L’art du portrait, comme celui de paysage, est un genre apparu tard dans l’histoire de l’art. Du portrait de notable à ceux de Picasso, puis ceux d’Alice Neel ou de Lucian Freud, on peut dire que plus on avance, plus on creuse dans l’intériorité. C’est vrai aussi pour les portraits peints par Johan Van Mullem, à voir en grand au Musée d’Ixelles, et en une réjouissante série de tout petits formats à l’Espace B à Glabais.

Comment rendre hommage à un visage ? Une boîte crânienne d’une forme définie, deux yeux, un nez, une bouche et tout autour, la chair, la peau, les cheveux et les poils. Johan Van Mullem plonge dans cette matérialité, qu’il rend en utilisant des encres sombres qu’il brasse à la brosse. Du sombre de l’encre surgissent des zones claires : orbites oculaires, nez presque effacé. Du geste de la main du peintre, souple, vif ou brutal, se tracent et naissent des visages cabossés à la présence forte. Sont-ils des boxeurs au visage tuméfié ? Ou bien s’agit-il de visages rendus flous par un brouillard qui les entoure ? Ou encore est-ce des portraits de ce qui se passe dans la tête de ces personnages ? Et qui sont-ils ? Dans ce surgissement ou cet effacement, dans cet imprécis qui raconte, l’artiste donne à voir quelque chose de puissamment intime, d’intérieur, de l’ordre du soi. « Le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi. Ce n’est pas moi qui me crée moi-même : j’adviens plutôt à moi-même », écrivait Jung.

Au Musée d’Ixelles, voici trois peintures de grand format. Immenses visages surgissant de la couleur. Plus loin, posés à l’horizontale, 84 portraits comme autant de pierres tombales forment un tout où les visages apparaissent dans le magma de la matière, parfois là, nés. Ou parfois en train de naître.

A l’Espace B, l’artiste présente des dessins au bic bleu à l’intérieur de boîtes de cigares Cortes. Encadrés de fait par les bords de la boîte (9 x 8 cm), les visages émergent du réseau de traits. Marquant le papier blanc, Van Mullem ici n’enlève plus de la matière avec sa brosse mais en ajoute voluptueusement au fil gras de l’encre bic. Les yeux, la bouche apparaissent là où il y a une réserve. Toujours ce geste, la recherche par le geste, opération chirurgicale qui va et vient au cœur d’un soi anonyme, celui de l’autre. Que Johan Van Mullem tend à représenter, en une quête qui ne finit jamais.

Dans la famille de Johan Van Mullen (1959), on est artiste depuis plusieurs générations. Si lui-même a commencé sa carrière comme architecte, poussé par une nécessité impérieuse de se consacrer entièrement à son art, il l’a abandonnée il y a quelques années. Dessinant depuis son plus jeune âge, accompagnant ses missions professionnelles de graffitis au bic, celui-ci est devenu l’un de ses premiers médiums, qu’il n’a jamais abandonné.

Johan Van Mullem
Musée d’Ixelles
71 rue Van Volsem
1050 Bruxelles,
Jusqu’au 21 janvier 2017
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museedixelles.irisnet.be/

Et

Espace B
33 A Haute Rue,
1473 Glabais
Jusqu’au 27 novembre
Les samedi et dimanche de 14 à 18 h
www.espaceb.be/

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Johan Van Mullem, Sans titre, Dyptique, 2011, photo Edwin Smet

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Johan Van Mullem, Sans titre, 2012, Collection Musée d’Ixelles, photo Vincent Everarts

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Johan Van Mullem, Sans titre, 2011, photo Edwin Smet

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Johan Van Mullem, boîte, Espace B, photo J. Van Mullem

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Johan Van Mullem, boîte, Espace B, photo J. Van Mullem#

 

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