À la fin des années 1980, Fred Lanzenberg croise au hasard d’un village perdu une œuvre de Simone Huby (1933-2011) et c’est à partir de là qu’un public fasciné découvre l’univers de cette femme née près de Malmedy.

Quand Fred Lanzenberg fait découvrir ce travail en 1990, les critiques d’art s’accordent pour dire que c’est une révolution. On peut encore lire dans la presse leur enchantement. Nous qui la découvrons aujourd’hui sommes d’abord interloquée par la simplicité de l’œuvre. Simone Huby n’utilisait que du bitume, du bois et du papier qu’elle carbonisait et fusionnait. Du papier journal et des bottins de téléphone surtout. Ces journaux devenaient à leur tour de gros livres compacts quand elle les encollait.

Lumière tamisée

C’est une simplicité étonnante car mystérieuse. Son œuvre entière est particulièrement homogène, unifiée par un noir fumé constant. Comme son Paysage du XXe siècle plongé dans la grisaille. Ce côté sombre n’est pas triste pourtant car toujours accompagné d’une lumière qui s’en dégage. Il y a dans l’univers de Simone Huby quelque chose de l’ordre de l’intériorité, c’est-à-dire qu’il faut plonger au fond de soi pour le lire. Comme l’artiste aimait elle-même prendre son temps, se tenir en retrait, ses œuvres sont à consommer sur le long terme. Il faut attendre leurs effets par bribes. Il y a pour commencer une réflexion sur la matière brute et pauvre des matériaux qu’elle utilise. Puis un trou béant sur l’intime. Dans un entretien accordé en 1997 au magazine Technikart, elle disait : « Quelque chose me déplaît dans les couleurs. J’ai peur du décoratif. Le noir est une garantie pour aller à l’essentiel. […] Je me méfie des mots « beau » ou « laid » car ils sont souvent injustes ». Austère ? En tout cas aux antipodes du luxe qu’elle haïssait.

Cette sobriété qui caractérise le travail de Simone Huby est très réfléchie. Malgré la simplicité de chaque sculpture, le travail est immense et la matière est là, particulièrement dense. On comprend que l’artiste a travaillé de manière très disciplinée. Elle assemblait patiemment des papiers carbonisés et les disposait sur des panneaux de bois. Cependant, Fred Lanzenberg qui l’a bien connue nous assure de la part de spontanéité de l’artiste. C’était une femme à part. Simone Huby est décédée en 2011. Lors du vernissage de l’exposition qui lui est consacrée à la Galerie Fred Lanzenberg, ils furent nombreux à se déplacer pour retrouver cette artiste particulière. C’est une dame qui se tenait à distance du monde de l’art car – elle le disait elle-même – elle ne voulait pas se laisser influencer par ce monde et rester ainsi qui elle était.

Simone Huby 
Galerie Fred Lanzenberg
9
 avenue des Klauwaerts
1050 Ixelles
Jusqu’au 29 octobre
Du mardi au vendredi de 14h à 19h, le samedi de 10h à 19h
www.galeriefredlanzenberg.com

Simone Huby, Sans titre

Simone Huby, Sans titre, bois, papier, courtesy Galerie Fred Lanzenberg

Simone Huby, 1990

Simone Huby, Paysage du XXe siècle, bitume, 1990, courtesy Galerie Fred Lanzenberg

 

Simone Huby, Sans titre, 2005

Simone Huby, Sans titre, bois, peinture, papier, 2005, courtesy Galerie Fred Lanzenberg

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