Pour sa dixième édition, la Biennale internationale de la photographie et des arts visuels de Liège change de nom : dites désormais Biennale de l’image possible – BIP 2016, une nouvelle dénomination censée coller aux évolutions observées lors des précédentes éditions, avec une image de plus en plus hybride et déployée sur toutes formes de supports. Ce relooking de la biennale n’est pas synonyme d’abandon de la photographie, bien au contraire, mais de son inclusion dans un réseau plus large, qui permet à la fois d’en décloisonner formes et frontières, mais aussi d’en revisiter les pratiques.

Sur le site de l’ESA Saint-Luc…

Cette subtile refonte sémantique est pleinement actée dans l’exposition L’image possible, présentée au Manège de la Caserne Fonck. Dans le manège, difficile de passer à côté de la série infra de Richard Mosse : les nuances violettes, roses et rouges de ses clichés réalisés au Congo attirent irrémédiablement le regard. Ils ont été réalisés grâce à la pellicule Kodak Aerochrome, permettant de révéler les infrarouges et initialement destinée à un usage militaire. En détournant la technique originelle, Richard Mosse offre un regard neuf sur un conflit oublié de tous, tout en se jouant des codes du photojournalisme : tanks, mitraillettes, soldats, rebelles et populations déplacées se voient soudain sertis d’un nouvel éclat, l’ensemble s’apparentant à un songe que Lewis Caroll lui-même n’aurait pas renié.

Dans leur volonté de promouvoir les artistes issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les organisateurs du BIP ont eu le nez fin en offrant à Emmanuel van der Auwera une place centrale. Par un jeu de filtres interposés, son installation principale Videosculpture XII plonge le visiteur dans un voyeurisme coupable, où s’engage subrepticement sa responsabilité de spectateur, à l’abri de toute anicroche. Agrémentée d’autres installations vidéo et photo, la proposition artistique du Bruxellois offre une mise en perspective acerbe et juste de la réalité, sans toutefois tomber dans une moralisation convenue.

Bien d’autres choses restent à voir dans ces cinq miniexpositions individuelles présentées à la Caserne Fonck. Citons rapidement Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, couple d’artistes libanais avec Une lettre arrive toujours à destination et Candidats (toujours avec toi), ainsi que Jan Van Ijken et son Art of Flying. Seul bémol, l’absence de grille de lecture ou d’explication au moment de notre visite, qui obligera les visiteurs à se munir d’un catalogue sous peine de passer à coté des subtiles nuances présentées en ces lieux.

Dans le Hangar B9, Transcendent DIY, organisée en cocommissariat avec le MADmusée, expose sans distinction anonymes et artistes d’envergure internationale, avec comme dénominateur commun le do-it-yourself, une forme de création entre invention, artisanat et détournement d’objets de leur fonction primaire. Dans ce méli-mélo pictural, l’univers d’Augustin Rebetez se démarque largement et mérite à lui seul le coup d’œil. L’artiste s’acharne à explorer ce qu’il appelle son arrière-tête, ne laissant « aucun obstacle raisonnable, cérébral ou inhibiteur » venir bloquer son intuition créatrice. Le résultat ? Un univers et des personnages indescriptibles, oscillant entre le glauque et le psychédélique, à la limite du delirium tremens. A voir, absolument.

Toujours sur le site de l’Ecole supérieure des arts Saint-LucStéphanie Roland investit la Salle Capitulaire avec son exposition L’horizon d’un trou noir. L’occasion de découvrir le travail de cette jeune artiste belge, qui joue de la tension entre solidité et instabilité, et où la lumière tient une place centrale.

… Mais aussi dans la ville

Une fois ces expositions fixées sur votre rétine, il sera temps de déplacer votre regard vers d’autres parages. Pas besoin cependant de sortir la voiture, une grande partie des expositions satellites peuvent être rejointes à pied sans difficulté majeure. A la galerie Les Drapiers, l’exposition consacrée à Edith Dekyndt vaut bien un article à elle seule et devrait ravir les aficionados de la plasticienne belge. A travers des œuvres peu – ou pas – exposées, ce sont les prémices de son travail qui sont présentés dans cette galerie singulière. A contre-courant de la rétrospective présentée au Wiels au début de cette année, cette exposition intimiste, préparée avec soin par Denise Biernaux, maîtresse des lieux, et Felix Taulelle, se revendique plutôt comme une introspection : travaux pionniers, souvenirs de voyages et catalogues rares fournissent une grille de lecture intéressante et permettent de déceler les éléments fondateurs de l’œuvre de l’artiste belge. C’est beau, c’est simple et ça dégouline de passion…

Enfin, notons également L’âge du Faire de Charley Case, au Centre culturel Les Chiroux, Perdu à Pepinster de Charlotte Lagro à la Space Collection, et le reportage C.P.A.S de Laurent Gélise, présenté à la Galerie Satellite.

A vous de jouer voir…

Nota Bene

Des visites guidées et ateliers sont assurés durant la durée de la biennale. Egalement en marge de celle-ci, de nombreux événements (concerts, projections, rencontres avec les artistes, etc.) sont organisés dans les différents lieux d’exposition. Consultez le programme pour apporter une nuance particulière à votre visite. Enfin, comme toute biennale qui se respecte, la BIP2016 dispose d’une programmation Off, qui devrait elle aussi valoir le coup d’œil.

Biennale de L’image Possible 2016
Du 20 août au 16 octobre
Liège
www.bip-liege.org

BIP 2016

Sans titre, Augustin Rebetez, Hangar B9, BIP 2016

BIP 2016

Charley Case, Centre Culturel de Liège les Chiroux, BIP 2016

BIP 2016

Eglise, Stéphanie Roland, Salle Capitulaire, BIP 2016

BIP 2016

La bibliothèque, Edith Dekyndt, crédits Félix Tautelle, Galerie les drapiers, BIP 2016

BIP 2016

Lastwagen, Emmanuel van der Auwera , Le Manège, BIP 2016

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