Musée du quai Branly a offert en 2012 une rétrospective remarquable des toutes premières peintures de Papunya des années 1971 à 1974.

Voici ici l’expression graphique de 16 artistes de la communauté de Papunya Tula sur trois thèmes : les rites d’initiation des jeunes lors des cérémonies Tingari, rites qui se déroulent sur plusieurs années et sont nommés le Temps du rêve ; des œuvres d’artistes femmes signifiant et donnant à voir les cérémonies autour du lieu Marapinti et les mythes associés ; plus loin, les cérémonies ancestrales féminines, comme genèse du territoire.

L’art cinétique occidental n’a rien inventé. La répétition de lignes, de circonvolutions et de motifs se retrouvent chez tous les artistes aborigènes, mais chargés d’un sens profond qui lie les peintures au territoire et aux communautés. Ici, on est presque dans le monochrome, puisque c’est la ligne et le point, plutôt que la couleur, qui transportent. Chez Ronnie Tjampitjinpa, le trait blanc sur rouge crée un labyrinthe mouvant, qui donne presque du volume à la surface. Chez Yinarupa Nangala, les grands cercles indiquent des trous d’eau, tandis que les petites demi-lunes sont des femmes assises. Il y a une narration sous-jacente. Difficile pour nous d’en percevoir toute la profondeur mais on peut la ressentir. Notre regard occidental a tendance à prendre sous son aile toute production artistique. Or cette création aborigène est bien antérieure et riche d’une mythologie subtile et profonde.

Aux sources de l’Art ?
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles
Jusqu’au 3 décembre
Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h
www.aboriginalsignature.com

Papunya Tula Artists

Yinarupa Nangala, Rockhole of Mukula (Ancestral travel stories), courtesy of Papunya Tula Artists, photo Aboriginal Signature

Papunya Tula Artists

Ningura Napurrula, Ancestral Women ceremonies, courtesy of Papunya Tula Artists, photo Aboriginal Signature

Papunya Tula Artists

Ronnie Tjampitjinpa, Tingari ancestral stories, courtesy of Papunya Tula Artists, photo Aboriginal Signature

 

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