Après une première édition particulièrement clinquante, la Biennale Asphalte d’art urbain reprend ses quartiers dans la capitale du pays noir. Sur le site de la future manufacture urbaine, c’est un Paul Magnette de circonstance (baskets et chemise légère) qui s’est déplacé pour présenter la nouvelle mouture d’Asphalte, Asphalte #2 – Cultures et trottoirs !, une biennale moins axée street art que la première édition mais qui consacre toujours une part importante de son programme aux arts urbains, au cœur de Charleroi.

Hasard du calendrier, l’anniversaire des 350 ans de Charleroi coïncide avec les 500 ans de la sortie de l’Utopie de Thomas More. C’est donc sur ce thème que les différents acteurs culturels carolorégiens sont invités à réfléchir, discourir et échanger au cours d’un mois de rencontres artistiques et culturelles, censé donner une perspective nouvelle sur « les lieux, les dispositifs et les modèles de vie » à implanter au sein des villes de demain.

Œuvres pérennes 2016

C’était assurément le climax de la première édition de la Biennale Asphalte : l’installation aux quatre coins de la ville d’œuvres murales monumentales, signées par des artistes d’envergure internationale. A l’époque, l’ampleur du projet et le prix de certaines installations (50.000 euros pour le Bisou m’Chou sur la façade de Charleroi Expo) n’avaient cessé d’alimenter les conversations. Pour cette édition, les organisateurs d’Asphalte #2 sont revenus à des considérations plus raisonnables, en invitant les Carolos de l’Eveil et les Liégeois de Spray Can Arts à recouvrir 80 armoires électriques du réseau ORES. Autre œuvre issue du cru 2016, le Géant de la Digue, une installation de mobilier urbain à mi-chemin entre géant et pantin désarticulé, conçu par Loup Sarion et Daniel Boccato.

Egalement dévoilée ce 1er octobre, l’installation 365 du collectif LAb[Au] : derrière cette appellation se cache un large panneau composé d’afficheurs alphanumériques à 16 segments, qui diffusera chaque jour un nouveau mot ou des caractères géométriques générés aléatoirement. Cette poésie urbaine luminescente ne manquera pas d’interroger les habitudes citadines par le biais de ses élucubrations furtives. A noter enfin le projet de piétonnier d’un tronçon de la rue du Laboratoire, entre l’Athénée Vauban et l’école Cobaux, qui sera mis en œuvre par l’Atelier M. et Madame la Belge.

Le programme de la Biennale Asphalte #2 est moins sexy que lors de la première édition, mais ce serait oublier le but de cette manifestation, qui vise à changer l’image que se font les Carolos et visiteurs d’un jour de la capitale du pays noir. Un travail de refonte de l’inconscient collectif qui se jugera sur le temps long, une fois la majeure partie des chantiers terminée et plusieurs biennales de passées. En attendant de voir les résultats de cette méthode Coué d’un nouveau genre, les amateurs de street art se consoleront en admirant les œuvres des éditions précédentes, toujours intactes pour la plupart. Au moment de notre visite, seules les œuvres d’EscifPoch et une partie de celle de Todd James manquent à l’appel. Cette dernière a été – ô sacrilège ! – recouverte d’une couleur inepte.

Le street art n’a pas besoin que de grands noms pour s’exprimer, et n’a d’ailleurs pas attendu Asphalte pour trouver sa place dans la ville : à Charleroi, il se dessine au détour d’une rue insignifiante, sur la façade d’un théâtre, dans une entrée de parking ou dans un clos jonché de déchets, comme au pied de la Tour Interbéton… Pour peu que vous preniez le temps de la découverte et fassiez fi de certains interdits, la bonne fortune vous gratifiera de certaines de ces œuvres anonymes. Une fois dévoilées à vos yeux, soyez-en sûrs : la satisfaction de l’indicible et le privilège de l’intime valent à eux seuls le déplacement.

Au programme

Au BPS22, deux expositions simultanées exploreront le rapport complexe, intime et changeant entre l’individu et son environnement : Metamorphic Earth, une installation vidéo immersive inédite, concoctée par le duo d’artistes luxembourgeois Gast Bouschet et Nadine Hilbert et Panorama, une sélection d’œuvres issues de la Collection de la Province du Hainaut faite par la commissaire Nancy Casielle. Nous en reparlerons. Pour compléter ce programme alléchant, une journée de réflexion autour des deux expositions se tiendra le 21 octobre à l’Université du Travail avec, entre autres, l’artiste Bruno Goosse, l’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe et le philosophe Thierry Paquot.

Les 7 et 8 octobre, sur le site de Charleroi Danses, l’Entreprise d’Optimisation du Réel vous invite à Optimum Park, un dispositif d’expérimentation participatif unique en son genre. En fonction d’un numéro attribué lors de leur arrivée, les participants sont invités à accomplir des tâches diverses et variées, à relever des défis cocasses et imprévisibles. Réservation indispensable.

A partir du 13 octobre à la Galerie Incise, on pourra assister à la projection gratuite de Varosha, réalisé par François Martig. Présenté pour la première fois dans le cadre de la biennale, ce film retrace l’histoire de la cité éponyme, une station balnéaire haut de gamme érigée en 1972 sur l’île de Chypre, devenue subitement ville fantôme après l’invasion turque de 1974. Alors que des projets de reconstruction sont aujourd’hui dans les cartons, il s’agit de tenir compte des erreurs du passé pour ériger une ville à la hauteur des attentes, un challenge qui n’est pas sans rappeler celui qui se joue actuellement dans la capitale du pays noir. Toujours sur le thème de la réinvention urbaine, le cycle de conférences 2016 de la Charleroi Academy mettra la cité carolo sur le divan en disséquant les récits fondateurs d’une ville.

Point d’orgue de toutes ces réflexions, une grande fête de l’espace public prévue pour le 1er octobre, journée d’animations au cours de laquelle seront dévoilées les œuvres pérennes réalisées spécialement pour la biennale.

Asphalte #2 – Cultures et trottoirs !
Charleroi
Du 23 septembre au 29 octobre 2016
http://www.asphalte-charleroi.be/

Biennale Asphalte

Sozyone Gonzalez, Asphalte, Charleroi

Biennale Asphalte

Sixe Paredes, Asphalte, Charleroi

Biennale Asphalte

Maya Hayuk, Charleroi-Expo, Asphalte, Charleroi

Biennale Asphalte

Invader, Tour Interbéton, Asphalte, Charleroi

Biennale Asphalte

HuskMitNavn, Asphalte, Charleroi

Biennale Asphalte

Street art à Charleroi, photo Eric Mabille

Biennale Asphalte

Façade secondaire du théatre l’Ancre à Charleroi, photo Eric Mabille

Biennale Asphalte

Street art à Charleroi, photo Eric Mabille

Biennale Asphalte

Street art à Charleroi, photo Eric Mabille

Biennale Asphalte

Street art à Charleroi, photo Eric Mabille

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.