Première exposition solo pour la jeune artiste française Keen Souhlal à la nouvellement nommée Irène Laub Gallery – anciennement Feizi. L’occasion de découvrir les subtiles alchimies de cette material girl !

Keen Souhlal (Paris, 1982) ne se définit pas comme sculptrice mais plutôt comme une passionnée des matériaux. C’est dans la confrontation de ceux-ci que se situe le travail de cette artiste protéiforme. Après des études à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris (ENSBA), elle s’expatrie en Islande, au Groenland puis au Québec et complète sa formation par un CAP en marqueterie à l’Ecole Boulle. Son travail se construit autour de pratiques multiples telles que la sculpture, la céramique, le gaufrage, le dessin et la photographie : le faire est son royaume.

Tout d’abord, un croissant de bois blond, encore enchâssé dans son écorce mais évidé en son centre. Placée là, une voluptueuse forme arrondie, vernissée et brillante, épousant la courbe du bois, formant comme un ventre, ou un cœur, organe palpitant, complétant et achevant la lune de bois via une confrontation délicate des matières et des textures.

Sur un socle, une large rondelle d’arbre, elle aussi évidée en son centre. Un artisan y a soufflé, à la demande de l’artiste, deux grandes bulles de verre laiteux. Une autre forme naît, mariage poétique entre deux entités et deux matériaux que tout opposait. Un mariage d’amour, forcément.

Au sol, encore une pièce de bois. Son centre est occupé par une forme faite de céramique brute, mate et noire. Plus loin, des totems de blocs de bois brûlés érigent leur noir de cendres comme toute fierté. Bois et terre, cru et cuit, fendu et massif, brûlé et intact… Keen Souhlal se délecte de la rencontre de ces opposés, s’amuse d’offrir à notre regard leurs contrastes puissants. On peut dire que l’artiste s’empare d’un matériau, en inspecte les différentes propriétés, puis l’entraîne dans un processus de transformation pour expérimenter sa plasticité. Cette alchimie, lent chemin, laboratoire, s’arrête quand soudain l’état nouveau de la forme déploie quelque chose de l’ordre du beau. Les non-sculptures de Keen Souhlal sont des objets précieux, des états d’âme de la matière, des formes au bord de la transformation. Beau !

Keen Souhlal
What if the moon were made of green cheese?
Irène Laub Gallery
8b rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu’au 7 janvier 2017
Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 18h30
Le vendredi de 14h à 18h30
http://irenelaubgallery.com/ 

Keen Souhlal

Keen Souhlal, vue de l’exposition, Irène Laub Gallery

Keen Souhlal

Keen Souhlal, 2016, Irène Laub Gallery

Keen Souhlal

Keen Souhlal, Autres Paléontologies Sédimentaires , 2016, Irène Laub Gallery

Keen Souhlal

Keen Souhlal, vue de l’exposition, Irène Laub Gallery

Keen Souhlal

Keen Souhlal, Sans titre, 2016, Irène Laub Gallery

Keen Souhlal

Keen Souhlal, vue de l’exposition, Irène Laub Gallery

A propos de l'auteur

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef et journaliste
"On écrit bien sur ce qu’on aime. J’aime admirer des œuvres. Chaque artiste ouvre sur notre humanité, notre universalité. Cela me touche à chaque fois. Plus j'en découvre, plus mon appétit pour l’art augmente et mon oeil s'exerce ... Plus je ressens l'art, plus je comprends l’humain."
Muriel de Crayencour est journaliste et plasticienne. Elle a rédigé des chroniques, critiques et reportages sur les arts visuels durant 5 ans dans L'Echo. Elle est journaliste culture pour M... Belgique Elle a créé le magazine Mu in the City en janvier 2014.

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