Pour La Comète, ancien cinéma lié au centre d’art liégeois Espace 251 Nord, Lionel Estève livre une installation grandiose sur base de minuscules sculptures créées de matériaux et de formes glanés lors de ses voyages. Quoiqu’il arrive, c’est la nature dans ce qu’elle a de spontané et parfois de simple qui domine.

Il est Français, vit en Belgique, mais peu importe car il se fiche des frontières. Lionel Estève, né en 1967 à Lyon, vit à Bruxelles depuis plus de vingt ans et bourlingue à travers le monde. Cet artiste instinctif et direct a exposé notamment à La Verrière Hermès, à Séoul, en Floride et à Barcelone. À Paris, c’est la galerie Perrotin qui le représente et à Bruxelles, c’est Albert Baronian. C’est dans une ambiance bucolique et particulièrement aérienne que nous retrouvons le plasticien aujourd’hui à l’Espace 251 Nord à Liège. Plus précisément, c’est dans l’espace de La Comète que l’artiste a installé son œuvre à la fois imposante et toute petite.

Huit cents mètres carrés sur 11 mètres de haut, autant dire l’étendue idéale pour un travail monumental. Et pourtant, ce sont de toutes petites sculptures que nous avons découvertes ! Lionel Estève s’explique : « Je pensais profiter de quelques mois de désœuvrement pour vagabonder, une sorte de pèlerinage de Kinshasa à Los Angeles, New York puis Rome, quand Laurent Jacob m’a proposé d’exposer en septembre. » Cette itinérance imposa à l’artiste de travailler sans atelier et sans organisation, et ainsi construire avec des matériaux improvisés un travail aisément transportable. « De toutes petites choses dans un si grand espace, comme un jeu d’équilibre sur du vide. » C’est un peu un retour aux sources pour l’artiste qui s’est plu à retrouver ses premières amours : les minuscules sculptures.

L’imprévu 

Pour réaliser cette nouvelle installation, Lionel Estève a donc glané de ville en ville, aussi bien des idées que des formes et des matériaux. Ces trouvailles, il les appelle des bricoles et pour l’exposition, il les a rebaptisées ses poussières urbaines, d’où le titre de l’expo Poussières urbaines & Sculptures plates. De Kinshasa à Rome en passant par New York, Lionel s’est confronté au vide, à la solitude, au rien, au pessimisme mais aussi à la beauté et surtout à l’imprévu de celle-ci. Particulièrement, c’est à Rome que l’imprévu survint quand il décida de créer aussi des figures humaines. Car jamais il n’aurait imaginé pouvoir en représenter.

« Au-delà de l’art figuratif : une figure humaine. Je ne savais même pas que je savais le faire! […] J’y suis venu par affection, tendresse et camaraderie en dessinant de petits personnages sur des papiers à cigarette, comme pour confirmer la fugacité de notre rencontre. Je m’escrimais aussi avec une aiguille et du fil à coudre pour fabriquer des petites poupées et des scénettes quotidiennes. Je n’ai pu éviter de me poser les questions si peu originales sur l’héroïsme, le déterminisme, la destinée… tous ces bruits qui accompagnent la représentation humaine. » Mais au fil de ses créations, Lionel s’est rendu compte que « involontairement, par accident même, c’est le portrait de la monstruosité de la ville que j’ai fait, de ce qui la compose, de l’attrait pour la diversité de sa foule à l’effroi de son anonymat. Je ne souhaite tirer aucune conclusion de ces périples, juste montrer ces reliques qui peuvent se lire comme un journal. »

Lionel Estève
Poussières urbaines & Sculptures plates
La Comète / Espace 251 Nord,
213 rue Vivegnis
4000 Liège
Jusqu’au 29 octobre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.e2n.be

Estève

Lionel, Estève, Jardin, détail, 2016, Exposition Poussières urbaines & Sculptures plates, La Comète / Espace 251 Nord, photo Alain Janssens

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Lionel, Estève, Jardin, détail, 2016, Exposition Poussières urbaines & Sculptures plates, La Comète / Espace 251 Nord, photo Alain Janssens

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Lionel Estève, Jardin, 2016, Exposition Poussières urbaines & Sculptures plates, La Comète / Espace 251 Nord, photo Alain Janssens

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