Le BAM – Musée des Beaux-Arts de Mons déploie une centaine d’œuvres significatives dans l’itinéraire de Gérard Garouste. Il y raconte la genèse d’une énigmatique créativité qui est restée fidèle à la peinture – et à la figuration de surcroît – depuis ses débuts. Immergé dans la richesse prodigieuse de fables et de récits mythiques, Garouste joue de l’infime polyvalence de leurs significations dans une frénésie qui grouille de références empruntées à l’histoire de l’art, aux textes sacrés et à la littérature. A nous d’en percer ou d’en interpréter les secrets qui enflamment nos pensées et notre curiosité.

La vie d’un artiste n’est pas un fil tendu du début à la fin, mais un tissu complexe aux nombreuses textures et motifs où s’entrecroisent expériences intimes, lectures, souvenirs, pensées, espace et temps. C’est une surface chaotique où s’enchevêtrent de multiples sources d’inspiration et d’énergies créatrices. Le BAM nous propose de parcourir un labyrinthe, de sonder le tumulte d’une vie faite de coups de pinceaux, de voyages intérieurs, d’abîmes personnels et d’élans d’euphorie, et d’autant d’explorations dans l’histoire de l’humanité. « Ma vie est basée sur l’étude, la peinture et la générosité », confie Garouste pour qui « le cœur des religions c’est l’homme ».

La salle des Indiennes est une belle entrée en matière. Dans les années 1980, Gérard Garouste peint d’immenses toiles de lin sans cadre ni châssis. Ni tapisseries ni tableaux, ces toiles suspendues s’inspirent des toiles qui, au Moyen-Âge, étaient roulées et habillaient une ville lors de visites princières. Cette exigence de sens, si chère à l’artiste, est le fil d’Ariane de toute l’exposition ; nous la retrouvons dans les neuf autres salles. « L’art est au service de la société, il doit raconter, servir à quelque chose », telle est la devise d’un artiste qui s’est tenu à l’écart de l’abstraction.

Don Quichotte, la représentation de la figure humaine en prise avec sa psyché, Dante, l’Ancien Testament, le Talmud, la mythologie grecque ainsi que Rabelais sont les fondations de notre culture et l’ossature d’un parcours extrêmement érudit mais tout aussi libre dans son interprétation. Liconographie de Gérard Garouste se nourrit avec délectation de son admiration envers les maîtres anciens. Vélazquez, Goya et Le Greco inspirent tout autant sa palette que les formes qu’il allonge et contorsionne. Amoureux de Don Quichotte, ce chevalier médiéval mi-historique, mi-romanesque né de l’imagination de l’écrivain espagnol, Gérard Garouste peint de magnifiques gouaches qui illustrent la publication de l’ouvrage de Cervantès par les éditions Diane de Selliers. L’accent est mis sur la caricature des émotions humaines. Entre raison et folie, le chevalier fou inspire de magnifiques toiles comme Le Théâtre de Don Quichotte. Gérard Garouste sculpte aussi. Les bustes à plusieurs têtes du héros ibérique sont magnifiques.

Faites une halte dans la chapelle aménagée pour montrer les somptueux vitraux créés dans l’église bourguignonne Notre-Dame de Talant. Ailleurs, des corps drolatiques ou effrayants, déformés, enlacés évoquent l’homme en prise avec son psychisme, tourmenté par ses doutes et son identité. Raison ou intuition ? Les questionnements philosophiques ne sont pas absents, loin de là. Dans la dernière salle, arrêtez-vous devant Raba Bar BarHana (2016), un diptyque tout récent. Les deux magnifiques tableaux en miroir s’inspirent d’un conte tiré du Talmud, texte fondateur de l’esprit judaïque.

Hors les murs du BAM, l’exposition se poursuit dans la salle Saint-Georges. Elle accueille une installation (Ellipse) entraînant le visiteur dans un labyrinthe de 35 toiles qu’il ne peut jamais visualiser dans leur ensemble. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, ne manquez pas la fresque de la salle des mariages de l’hôtel de ville peinte en 2000 et qui illustre le mythe de Saint Georges et du Dragon. Gérard Garouste puise dans notre mémoire collective. Il nous ouvre assurément à la compréhension du monde, de nos origines et de notre humanité.

Gérard Garouste
A la croisée des sources
BAM

8 rue Neuve 
7000 Mons
Jusqu’au 29 janvier 2017
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.bam.mons.be

Gérard Garouste

Gérard Garouste, Indiennes, détail, 1998, photo Elisabeth Martin

Gérard Garouste

Gérard Garouste, Série Don Quichotte, 1988, gouache sur papier, photo Elisabeth Martin

Gérard Garouste

Gérard Garouste, La Dive Bacbuc, 1998, (c) Rino Noviello Picturimage

Gérard Garouste

Gérard Garouste, Vitraux Notre Dame de Talant, 1995, (c) Rino Noviello Picturimage

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