Les peintures de Jeff Kowatch explosent aux cimaises de la Galerie Faider. Apocalyptic Carnaval, c’est l’occasion pour l’artiste américain d’explorer le monde du carnaval et du cirque, dans une vision qui fait lien avec l’histoire de l’art et James Ensor, entre autres.

Une immense toile de 4,5 x 2,5 m. Une abondance de cercles de couleur. Flous et vibrants, ils se superposent, cellules à la fois individuelles et amalgamées. Densément. On dirait un rassemblement. Une troupe. Beaucoup de rouges, quelques taches de blanc, du vert, du jaune. C’est La Sortie du Christ de Bruxelles. Oui, la sortie… l’envers du décor de L’Entrée… d’Ensor. Tout est dit dans le titre. Derrière la jubilation et la couleur, rien ne va plus, le Christ s’est taillé, il n’y a plus rien à sauver. Pourtant cela reste beau. Infiniment. Derrière la présence passée, une trace de ce qui fut. Derrière la scène narrée, l’envers du décor.

Jeff Kowatch travaille ses toiles en y posant de 50 à 100 couches de peinture ! Cela commence en préparant le support jusqu’à ce que la trame de lin disparaisse. Puis viennent les couleurs, en zones définies, formes rondes, organiques, bulles contenant chacune une histoire aujourd’hui effacée. Car l’artiste va poncer chaque couche de peinture, pour ajouter ensuite une autre teinte. Ce processus, infiniment lent puisqu’il utilise de la peinture à l’huile qui prend plusieurs semaines à sécher, donne un aspect final extraordinaire : la couleur est à la fois dense et transparente, fondue, floue, poudrée et rayonnante. La texture extrêmement lisse de la surface offre au spectateur une expérience d’une grande sensualité. La peinture n’est pas morte. Elle est là, intense, première, incroyablement actuelle. Un bonheur.

Jeff Kowatch est un artiste américain né à Los Angeles en 1965. Il vit depuis une dizaine d’années en Belgique. « Le carnaval, le cirque et la peinture ont en commun d’être perçus comme archaïques et d’être annoncés sur le déclin, voire même comme étant morts. Ces similitudes m’intéressent et cette série questionne leurs autres similarités. J’aborde ainsi une large palette de notions, telles que la renaissance, le sacrifice de soi, la fascination pour la mort, la recherche du paradis perdu et le temps », explique-t-il dans Conversation avec Paul Emond (Editions Tandem).

Puis loin dans l’exposition, de plus petits formats, où il représente ses enfants. Cachés eux aussi à l’arrière de ces combinaisons de couleur, planqués derrière les multiples ponçages, corps et âmes réunis, rassemblés, densifiés par le processus. Une merveille !

Jeff Kowatch
Apocalyptic Carnival
Galerie Faider
12 rue Faider
1060 Bruxelles
Jusqu’au 18 décembre
Du mercredi au samedi de 14 à 18 h
Ainsi que le dimanche 19 décembre
www.galeriefaider.be

Jeff Kowatch

Jeff Kowatch, La Sortie du Christ de Bruxelles, courtesy l’artiste et Galerie Faider

Jeff Kowatch

Jeff Kowatch, Famille de saltimbanques, courtesy l’artiste et Galerie Faider

Jeff Kowatch

Jeff Kowatch, Corps Céleste, courtesy l’artiste et Galerie Faider

Jeff Kowatch

Jeff Kowatch, Clowning around, courtesy l’artiste et Galerie Faider

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