Deux artistes belges, Walter Leblanc et Jef Verheyen, dialoguent avec élégance aux cimaises du Musée d’Ixelles, dans l’exposition Dialogue with Light. Une manière de redécouvrir ces deux chantres de l’abstraction, nés la même année et partis très tôt.

Le point de départ, c’est l’année 1958. En Allemagne, le premier numéro de la revue Zero signe l’acte de naissance du mouvement du même nom. Heinz Mack et Otto Piene, rejoints en 1961 par Günther Uecker, en constituent le socle. Il s’agit de trouver une voie nouvelle qui ne réponde ni à l’expressionnisme abstrait ni à l’abstraction lyrique, en ouvrant un espace philosophique autour de la lumière, d’un mouvement lent, de matériaux nouveaux. Le groupe Zero durera 10 ans.

En Belgique, avec l’Expo 58, les jeunes artistes sont abreuvés de modernisme. Une exposition d’art contemporain est organisée dans le cadre de l’Expo. Les jeunes Belges n’y sont pas invités. En réaction, ils créent le groupe G58 à Anvers. Et y organisent l’exposition Motion in Vision – Vision in Motion, qui sera le point de départ de l’internationalisation du mouvement Zero. Parmi ces jeunes artistes belges, on trouve Pol Bury, Walter Leblanc, Paul Van Hoeydonck et Jef Verheyen. Ces artistes, nés dans les années 1930, adolescents durant la Seconde Guerre mondiale, ont envie d’une table rase, d’une page blanche.

Walter Leblanc et Jef  Verheyen se croisent peu durant leur vie, même s’ils furent amis à l’Académie d’Anvers. Se pencher sur leurs œuvres et les mettre en dialogue est pourtant passionnant, nous explique le commissaire de l’exposition, Adrien Grimmeau. Les deux artistes creusent leur voie et leur style au travers d’une interrogation pure autour de la lumière. Comment la capter, la faire sortir de la toile, jouer avec elle, la rendre belle. L’un travaille au relief de la toile, y ajoutant des éléments et plus tard l’incisant. L’autre se consacre à la surface, comment l’étendre, l’agrandir, la rendre plus grande en travaillant la couleur, jusqu’à ce qu’elle devienne espace.

Jef Verheyen (1932-1984) se lance dans le monochrome dès la fin des années 1950. Il veut dépasser le cadre de la toile en permettant au spectateur de plonger dans ce qui serait devenu un espace. Ainsi, pour un sublime monochrome bleu, il dégrade très subtilement la couleur du bas vers le haut, rendant la surface vibrante. Pas ou très peu de traces de pinceau. L’œil s’y perd, aspiré vers un ailleurs durant une lente contemplation. Le vide qu’il donne à voir porte à l’introspection, à la méditation. De ce fait, il n’est plus vide mais un espace plein et profond. Verheyen a multiplié les collaborations. On découvre entre autres dans l’exposition des toiles peintes par lui et trouées par Lucio Fontana !

Walter Leblanc (1932-1986) va travailler sur la texture et le relief pour jouer avec la lumière. Dès 1959, ses Twisted Strings déploient des cordes torsadées et tendues sur la toile. Celles-ci tracent des lignes qui, par leur fin relief, retiennent la lumière et font apparaître une ombre. Ainsi, sans aucune couleur, Leblanc crée une œuvre qui peut prendre toutes les teintes allant du blanc au noir, en une palette qui dépend à la fois de la lumière environnante et de l’endroit où se place le spectateur. Il renforcera encore ce phénomène participatif avec ses Torsions Mobilo-Statics, quand la surface – un film plastique – elle-même est incisée de manière régulière puis mise en torsion.

Qui peut mieux que le Musée d’Ixelles mettre en lumière deux peintres des années 1950 et 1960 ? Notre histoire de l’art nationale est si peu mise à l’honneur hors des grandes stars. Une exposition belle et didactique, malgré un accrochage qui manque un peu de peps.

Dialogue with light
Musée d’Ixelles
71 rue Van Volsem
1050 Bruxelles
Jusqu’au 21 janvier 2017
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museedixelles.irisnet.be/

dialogue with light

Jef Verheyen, Bevel, 1963-64, Anvers, Axel & May Vervoordt Foundation

dialogue with light

Walter Leblanc, Twisted Strings. 40F x 387, 1964, Coll Musée d’Ixelles

dialogue with light

Jef Verheyen, Espace noir, 1959-60, Private collection, Courtesy galerie Dierking, Zürich

dialogue with light

Walter Leblanc, Torsions Mobilo-Statics B 117, 1961, Collection Privée, Anvers

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