Détachés des grands courants de l’art contemporain, les peintres hyperréalistes ou photoréalistes américains des années 1960 à nos jours travaillent en solitaire. Ce qui leur plaît, c’est ce challenge un peu fou de peindre une image photographique de manière parfaite. Tellement parfaite qu’elle devient une hyperimage. Jusque fin septembre, au Musée d’Ixelles, voici 50 ans de peinture hyperréaliste et 34 artistes. C’est vif, coloré et… précis !

Ces artistes produisent à l’aérographe ou au pinceau des représentations réalistes d’objets et de scènes de la vie quotidienne, tirées de la photographie. Vues urbaines, belles voitures, natures mortes. Tout est motif à passer des centaines d’heures devant la toile. Pour en sortir une image tellement léchée, soignée, aux lignes parfaites – arêtes d’un mur, vitre miroitante, chrome sans défaut – que la réalité en devient presque irréelle. Bienvenue dans l’hyperréalisme.

Les natures mortes attirent aussi ces artistes. On peut y rassembler différents objets et plusieurs matières ou textures. Autant de challenges à relever ! Ainsi, America’s favourite, de Ralph Goings, reprenant les divers condiments et objets qu’on retrouve sur les tables des delis et diners aux Etats-Unis : pot à lait en aluminium avec reflet parfait traçant plusieurs lignes blanches sur le métal, bocal de confiture en verre, pot de pâte de cacahuètes ou bouteille de ketchup plus belle que dans votre frigo. Ou Confini Segreti de Roberto Bernardi : les reflets des bocaux en verre concourent avec ceux du film transparent qui emballe les sucreries, elles-mêmes laquées d’un délicat vernis brillant.

Parti dans les années 1960 des Etats-Unis, le style s’étend en Europe. Vues urbaines, architectures sont d’abord photographiées puis reproduites avec une infinie patience. Notons les cadrages souvent très particuliers qui sont la seule touche personnelle que les artistes s’accordent. La troisième génération, dans les années 2000, utilise la technologie numérique pour transformer l’image photographique voire la recomposer avant de la peindre, introduisant un trouble dans la composition. Il faut s’approcher vraiment très près des toiles pour s’assurer qu’elles sont bien peintes. On aperçoit soit quelques légers coups de pinceau, soit le halo si spécifique à la peinture à l’aérographe. Car il s’agit bien de peindre. C’est la manipulation maniaque des outils, pour un résultat plus que parfait, qui passionne ces artistes.

Une grande nature morte au crâne semble être la version contemporaine des vanités peintes par les artistes du XVIIe. Si le peintre hyperréaliste d’aujourd’hui annonce n’avoir aucunement pensé à une allégorie ni à la symbolique de chacun des objets qu’il a choisis, nous pouvons y voir de multiples références non volontaires, peut-être issues de leur culture générale ou de l’inconscient collectif : le crâne, bien sûr, mais aussi la montre, le miroir, une bougie qui brûle, une rose, un fruit.

Souvent critiqués, ces artistes qui travaillent chacun dans leur coin continuent de fasciner 40 ans après. Et un courant – involontaire – s’est dessiné. En présentant trois générations et 34 peintres photoréalistes, le Musée d’Ixelles offre une immersion réussie dans l’univers de ces fous furieux du détail, de la texture, du reflet, qui inventent un monde plus que parfait, dans lequel chacun peut se mirer. A voir. Et sans hésiter avec des enfants !

Dans les salles du fond, Juan d’Oultremont présente RIEN NE VA PLUS ! Pictures at an exhibition, une immense installation offrant 250 versions d’une même pochette de disque, Tableaux d’une Exposition – illustrée d’une palette de peintre – que l’artiste a rehaussé de différentes manières. Pour ainsi inviter d’autres artistes à créer une œuvre en dialogue avec cette pochette. On y retrouve Charlotte Beaudry, Julien Meert, Francis Alys, Stephan Balleux, Jean-Baptiste Bernadet. L’ensemble créant une bien réjouissante palette !

Photorealism, 50 Years of Hyperrealistic Painting
et
Juan d’Oultremont
RIEN NE VA PLUS ! Pictures at an exhibition
Musée d’Ixelles

71 rue Jean Van Volsem
1050 Bruxelles
Jusqu’au 25 septembre
Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h
www.museedixelles.be

Peintres photoréalistes

Peter Maier, Plum Delicious, 2006, Private collection, (c) Peter Maier photo, courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Peintres photoréalistes

Roberto Bernardi, Confini Segreti, 1994, courtesy Bernarducci Meisel Gallery, N.Y., (c) Roberto Bernardi, courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Peintres photoréalistes

Ralph Goings, America’s Favourite, 1989, collection Susan P. and Louis K. Meisel, New York, (c) Louis K. Meisel, courtesy Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Peintres photoréalistes

Anthony Brunelli, Main Street, 1994, courtesy Louis K. Meisel Gallery, N.Y., (c) Anthony Brunelli, Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Peintres photoréalistes

Juan d’Oultremont, Dresse le tableau, 2016, (c) photo Juan d’Oultremont, Cissiste International

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