Le 25 juin, le S.M.A.K. inaugurait les expositions qui allaient couvrir ses murs durant l’été. En Une de celles-ci, l’impressionnante et déconcertante œuvre conceptuelle de Zvi Goldstein. À ses côtés, on découvre des artistes novices mis en avant par le Prix des Amis, deux pièces monumentales de Mario Merz – figure de proue de l’Arte Povera – et les peintures iconographiques du jeune Kasper Bosmans.

D’abord, il y a cette exposition Distance and Differences consacrée à Zvi Goldtsein (1947, Transylvanie, vit à Jérusalem). Son nom est quasi inconnu du grand public et pourtant il a une place prépondérante dans l’art contemporain. Il fut l’un des premiers artistes (si pas le premier) à mettre en avant la complexité du rapport entre monde globalisé et nature hybride de l’identité. Dans un mélange de sculptures et de textes, son travail à la fois esthétique et politique déstabilise. D’abord parce que l’attention est attirée sur les extrémités de ses sculptures et non au centre, ensuite parce qu’il y a dans chacune de ses œuvres une part impénétrable.

L’artiste veut saper l’interprétation iconographique généralisée du monde occidental dont il déjoue les attentes. En prenant Jérusalem pour port d’attache, c’est-à-dire un lieu en périphérie du Moyen-Orient, de l’Afrique et en dehors de l’Europe ou des Etats-Unis, Goldstein montre que l’art contemporain n’est pas uniquement lié à une vision autocentrée occidentale. L’artiste s’inspire de la géographie, de l’histoire, de la botanique et des traditions prémodernes orientales.

L’exposition s’ouvre avec un pan de mur sur lequel est schématisée la méthodologie immuable de l’artiste depuis 1978. Six concepts font de l’œuvre de Goldstein un monde autonome, autodéfini, hors des sentiers battus. Automatiquement, les pièces exposées sont accompagnées de textes sans lesquels elles ne sont pas comprises. Le spectateur n’est jamais sûr de ce qu’il a sous les yeux car le travail de Goldstein est aux antipodes de l’iconographie : « J’évite la représentation mimétique », nous dit-il.

Et en effet, Zvi Goldstein veut que chacune de ses œuvres soit hermétique, inaccessible, rappelant que chaque chose a toujours une part d’ombre, que ce soit notre subconscient, le savoir ou encore la conception du temps. Et puis chacune de ses pièces est unique et représente à elle seule un cosmos. Il faudra au spectateur bien plus d’une visite pour s’imprégner de l’exposition qui se clôture par une présentation inédite des brouillons et des archives de l’artiste, qui accepte de lever une partie du voile sur son travail démesuré.

Arte povera, Kasper Bosmans et Prix des Amis

Outre l’œuvre abyssale de Goldstein, le spectateur peut découvrir une série d’artistes issus du courant Arte Povera – littéralement art pauvre. Cette exposition se base sur deux œuvres monumentales de l’un des fondateurs de ce courant, Mario Merz (1925-2003), autour desquelles gravitent les œuvres de Gianni Piacentino (1945), Emilio Prini (1943) et autres artistes dont les lignes claires et extrêmes se rejoignent. Mais comme pour le travail de Zvi Goldstein, ce sont les récits sur les œuvres ainsi que leur contexte qui comptent avant les attentes liées au courant artistique lui-même.

C’est la singularité qui prime au S.M.A.K cet été et, à ce titre, l’artiste Kasper Bosmans (1990), à qui le musée consacre une salle entière, est éloquent d’unicité. Avec beaucoup d’humour, d’intuition et de franchise, ce jeune artiste peint sur de petits panneaux en bois, tous de même taille, des illustrations inspirées de la science, du folklore, de la médecine et de l’histoire de l’art. Enfin, des étudiants sortants se font connaître au S.M.A.K. grâce au Prix des Amis, Coming People, un concours organisé deux fois par an pour promouvoir des jeunes artistes. Entre art naissant et art confirmé, le S.M.A.K. met à l’honneur la singularité tout l’été. 

Zvi Goldstein
Distance and Differences
Jusqu’au 23 octobre

Prix des Amis du S.M.A.K.
Coming People 2016
Jusqu’au 21 août

Kasper Bosmans

Specimen Days
Jusqu’au 4 septembre

Incontri con Mario Merz
De la Collection
Jusqu’au 30 octobre

S.M.A.K.
1 Jan Hoetplein
9000 Gand
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.smak.be

Goldstein

Vue d’exposition, à droite Zvi Goldstein, Cactus Model, 1991, courtesy of the artist, Broadway, 1602, New York et Daniel Marzona, Berlin

Goldstein

Mario Merz, Les maisons tournent autour de nous ou nous tournons autour des maisons, 1979

Goldstein

Kasper Bosmans, Motif, 2016

Goldstein

Kasper Bosmans, Mandorla: Fontanella, Varese, Volpedo, Paruzzaro, Loreto, Aprutino, Como, 2015

Goldstein

Gianni Piacentino, Dark amaranth frame vehicle with blue gray triangle tank, 1971

Goldstein

Zvi Goldstein, CONTINGENCY and SOLIDARITY, 1992

 

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