Voir sa Petite Baigneuse en plâtre, sa délicate Perle Fine en marbre, son Oiseau en vol, sa Campeuse en terre cuite ou son Toréador inachevé dans le lieu où Oscar Jespers (1887-1970) les créa est une expérience unique. C’est actuellement possible jusqu’en décembre.

Son atelier n’en est plus un, depuis son décès, et sa maison n’est pas souvent ouverte au public. Restée dans le giron familial, elle a été transformée afin d’être rendue habitable sur toute sa superficie. C’est Pierre Puttemans qui a procédé aux travaux, divisant l’atelier en deux de manière horizontale. L’actuel locataire de cette magnifique habitation privée, Jean-François Declercq, collectionneur d’art et de design, l’ouvre de temps à autre dans le cadre de ses activités. Aujourd’hui, tout un chacun est invité à pousser la porte et à découvrir l’une des plus belles réalisations de l’architecte Victor Bourgeois occupée par un Oscar Jespers « plus intime, plus proche, plus familial, plus accessible, plus en recherche » que dans le cadre d’une exposition classique sous forme de rétrospective.

L’artiste y est présenté sous toutes ses facettes et dans son cadre de vie, avec ses œuvres (pour la plupart en pierre), ses modellos, ses études préparatoires mais aussi quelques meubles qu’il a dessinés et qui ont été fabriqués par Novy, et qui font actuellement partie de la collection de Jean-François Declercq ! Quelques œuvres inachevées voisinent avec des monnaies qu’il a créées, des lettres, des documents d’époque, des photos mais aussi des créations d’autres artistes, qu’il s’agisse de Hans Arp (L’homme vu par une fleur, 1958) ou de Spilliaert (avec un Portrait de Paul Jespers, 1935). Autant de choses rendues possibles grâce à l’association de plusieurs forces vives dans ce projet inédit, à savoir le Centre Albert Marinus, la Commune de Woluwe-Saint-Lambert, ainsi que Paul, le fils d’Oscar Jespers, et son épouse Denise Smits.

Jespers – Bourgeois

De la famille Jespers, on connait surtout Floris, le peintre et frère cadet d’Oscar, très en vue aujourd’hui pour ses églomisés qui sortent régulièrement en ventes publiques. Pourtant, si l’on prend la peine d’ouvrir les yeux, nombre d’œuvres d’Oscar Jespers parsèment l’espace public (L’hiver au Parc du Cinquantenaire, Les quatre saisons sur la façade de l’ex-CGER, La Musique et le Chant au Mont des Arts ou l’histoire de la poste à l’ancien Office des Chèques Postaux) et font partie de collections muséales. L’homme fut également professeur à La Cambre et cet engagement fut d’ailleurs un élément déterminant de sa carrière et de sa vie.

Anversois de naissance, Oscar semble avoir caressé le rêve de s’établir à Paris dans une maison que Le Corbusier lui aurait dessinée. Quasi en même temps, Henry Van de Velde le sollicite pour diriger la classe de sculpture de la nouvelle Ecole nationale supérieure de l’Architecture et des Arts décoratifs qu’il vient de fonder. Cette proposition entraîne son déménagement à Bruxelles où il décide de faire construire sa maison-atelier par Victor Bourgeois également entré à La Cambre dès sa création. L’homme y enseigne l’architecture et est une personnalité de tout premier plan dans l’histoire de l’architecture moderniste en Belgique et au-delà, puisqu’il est le seul Belge à réaliser une habitation à la Cité Weissenhof à Stuttgart et l’un des rares à participer aux CIAM.

L’immeuble qu’il conçoit en 1928 pour le sculpteur Oscar Jespers, avenue du Prince Héritier à Woluwé-Saint-Lambert, témoigne d’une recherche formelle combinant un vocabulaire épuré inspiré de Le Corbusier – la villa Savoy à Poissy ou la villa Jeanneret et La Roche à Paris – et des volumes robustes caractérisés par des angles arrondis et des formes cylindriques. Manifeste de l’architecture fonctionnelle, comme l’écrit Christophe Dossogne dans le catalogue, « cet endroit qui fut durant des décennies un espace de rencontre de l’avant-garde européenne, [renaît grâce à cette exposition] qui éclaire d’un jour nouveau l’œuvre de ce sculpteur d’avant-garde trop méconnu, voire quelque peu oublié, si ce n’est des connaisseurs. »

Oscar Jespers dans sa maison
Maison d’Oscar Jespers
149 avenue du Prince Héritier
1200 Bruxelles
Jusqu’au 11 décembre 2016
Du jeudi au dimanche de 13h à 17h.
www.albertmarinus.org

Oscar Jespers

Oscar Jespers dans son atelier, ca 1919, coll. particulière, Bruxelles

Oscar Jespers

Mezzanine, maison Oscar Jespers

Oscar Jespers

Maison-atelier Oscar Jespers, architecte Victor Bourgeois

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