Sans titre, 2016 est un passionnant dialogue entre deux artistes, Benoît Félix et Bernard Gaube, autour du fait de peindre et de créer. A l’invitation de Maria Papazoglou, au Botanique, les deux artistes ont entamé près de deux années de dialogue sur les enjeux de la peinture contemporaine et ont trouvé une palette large d’analogies et de divergences dans leur travail.

Si l’un, Benoît Félix, déborde constamment du cadre, pour aller vers la vidéo, la performance, et l’autre, Bernard Gaube, a choisi de rester dans les limites de la toile, les deux ont pensé et pensent constamment aux implications de faire œuvre. Au fil de l’exposition, l’œil et la pensée du visiteur sont invités à un parcours de bonds et rebonds d’une œuvre à l’autre, découvrant des liens formels ou conceptuels entre les deux artistes.

Bernard Gaube (1952) vit et travaille à Bruxelles. Autodidacte, il participe à la Foire de Bâle en 1982. C’est le début de sa carrière de peintre. A partir de 2003, il publie différents ouvrages, Cahiers, dans lesquels il interroge sa pratique picturale qu’il nomme « L’exercice d’une peinture ». Il a exposé chez Pierre Hallet en 2013, Francis Carrette en 2015 et à Paris à la Galerie Duboys la même année. Il est aujourd’hui représenté par la Roberto Polo Gallery.

Benoît Felix (1969) vit et travaille à Lustin. Il enseigne le dessin à l’Ecole supérieure des Beaux-Arts de Liège. Il expose régulièrement (Kaaitheater, Bruxelles, 2015, Galerie Détour, Namur, 2014, Ingolstadt Kunstverein, Allemagne, 2013, Château de Montbazillac, France, 2013, notamment). Il est représenté à Bruxelles par la Galerie Nadine Feront et à Anvers par Eva Steinen.deviation(s).

L’exposition démarre sur le portrait de Félix par Gaube. Le portrait d’un peintre par un peintre ! « Nous sommes des artistes de deux familles différentes, explique Benoît Felix. Mais il y a une parenté possible dans le ton et dans une attitude de jeu. J’ai regardé Bernard peindre. Je me rends compte que chaque peinture est pour lui une remise en jeu. Il n’y a rien à dire d’autre que : qu’est-ce que la peinture lui a encore une fois fait ! »

« Je peins pour comprendre ce que je fais, dit Bernard Gaube. Si un jour j’ai décidé de peindre, c’était pour me mettre au monde. Peindre, c’est une remise en question chaque matin. Mes tableaux ne sont que des questions ! La question de la construction et de la déconstruction. »

Un dialogue fécond

Au centre, un petit espace presque clos est présenté comme un laboratoire, avec des croquis, recherches et œuvres des deux artistes. C’est la loupe qui permet de se pencher encore plus en profondeur sur leur travail. Plus loin, Les restes du peintre (peinture par inadvertance), Canevas pour Bernard Gaube, résidus de couleurs sur les murs de l’atelier, photographiés puis découpés et rassemblés et fixés au mur, par Benoît Félix. Les deux artistes s’emparent de la peinture pour la faire parler. Ainsi Gaube dit avoir besoin d’une entrée pour commencer une nouvelle toile. Cela peut être l’image d’un lapin écorché, trouvée sur internet, motif qu’il utilisera dans plusieurs toiles. Rêve et onirisme sont les deux points de départ de ses pérégrinations. L’artiste plonge dans les profondeurs de chaque toile, via une mise en creux formelle, par exemple avec de longues bandes laissées en réserve et qui tracent des lignes blanches sur la toile. Des motifs et des aplats apparaissent. Sur le sol, Littoral. Projet d’un grillage pour l’Europe est un long rouleau représentant une mer stylisée, dont chaque trait – chaque vague – est détouré et découpé par Benoît Félix. Cette mer parle des réfugiés. On peut aussi y voir une barrière de fils de fer.

« Le mot tableau vient du mot Templum qui, dans l’Antiquité romaine, désigne l’espace du ciel qui est cerné de manière virtuelle par des lignes tracées. Cet espace est là pour projeter et interpréter… un vol d’oiseaux, explique encore Félix. C’est ce que nous faisons, nous cherchons un espace de rêve. »

A l’étage, les coursives sont réservées à droite à Félix, à gauche aux grands formats de Gaube. Une place pour approfondir le travail de chacun. Voyez les deux Ecorchés de Félix : c’est le carton d’un emballage d’un magasin de bricolage. En arrachant le plastique, une forme noire est apparue, reste de la couleur sur le carton. « C’est ce que le magasin ne sait pas qu’il nous donne. Une brèche, un espace de rêve », dit l’artiste.

« Comment donner forme à une conversation entre deux œuvres ?, conclut Gaube. Tel a été mon questionnement, qui a probablement nourri ma pratique et mon intérêt pour l’adresse à l’autre, que je considère comme un des désirs fondateurs de l’acte de créer, fut-il inconscient. » L’acte de peindre et l’acte de créer, et, de fait, l’acte de mettre au monde des images, voilà ce qui occupe les deux artistes. Et qu’ils nous donnent à voir ici. Vient ensuite le partage. Qui ne se refuse pas. Y aller !

Benoît Félix – Bernard Gaube
Sans titre, 2016
Le Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 6 novembre
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
www.http://botanique.be/

Benoît Félix et Bernard Gaube

Benoît Félix, Littoral, Projet d’un grillage pour l’Europe, 2016, (c) Benoît Félix 2016

Benoît Félix et Bernard Gaube

Bernard Gaube, Rêve d’habitat-Tableau, 2004, photo Luc Schrobiltgen

Benoît Félix et Bernard Gaube

Bernard Gaube, Désolation (Sitting Bull), 2013-2014, photo Luc Schrobiltgen

Benoît Félix et Bernard Gaube

Bernard Gaube, Désir de parler, 2013, photo Luc Schrobiltgen

Benoît Félix et Bernard Gaube

Benoît Félix, Les restes du peintre (peinture par inadvertance) Canevas pour Bernard Gaube, 2016, (c) Benoît Félix

Benoît Félix et Bernard Gaube

Benoît Félix, 4/3 to 16/9, vidéo, 2015, (c) Benoît Félix

Benoît Félix et Bernard Gaube

Benoît Félix, Attraper la peinture, 2015 et Bernard Gaube, Figure de peintre n°5, 2012

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