Ne faites pas confiance à ce que votre œil voit dans les photographies de Gregory Crewdson (Brooklyn, 1962) ! Ces scènes captées dans une nature luxuriante ou dans des intérieurs anodins sont toutes longuement composées et préparées. C’est la première fois que la dernière série, Cathedral of the Pines, de ce photographe américain est présentée en Europe, à la Galerie Templon, au même moment à Paris et à Bruxelles.

Les 31 photographies ont toutes pour décor la petite commune rurale de Becket dans le Massachussetts, où Gregory Crewdson s’est isolé avant de retrouver l’inspiration. « C’est au cœur des forêts de Becket, Massachussets, que j’ai finalement senti l’obscurité se lever, que je me suis reconnecté avec mon processus artistique et que j’ai évolué vers une période de renouveau et d’intense créativité », explique-il.
Une femme, âgée, est allongée nue sur un canapé vert d’eau. Le regard vague, une main sur le ventre, une jambe ballante. Autour d’elle des objets anodins. Une lampe, un vieux téléphone, une table basse, une moquette fatiguée. Derrière, comme les panneaux d’un décor de théâtre, trois fenêtres entourées de rideaux s’ouvrent sur un lac gelé et une forêt, au loin. Tout ici est net. Chaque plan et chaque détail sont précis. Il n’y a pas le flou habituel d’une photographie. Seul le regard de cette femme l’est. Elle semble plongée dans ses pensées, dans ce moment d’absence de vide et de rien qui précède la tristesse.
Deux jeunes femmes nues sont installées à l’arrière d’un pickup perdu au milieu d’une forêt de pins. Leur corps blanc et pâle entre les centaines de troncs gris qui s’élèvent vers le ciel. Ici aussi, quelque chose se passe. C’est le juste avant ou le juste après un moment dramatique.
Gregory Crewdson travaille avec toute une équipe. Tout est préparé, scénarisé. Il photographie des gens qu’il connaît et fréquente, souvent dans leur propre intérieur. Ensuite, les photos sont retouchées pour gagner cette netteté sur tous les plans de l’image. On est clairement dans une narration, ou une théâtralisation. L’image n’est plus simplement la capture d’une réalité. Elle renferme de multiples couches, des détails intrigants, des secrets et, surtout, plusieurs moments comprimés en un seul instant.
Ainsi Crewdson capture quelque chose de l’ordre de la pensée et du rêve. Nous pouvons plonger dans ce que ressent le modèle placé dans ce décor. Comment il perçoit la vue qui s’étale à sa fenêtre, sur sa peau la texture douce du tissu qui recouvre le canapé, ou ces arbres immenses, cette route enneigée. De cette précision, ce réalisme de chaque détail, naît une forme de rêverie profonde, intense, partagée en toute humanité avec celle du modèle. Une plongée.
Gregory Crewdson
Cathedral of the Pines
Galerie Daniel Templon
13A rue Veydt

1060 Bruxelles
Jusqu’au 29 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.danieltemplon.com
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Gregory Crewdson, Pick up truck, (c) Gregory Crewdson, courtesy Galerie Templon & Gagosian Gallery

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Gregory Crewdson, The den, (c) Gregory Crewdson, courtesy Galerie Templon & Gagosian Gallery

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Gregory Crewdson, Reclining woman on sofa, (c) Gregory Crewdson, courtesy Galerie Templon & Gagosian Gallery

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Gregory Crewdson, vue de l’exposition, courtesy de l’artiste et Galerie Daniel Templon Paris et Bruxelles

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Gregory Crewdson, vue de l’exposition, courtesy de l’artiste et Galerie Daniel Templon Paris et Bruxelles

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