La collection d’estampes japonaises du Musée d’Art et d’Histoire (MRAH) est riche de 7500 œuvres. Un pactole que les collectionneurs envient, dévoilé en partie (400 estampes, quand même !) au Musée du Cinquantenaire jusqu’au 12 février 2017.

Si ce n’est pas la plus importante collection, c’est bien l’une des mieux conservées au monde. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est rare de pouvoir la consulter. La dernière fois que le musée a organisé une exposition de telle envergure, c’était en 1989 au festival Europalia Japon à Charleroi, les amateurs de l’art japonais de l’estampe s’en souviennent ! Aujourd’hui, la commissaire de l’exposition Nathalie Vandeperre nous met d’ailleurs en garde : « Pour voir ces estampes, c’est maintenant ou jamais. On ne fera pas d’expo de ce genre avant un bon bout de temps. C’est un évènement assez exceptionnel ! Le genre qui n’arrive qu’une fois par génération. » Un plaisir d’autant plus rare que les musées d’Extrême-Orient à Laeken – Tour japonaise et Pavillon chinois – sont fermés depuis 2013 et sans planning de restauration par manque de moyens.

Estampes Ukiyo-e

L’art de l’estampe est ce qu’appellent les Japonais l’art de l’Ukiyo-e. Le terme renvoie d’abord à la légèreté des mœurs et plus couramment aux plaisirs quotidiens de l’époque Edo (1600-1868) : concours de beauté, portraits d’acteurs, cérémonies du thé, balades en barque, instants de joie et de poésie, etc. Le paysage a aussi toute son importance. À cet égard, l’affiche de l’exposition montre l’une des 36 vues du Mont Fuji (1831-1833) de Katsushika Hokusai (1760-1849). Un artiste – dont la liste d’œuvres est interminable –  aux styles variés, souvent ouvert à l’avant-garde. Van Gogh, Gauguin, Degas et Monet se sont beaucoup inspirés de son art ! Hokusai est le premier à avoir fait du paysage le protagoniste de l’estampe et plus seulement la toile de fond.

L’exposition montre de manière chronologique – en commençant par détailler cette technique particulière – un aperçu de l’art japonais de l’estampe, depuis ses débuts en noir et blanc (vers 1720) jusqu’au début du XXe siècle. Au fil des pièces, des thèmes spécifiques sont abordés, comme les estampes érotiques (shunga) qui représentent l’un des premiers genres de l’estampe japonaise. On y voit notamment La femme mariée et son amant (1785), l’œuvre la plus justement célèbre de Kiyonoga car elle se présente sur un format panoramique particulier. De manière générale, le corps nu des femmes était peu représenté même si le Japon n’avait pas les pudeurs de l’Occident. Mais la femme en elle-même est par contre très présente bien que son statut était plutôt ingrat à l’époque Edo. À la fin de l’exposition, un espace est consacré à l’œuvre du dessinateur belge contemporain Dimitri Piot qui modernise magnifiquement l’univers ukiyo-e.

On voit dans les estampes japonaises la pureté des lignes qui caractérise l’art japonais, jamais trop chargé, aux antipodes de l’ostentation. Les images, vieilles pour la plupart de trois siècles, restent belles. Dans la deuxième salle de l’exposition, les estampes de Suzuki Harunobu sont un véritable trésor, tellement fraîches qu’elles donnent l’impression d’avoir été imprimées hier, or elles datent du XVIIIe siècle. Elles sont fines, très raffinées. Cela s’explique aussi par la richesse des commanditaires de Harunobu qui travaillait avec du matériel de qualité.

Les estampes créatives

L’estampe japonaise ne fut pas considérée comme un grand art avant sa reconnaissance par les artistes occidentaux – notamment les expressionnistes – à la fin du XIXe siècle. D’ailleurs, l’estampe, une reproduction, est par sa définition vue comme un art commercial. Mais au XXe siècle, les artistes veulent, comme en Occident, diriger toutes les phases de la production de leurs œuvres. Nait alors l’Estampe Créative, un genre expressionniste, au style très brut. Pour ces artistes, le grand souci n’était pas d’avoir un succès commercial. Ils vont créer des cercles, des revues, et nouer des dialogues avec les artistes étrangers mais aussi avec ceux plus conventionnels de leur époque. Les estampes les plus remarquables de ce courant sont celles d’Onchi Köshirö. Nous pensons notamment à ce portrait de femme, de profil, Café (1934). « Entre 1920 et 1955, Onchi Köshirö incarne la stabilité du mouvement et participera grandement après la seconde guerre mondiale à l’internationalisation de l’estampe créative japonaise. »

La grande majorité de cette collection propre au musée a été acquise en 1905 : 4500 estampes achetées à Edmond Michotte, Belge fortuné expatrié à Paris et grand collectionneur achetant au marchand Bing.

Ukiyo-e – Les plus belles estampes japonaises
Musées royaux d’Art et d’Histoire
10 Parc du Cinquantenaire
1000 Bruxelles
Jusqu’au 12 février 2017
Du mardi au dimanche de 10h à 17h
www.kmkg-mrah.be

estampes

Utagawa Kunisada, Kan Shōjō interprété par l’acteur Ichikawa Danjūrō VII (Kan Shōjō, aka Sugawara Michizane), 1814, Éditeur Kawaguchiya Uhei (Fukusendō)

estampes

Itō Shinsui, Jeune femme en longue tunique de dessous, 1927 , éditeur Watanabe Shōzaburō

estampes

Torii Kiyonaga, Le restaurant Kankanro, Vers 1794, éditeur Wakasaya Yoichi (Jakurindō)

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