Enfant de Liverpool, Tony Cragg (1949) se forme dans des écoles d’art à Gloucestershire, Wimbledon et Londres et se destine à la sculpture. Il est attentif à l’œuvre conceptuelle de Richard Long. Il décroche en 1976 un poste de professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Metz et suit ensuite sa première épouse à Düsseldorf où il enseigne à l’académie, célèbre depuis l’époque du romantisme. Il y rencontre une jeune peintre, Tatjana Verhasselt – qui expose sous le nom de Valsang – qu’il épousera par la suite. Tony Cragg est ainsi devenu le seul sculpteur d’outre-Manche à parler allemand sans accent !

Mais il fait bien plus que cela. En se fixant à Wuppertal, non loin de la très riche ville de Düsseldorf, il retrouve un passé industriel, comme à Liverpool, et des sources et possibilités de création plus accessibles et diverses, à côté de nombreux ateliers d’artistes attirés par cette diversité. Notons le Tanztheater de Pina Bausch – décédée en 2009 – enfant de la région et inspiratrice notamment de David Bowie. La danse est un thème dans l’œuvre de Cragg.

On pourrait résumer son travail à un cheminement, de l’accumulation à la condensation. La rétrospective au Musée Von der Heydt vous donne l’occasion de suivre ces mouvements. Des assemblages d’objets trouvés (en plastique), de papiers, etc. à l’émergence de lignes de composition. Et l’emploi d’autres matières. Mais la ligne reste la motrice de l’assemblage et de la composition, quelle que soit la matière utilisée. Le rapprochement de la sculpture et du dessin est traditionnel dans la critique. Le jeu des lignes prime souvent sur les volumes et donne une légèreté inattendue à des formes assez grandes. Ce processus devient clair quand on regarde les dessins. Le sculpteur n’a pas peur de tester les limites de sa technique. De toute évidence, ces œuvres sont réalisées par un atelier, et donc des assistants.

L’effet est souvent spectaculaire, d’autant plus que certaines colonnes semblent flotter, dans une tradition baroque illusionniste. On en voit un trio dans le parc appelé Waldfrieden (Paix de la forêt). Cragg a acquis ce domaine de 15 ha, à l’état d’abandon, en 2006. Il comportait une villa moderniste qu’il a fait restaurer soigneusement. Et il y a fait construire deux halls en verre pour des expositions. C’est là qu’il expose actuellement les Plasters Henry Moore. Des plâtres dont Moore a retouché la surface, soit en couleur soit avec des incisions, et qu’on peut considérer comme des œuvres indépendantes (également en grand format). Il y a exposé aussi Didier Vermeiren il y a quelques années.

Ce domaine, non loin de la gare, est un fameux plus pour la ville de Wuppertal. C’est un grand parc et en même temps un musée de sculptures avec des œuvres de Cragg et d’autres comme Deacon, Schütte, Lüpertz, Jaume Plensa, Wurm. Une sorte de Fondation Maeght, dans un grand jardin et sans l’aspect commercial. A visiter !

Anthony Cragg
Rétrospective
Musée Von der Heydt
Jusqu’au 14 août
www. von-der-heydt-museum.de
et 
Plasters Henry Moore
Parc Waldfrieden
Jusqu’au 9 octobre
www.skulpturenpark-waldfrieden.de
Wuppertal
Allemagne

Cragg

Tony Cragg, Caught Dreaming, Von Der Heydt-Museum Wuppertal

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Tony Cragg, Versus, 2012, Von der Heydt-Museum Wuppertal, photo Michael Richter

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Tony Cragg, Runner I, 1985, Von der Heydt-Museum Wuppertal, photo Marian Goodman

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Henry Moore, Von der Heydt-Museum Wuppertal

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Henry Moore, Von der Heydt-Museum Wuppertal

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