C’est une culture unique, née il y a des siècles dans la région de l’Oro en Papouasie Nouvelle Guinée, qui est arrivée entièrement préservée jusqu’au monde occidental en 2002. Le succès fut ensuite fulgurant et les femmes Ömie sont désormais célébrées internationalement. Trente-quatre étoffes d’écorce sont présentées à Bruxelles chez Aboriginal Signature, ornées de motifs traditionnels et dont les couleurs primaires sont puissantes.

Leur histoire est tout à fait unique. Ces artistes viennent d’une région sacralisée par le volcan Huvaimo (1680 m) qui a dévasté leur territoire à la moitié du XXe siècle alors que des missionnaires, tout juste débarqués, les empêchaient de pratiquer leurs coutumes aux antipodes de la chrétienté. Isolée durant des siècles, c’est suite à l’éruption du volcan que la tribu s’est révoltée et que son art est arrivé jusqu’au monde moderne. Un art que les femmes ne cessèrent plus jamais de pratiquer.

Quand elles peignent, elles chantent

De quoi s’agit-il ? Pour obtenir ces étoffes appelées tapa, les femmes récoltent l’écorce et n’en gardent que la partie blanche pour la malaxer, l’écraser, l’assouplir jusqu’à obtenir une sorte de velours. Elles font ensuite elles-mêmes leurs couleurs, puissantes, primaires : du rouge, du jaune, du noir, de l’ocre surtout. Avec des pigments végétaux récoltés de fruits, d’insectes et de plantes, elles peignent. Et quand elles peignent, elles chantent. Elles célèbrent leur œuvre alors intensément incarnée. L’étoffe porte un message, celui d’une culture ancienne qu’elle entend véhiculer. Les plus jeunes observent pour apprendre. Et ainsi la mémoire est préservée.

Il ne s’agit donc pas ici seulement d’une démarche artistique qui serait comparable à ce que le monde occidental connaît. Pour chaque œuvre présentée, on trouve une explication de la taille d’une feuille A4. Car il y a autour de chaque tapa un travail de documentation, notamment sur la mythologie ancestrale. Peut-on, nous, monde moderne, lire et comprendre quelque chose en un coup d’œil sur ces étoffes ? Il y a des éléments graphiques, des symboles d’oiseaux sacrés, de leur montagne ou de plantes. C’est abstrait et aucun élément figuratif ne se distingue. Mais les grilles de lecture sont nombreuses et accessibles.

La galerie Aboriginal Signature nous montre une exposition très intéressante d’abord sur le plan culturel mais aussi passionnante en termes de formes et d’intégrité. Car on y retrouve des signes datant du fond des âges et pourtant d’une incroyable modernité. Si les années 1950 ont exploré chez nous l’abstraction et la cinétique dans l’art moderne, ce peuple du bout du monde l’avait déjà fait des siècles avant nous. Il y a comme une dimension ancestrale dans leur modernité.

À noter que ces peintures sont un soutien pour leur communauté car c’est la seule activité qui les aide à continuer de vivre sur leur territoire aujourd’hui. Aboriginal Signature s’engage ici dans une démarche éthique. L’exposition est organisée en partenariat avec les Ömie Artists de Papua New Guinea. Et sponsorisée par Pacific Islands Forum Secretariat et le Pacific Islands Trade & Invest.

The Sacred Mountain Illuminated
Les étoffes d’écorce des artistes Ömie de Papua New Guinea
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme,
1081 Bruxelles
Jusqu’au 22 octobre
Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h et sur rendez-vous
www.aboriginalsignature.com

Ömie

Diona Jonevari (Suwarari), Bush Snail Shells Star, Ömie mountains, photo Aboriginal Signature -Estrangin, courtesy de l’artiste et Omïe Artists

Ömie

Dapeni Jonevari (Mokokari), Beaks of the Papuan Hornbill, spots of the wood-boring grub and Ömie mountains, photo Aboriginal Signature – Estrangin, courtesy de l’artiste et Omïe Artists

 

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