Le Musée des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA) a fermé ses portes en 2011 pour quelques années de profonde rénovation. Ce bâtiment de 1890 a été érigé durant la même période que les musées des Beaux-Arts de Dresde ou d’Amsterdam. Durant ces années de fermeture, de nombreuses expositions hors les murs ont été organisées. Par ailleurs, l’équipe du musée s’est attelée à redéfinir les missions de son institution. Rencontre avec Manfred Sellink, directeur du KMSKA.

Pourquoi avoir décidé de rénover le musée ?

Manfred Sellinck.– Cela fait plus de 15 ans que le constat avait été fait : le musée était devenu trop petit. Un masterplan a alors été rédigé. L’idée fut de retrouver l’état originel de la structure du bâtiment, en enlevant parois et autres ajouts faits au fil du temps. C’est bien sûr l’occasion de mettre aux normes la climatisation ainsi que le contrôle de la lumière et de l’humidité. Les travaux se sont prolongés suite à la découverte d’amiante. Au centre du bâtiment plus que centenaire, dans le patio central, sera érigé un nouveau building. Le musée passera ainsi de 5000 m² à 14 000 m². Il rouvrira ses portes en 2019.

Les œuvres des collections ne sont donc plus visibles depuis 2011 ?

Nous avons organisé de nombreux projets hors les murs. Ainsi Le Cabinet d’or, à la Rockoxhuis, depuis début 2013 et jusque juin 2017. La demeure bourgeoise du bourgmestre et mécène Nicolas Rockox (1560-1640) s’est métamorphosée en un luxueux cabinet d’art comme il en existait aux XVIe et XVIIe siècles. Mais aussi dans la cathédrale d’Anvers ou plus loin à l’Albertina à Vienne, ou sous forme de prêt de longue durée à l’ambassade de Belgique à Rome, à l’Amsterdam Museum et à la Rembrandthuis d’Amsterdam. Le Portrait d’un homme de Van Dyck est parti dans le Massachusetts, au Worcester Art Museum, où il est restauré. Et actuellement, les œuvres de Rik Wouters sont visibles au MoMu. Depuis la fermeture, 25 à 30 expositions ont été programmées.

Ces expositions sont-elles utiles pour le nouveau projet du musée ?

C’est stimulant. Ces collaborations nous montrent comment regarder nos collections. Les exposer ailleurs, c’est aussi les voir sous une autre lumière, sous une autre perspective. C’est intéressant pour tous les membres de l’équipe. Mais montrer des collections permanentes, c’est très différent. Dans une exposition, le visiteur veut expérimenter et apprendre. Ces deux aspects doivent être plus subtils dans un accrochage permanent. Il s’agit d’avoir un discours cohérent, clair.

Allez-vous changer la manière de montrer les œuvres ?

Nous travaillons à cette réflexion. C’est un long processus. Nous réunissons les historiens de l’art, les commissaires d’exposition, les équipes de communication et éducative, les gardiens. Tout le monde est impliqué. Par exemple, sélectionner quelles œuvres doivent être montrées, c’est déjà un long travail. Nous avons passé deux ans à affiner le masterplan.

C’est quoi un musée ?

Savez-vous que le terme musée vient de l’Antiquité ? Au IIIe siècle av. J.-C., il existait un Temple des muses. On y trouvait une bibliothèque, c’était un lieu d’étude ouvert à tous dans lequel on organisait des débats et des rites autour de certains objets. Un endroit vibrant et public. Nous avons défini trois axes pour le futur musée.

Et au XXIe siècle ?

Le musée reste une institution académique. On n’y organise pas seulement des expositions. On assure la conservation et la restauration des œuvres, on accueille des chercheurs, on organise des débats.

Au niveau de la présentation des œuvres ?

Je pense que nous devons nous concentrer sur les œuvres majeures. L’accrochage sera bien sûr soutenu par du multimédia mais ce n’est pas le plus important. Nous allons faire un accrochage thématique dans des salles réservées à une période définie. Nous mettrons aussi plus d’emphase sur la sculpture et sur la tapisserie et les arts appliqués en général.

Y a-t-il des contraintes ?

Le bâtiment en lui-même est une contrainte ! La taille des œuvres de Rubens et Jordaens aussi ! Mais ces contraintes nous obligent à penser plus clairement. Je pense que les plus beaux bâtiments sont ceux qui sont nés avec le plus de contraintes !

http://www.kmska.be/
http://www.hetnieuwemuseum.be/ (uniquement en néerlandais et anglais)

Manfred Sellink

Façade du KMSKA, photo Kristien Daem

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