Dans l’immense espace des magasins Vanderborght, près de la Grand-Place de Bruxelles, l’exposition Painting after Postmodernism s’est ouverte mercredi soir, célébrée par une foule de visiteurs et sous une chaleur écrasante. Seize artistes peintres -–huit Américains, huit Belges ou vivant en Belgique – et une multitude de grandes toiles sur cinq étages. De quoi relancer l’engouement pour la peinture.

Cette exposition organisée par la Galerie Roberto Polo, en partenariat avec la Ville de Bruxelles et le Cinéma Galeries, est une occasion unique de voir 256 tableaux qui dialoguent entre eux. En juin, nous avions eu l’occasion de rencontrer la commissaire de l’exposition, l’historienne de l’art américaine Barbara Rose, qui nous avait parlé de son amour pour les peintres.

Non, la peinture n’est pas morte, malgré l’annonce apocalyptique faite par Marcel Duchamp en 1918. Bien au contraire, on la retrouve de plus en plus dans les galeries. Travailler seul devant la toile, exercer son savoir-faire, mais aussi connaître l’histoire de l’art sont les éléments qui selon Barbara Rose rendent les artistes intéressants. Il ne s’agit pas de faire une image, réaliste ou abstraite, belle ou pas, mais bien d’entrer dans une recherche, une profondeur, qui fera de la toile une œuvre qui tend vers la transcendance ou la spiritualité.

Les artistes ont été sélectionnés d’un côté et de l’autre de l’Atlantique au travers d’un long échange entre la commissaire et Roberto Polo. Au rez, tout l’espace est réservé à Larry Poons (Tokyo, 1937) qui vit et travaille à New York. « Je crois que Larry Poons mérite un meilleur destin et d’être compris comme un défenseur de la peinture, peut-être même LE défenseur de la peinture », écrit Frank Stella en 1999. Dans une gestuelle proche de celle de Cy Twombly pour certaines toiles, avec de grandes coulées dans d’autres et l’ajout de reliefs pour une texture profonde et puissante pour d’autres encore, Poons expérimente sans cesse. Ses grands formats vibrent d’une puissance et d’une passion impressionnantes. Il y a de la rage à peindre chez ce tout petit bonhomme de presque 80 ans.

Aux étages, dans une présentation un peu trop bavarde, de très belles choses et d’autres qui nous semblent de moindre qualité. Uniquement de très grands formats, qui prennent leurs aises dans les beaux espaces du Vanderborght. Pour qui aime la peinture, il y a de quoi se régaler. Beaucoup d’œuvres vibrent puissamment. Le visiteur est aspiré dans ces univers qui se déploient. Trois femmes sur les 16 artistes.

Notons l’effraction dans la quatrième dimension de Mil Ceulemans (Kapellen, Belgique, 1977) ou de Bart Vandevijvere (Courtrai,1961), la palette et les fonds hachurés de motifs inspirés de l’art aborigène de Werner Mannaers (Schoten, Belgique, 1954), les réseaux d’alvéoles et les textures de Paul Manes (Austin, Texas, 1948), les collages dans l’espace – de la toile – de Xavier Noiret-Thomé (Charleville-Mézières, 1971). De très nombreuses toiles de Jan Vanriet, dont les propositions figuratives et narratives – et une palette claire et légère – dénotent un peu avec les toiles de ses pairs, pour la plupart abstraites.

Trois puissants dyptiques d’Ed Moses (Long Beach, California, 1926), structures en réseaux, couleurs contrastées. Des monochromes délicatement texturés de Marc Maet (Belgique, 1955-2000) et Octobernight, qui fait 280 x 340 cm, un fond bronze dans lequel l’œil se perd, juste marqué de quelques touches de blanc. Les très poétiques huiles sur toile de lin de l’Américaine Lois Lane (Philadelphia, Pennsylvanie, 1948), comme des impressions textiles moelleuses, en bleu et noir, sur le blanc en réserve de la toile. Martin Kline (Norwalk, Ohio, 1961) projette sur la toile des encaustiques plus ou moins dilués, donnant au geste et au hasard toutes les clés pour atteindre des propositions harmonieuses. Et les mers noires démontées et sans fin de Karen Gunderson (Racine, Wisconsin, 1943), portraits d’une nature vive et lunaire. Certaines toiles en revanche ne résistent pas à l’exercice. Le bâtiment, avec ses lignes droites et ses longs plateaux, ne pardonne rien. Quelques œuvres moins costaudes semblent tomber du mur.

Ne boudons pas notre plaisir, il est rare de voir à Bruxelles autant de peintures contemporaines installées dans un même lieu. Célébrons la folie et la générosité de l’initiative de Roberto Polo, ainsi que sa passion pour l’art et son désir de promouvoir les artistes belges. Sans musée d’art contemporain, ces propositions privées sont les bienvenues et essentielles au déploiement de la vie culturelle et à la visibilité des arts plastiques.

Concernant le choix des artistes, on note que tous les artistes belges ou vivant en Belgique et deux Américains sont représentés par la Roberto Polo Gallery. Ce qui pose un petit problème déontologique, sachant que le lieu a été prêté par la Ville de Bruxelles. L’articulation privé-public dans ce type de projets est toujours chose délicate. Une fois de plus, une législation moderne et souple sur ce type de fonctionnement serait la bienvenue. Et permettrait sans doute plus d’initiatives. Même chose pour la fiscalité sur les donations et legs.

Painting After Postmodernism
Vanderborght
50 rue de l’Ecuyer
1000 Bruxelles
Jusqu’au 13 novembre
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
www.pap.brussels

 Painting After Postmodernism

Bernard Gilbert, Number 251, 2016, Painting After Postmodernism

 Painting After Postmodernism

Larry Poons, The Compression Sisters, 1997, Painting After Postmodernism

 Painting After Postmodernism

Joris Ghekiere, untitled, 2014, Painting After Postmodernism

 Painting After Postmodernism

Ed Moses, Ranken 1, 1992, Painting After Postmodernism

 Painting After Postmodernism

Werner Mannaers, The Lolita Series (Chapter 9), 2015, Painting After Postmodernism

Painting After Postmodernism

Paul Manes, Great Divide, 2016, Painting After Postmodernism

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